| IGM
: Informations Génétiquement Modifiées |
23/04/03
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La Syrie, l'Iran, qui seront les prochains sur
la liste ? Le show continue et captive notre attention... Dans
ce tapage médiatique, celui qui fait le plus de bruit finirait-il
par obtenir gain de cause, comme s'il suffisait de produire
de l'événement pour être absous de toute faute ? Il y a quelque
chose de pourri en certains royaumes des médias, nous ne le
savons que trop... Cette façon de rester perpétuellement à la
surface des choses et des êtres ! « Le régime tyrannique de
Bagdad a chuté, donc les faucons américains ont gagné », veut-on
nous faire comprendre... Le
formidable mouvement qui s'est développé en faveur de la Paix
semble lui-même se laisser prendre à ce jeu, certains de ses
acteurs allant jusqu'à se demander s'ils ne se sont pas égarés.
Certes, nous ne pouvons empêcher une guerre d'avoir lieu si
ceux qui ont les moyens de la déclencher sont déterminés. La
question est de savoir où ils puisent tant d'assurance : c'est
en fait qu'ils savent ne pas rencontrer de résistance notable
! Le camp de la paix a pourtant enregistré des succès inconnus
jusqu'alors, faisant descendre dans les rues des dizaines de
millions d'hommes et de femmes. Mais cela ne suffit pas. Aux
Etats-Unis, la mobilisation était évidemment loin d'être suffisante,
les
3/4 de l'opinion pensant que Saddam Hussein était lié à Al-Kaïda
et constituait une menace pour la sécurité du pays. Et même
si la population britannique ne partageait pas les convictions
de son gouvernement, rien ne put arrêter Tony Blair...
Non, tant que les dirigeants ne verront pas se dresser devant
eux une opposition massive, tant qu'il ne leur sera pas clairement
indiqué que la guerre leur coûtera très cher en terme politique,
ils se sentiront tout-puissants. La tentation du boycott économique
est grande. Mais si l'on en considère les effets psychologiques
sur l'ensemble d'une population, il est nécessaire de ne s'y
résoudre que lorsque la mobilisation est générale et que les
cibles sont clairement identifiées. Avant d'en arriver là, il
y a plus important : faire en sorte que le débat soit clarifié,
que les raisons qui poussent à une guerre soient exposées sans
aucune équivoque possible ! Cela afin d'éviter que des intellectuels
ou des politiciens parviennent à tromper leur monde en justifiant
l'absurde : “libérer” le peuple irakien à coups de missiles...
Qu'en a-t-il été, en effet, de la couverture des événements
par les médias traditionnels ? Comment la guerre fut-elle perçue
par la majorité des citoyens, celle qui n'a pas le temps de
s'informer par elle-même ? Aux Etats-Unis, le débat public fut
pratiquement inexistant, les opposants à la guerre étant parfois
interdits de paroles... Mais chez nous, en France ? Le sort
de la population civile a-t-il vraiment bénéficié de la priorité
des interventions et des préoccupations ? Très rarement... Il
a bien plus été question des conséquences économiques pour la
France de son désengagement dans ce conflit. Comme si, chaque
fois que nous voulons nous conduire en êtres humains dignes
de ce nom, une petite voix maligne venait nous rappeler où se
trouve notre porte-monnaie : juste devant notre cœur...
Cela nous conduit à une évidence : la véritable guerre est aujourd'hui
une guerre
de l'information. Malgré les
massacres de civils, les pillages organisés, les mensonges
ridicules et la violation du droit international, l'administration
Bush “semble” avoir gagné dans les esprits par sa mainmise sur
les images et les discours. “Semble” car il ne s'agit que d'un
court épisode dans une guerre de civilisation faite pour durer.
Oui, c'est bien de cela qu'il s'agit, de “civilisation” : non
pas au sens où l'entendent les autorités de Washington - qui
croient incarner l'axe du bien - mais de la dose d'humanité
que nous voulons injecter dans nos valeurs communes. En ce domaine,
le cœur et la raison évoluent de pair, phénomène naturel chez
l'être humain dès lors que la paix règne à l'intérieur de lui.
Et c'est précisément là que les
médias de masse se mêlent d'intervenir : faire en sorte
que notre cœur, notre ressenti profond, soit séparé de notre
intellect par l'introduction en nous de perturbations émotionnelles :
vient alors la peur ! Peur du danger, celui d'une attaque terroriste
ou d'un effondrement économique... En somme, la suggestion médiatique
d'atteintes directes à notre vie ou à notre porte-monnaie.
Mais qui nous parle des outrages à notre conscience ? Pouvons-nous
vivre sereinement en nous contentant d'être en sécurité et d'avoir
de quoi nous nourrir et nous vêtir ? N'est-ce pas là le degré
zéro de la civilisation ? Bannir ses peurs constitue donc le
premier devoir envers lui-même de l'être humain qui se veut
responsable de son destin. Cela se fait en étant actif et non
en se repaissant passivement des “Informations Génétiquement
Modifiées” que produisent des individus rongés par leurs propres
peurs : crainte de perdre leur emploi, trouille de paraître
ridicules, angoisse à l'idée d'être isolés. Peur, en somme,
de se conduire en être humain, de réunir cœur et raison dans
la maîtrise de leurs propres émotions...
Il nous appartient de rejeter cette dualité en refusant de nous
satisfaire de visions tronquées et d'apparences. Depuis le 11
septembre 2001, il y eut tant de mensonges, d'hypocrisies et
de faux-semblants : l'Afghanistan n'est pas en passe de devenir
une démocratie, l'Irak n'est en rien libérée de ses démons !
D'autres y prennent position, en ce moment même, pour en gérer
la destinée à leur convenance. La guerre n'est pas finie. Même
le bourbier n'a pas été évité : car de douloureuses surprises
attendent toujours ceux qui vivent à la surface des choses.
Le seul moyen d'éviter que les puissants continuent leur œuvre
de mort, c'est de ne plus absorber leurs “IGM” et d'éviter ainsi
la “contamination”. Cessons de gober toute cette violence
estampillée “Hollywood”, faite de brutalité, de vengeance, de
conditionnements et d'une insondable bêtise... Arrêtons
tout bonnement de consommer de l'IGM, tout comme nous sommes
attentifs à ce que nous mettons dans notre assiette ! Donnons-nous
du mal pour mettre dans notre tête et dans notre cur des
idées et des sentiments aptes à nous construire. Donnons leur
chance aux “petits producteurs d'informations”, à tous ceux
qui croient sincèrement en ce qu'ils font, qui risquent leur
vie sur le terrain - comme les boucliers
humains par exemple - et ne s'alarment pas pour leur porte-monnaie.
L'heure est au boycott de l'information prédigérée, à la libération
des “chaînes” de télévision et, surtout, à l'expression ! Cessons
de consommer de l'info au rythme de nos peurs et de notre appétit
d'émotions, passant d'une guerre à une autre à en perdre le
souffle : devenons nous-mêmes des acteurs. Les souffrances du
peuple afghan, du peuple irakien, du peuple tchétchène (et malheureusement
de tant d'autres) ne s'évanouissent pas avec la disparition
des caméras... Un virus tente de s'implanter en nous - le “bogue
du 11/09” - qui réinitialise notre cerveau et nous fait repartir
à zéro, amnésiques, vierges, prêts à être à nouveau informés,
déformés et finalement informes. L'expression et l'action nous
feront retrouver la mémoire.
Geoffroi
> «
L'Irak, c'est juste un tour de chauffe »
Entretien de Noam Chomsky avec V. K. Ramachandran
> Looting
- Une animation flash de Mark Fiore
> This
Modern World: Our Top Priorities - Tom Tomorrow
Lectures conseillées :
>> Irak, qui a gagné ? - Daniel Durand : Daniel Durand, ancien secrétaire national du Mouvement de la paix, analyse les faits qui ont accompagné l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Il montre que si la guerre d'Irak a marqué l'entrée dans une nouvelle ère, ce n'est peut-être pas celle annoncée parde nombreux commentateurs, d'une domination sans partage des États-Unis, mais au contraire celle de l'affirmation de nouvelles tendances et de nouvelles forces opposées à leur hégémonie.
Aspiration à la sécurité et à un développement humain mieux partagé, redécouverte de l'idée du multilatéralisme, convergence avec le mouvement altermondialiste et émergence d'une culture de la paix ne forment-ils pas la base d'un "nouveau pacifisme" conquérant, illustré par les grandes manifestations antiguerre du début 2003 ?
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>> Mourir pour McDo en Irak : Colonisation américaine, résistance irakienne - Naomi Klein, Jean Bricmont, Tariq Ali, Geoffrey Geuens, Collectif : Il y a quelques semaines, le personnel du Pentagone a visionné “La Bataille d'Alger”, un classique anticolonialiste. Aveu idéologique que la campagne irakienne est du même ordre que la guerre d'Algérie ou que celle du Vietnam. Au même moment, on apprenait, lors d'un congrès d'investisseurs, que McDo pourrait commencer à vendre des Big Mac et des frites en Irak dans les prochains mois. Si cette nouvelle vous enchante, ne lisez pas ce livre. Face à cette recolonisation, le mouvement pacifiste doit se poser la question de la résistance à la Pax Americana. Que voir dans cette guerre d'un type nouveau et dans les récents actes de résistance contre l'occupant ? Et surtout, que faire ?
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>> Rupture dans la civilisation : Le révélateur irakien - Jacques Julliard : "La plus grande victoire de Ben Laden, ce n’est pas l’attaque contre les tours jumelles de Manhattan et les trois mille morts qu’elle a faits. Sa plus grande victoire, c’est le nouveau cours de la politique américaine. C’est le triomphe d’une philosophie qui par certains points s’apparente à la sienne : heurt de civilisations, primat de la force sur le droit. C’est l’éclatement de l’Occident qui s’ensuivit."
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