| Le
fracas de la Vérité |
Lundi 20 mai 2002
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Le vice-président américain a déclaré hier que « la
perspective d'un attentat contre les Etats-Unis était pratiquement
une certitude ». Il a ajouté que « cela
pouvait se produire demain, la semaine prochaine ou même l'année
prochaine ». Dick Cheney ne pouvait, en effet, éviter
de monter au créneau alors que des informations en provenance
des services de renseignement évoquent la menace d'une attaque
contre le peuple américain comparable à celle du 11 septembre.
En outre, l'administration Bush se trouve depuis quelques temps
au centre d'une polémique qui pourrait bien s'avérer fatale pour
sa crédibilité auprès de la population : de plus en plus nombreux
sont ainsi les membres du Congrès qui réclament l'ouverture d'une
commission d'enquête afin de déterminer ce que savaient précisément
le président Bush et son entourage, au mois d'août 2001, quant
à l'utilisation d'avions de ligne comme missiles contre le World
Trade Center et le Pentagone...
Il est d'ores et déjà prouvé que la CIA et le FBI détenaient des
rapports signalant que des membres du réseau terroriste Al-Qaida
étaient inscrits dans des écoles de pilotage. Plusieurs nations,
dont la France, avaient également averti les agences américaines
de possibles attaques aériennes contre des bâtiments stratégiques.
A l'heure actuelle, il importe donc de savoir si ces informations
ont été considérées avec suffisamment de sérieux par les personnes
responsables. Or, il est permis d'en douter si l'on en juge par
le laxisme qui régnait, encore récemment, au sommet de l'état
américain s'agissant des activités du réseau Al-Qaida et de ses
liens avec les grandes familles saoudiennes. En d'autres termes,
il apparaît clairement aujourd'hui que chaque fois que le FBI
a voulu enquêter sur certains membres de la famille Ben Laden,
les “hautes sphères” s'y sont opposées. Pourquoi s'en étonner ?
Le clan Bush a longtemps entretenu des relations profitables avec
les Ben Laden, quand ces derniers possédaient certaines compagnies
pétrolières et autres firmes liées à l'industrie de défense des
Etats-Unis...
Du coup, l'on comprend aisément la colère qu'ont dû ressentir
certains agents du renseignement lors du massacre du 11 septembre
et l'amertume qu'ils éprouvent à présent, tandis que leur gouvernement
s'emploie à faire taire ses détracteurs, les taxant d'irresponsabilité
et, pire, les accusant de ne pas être de bons patriotes. Aussi
ne sommes-nous pas surpris lorsque le FBI dévoile qu'une nouvelle
vague d'attentats pourrait viser cette fois des appartements d'habitation :
voilà exactement ce qu'il faut pour accroître le sentiment d'insécurité
chez le citoyen ordinaire en lui faisant comprendre qu'il lui
ne suffit plus, pour sauvegarder sa vie, d'éviter les lieux publics
mais qu'il est en danger au cœur même de son modeste foyer...
Même excessivement patriote, le contribuable - s'il se sent menacé -
finira bien par demander des comptes à son gouvernement. Cela
est, en tous cas, hautement souhaitable : n'est-il pas, en effet,
particulièrement obscène de la part des politiciens de recourir
systématiquement au patriotisme pour décourager la critique et
susciter l'autocensure chez ceux qui ne se satisfont pas du modèle
unique de “prêt-à-penser” dont on voudrait les attifer ?
Le patriotisme... Voilà bien un sentiment avec lequel les gouvernants
aiment à jouer en ces temps difficiles. « Faisons croire
que nos valeurs sont en péril, se disent-ils, et montrons que
nous en sommes l'incarnation et le rempart, nous réduirons ainsi
à néant le discernement de nos sujets... » Et voilà
le chef de l'état le plus puissant de la planète qui se présente
au peuple tel le champion du Bien. De quoi désarçonner les plus
hardis ! Et cet autre président qui s'insurge que l'on siffle
l'hymne national et joue les hérauts de la République ! Non, l'amour
de la patrie ne consistera jamais à se taire ni à se complaire
dans l'écran de fumée savamment distillé d'en haut. Soutenons
les Etats-Unis lorsqu'ils défendent les libertés individuelles,
non pas lorsqu'ils les bafouent. De même avons-nous des raisons
d'aimer la France des droits de l'homme, mais le devoir de siffler
celle des ventes d'armes, des profits sauvages et des inégalités.
Ne soyons donc pas dupes : les gouvernants n'aiment vraiment leur
patrie que lorsqu'elle reste silencieuse... La Fraternité authentique,
elle, se réjouit du bruissement des différences et sait apprécier
le fracas de la Vérité.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ?
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>> Les Illusions du 11 septembre : Le Débat stratégique face au terrorisme - Olivier Roy : Les attentats de New York et Washington ont-ils véritablement ouvert un nouvel espace stratégique en même temps qu'ils mettaient fin au monde ancien ? Rien n'est moins sûr. Une analyse plus fine des relations entre les Etats-Unis et le monde islamique montre que beaucoup des évolutions qui ont surgi à la conscience collective ces derniers mois étaient déjà à l'œuvre avant le 11 septembre. L'événement a surtout permis de les reformuler dans un langage inédit - celui de la “guerre contre le terrorisme” et de l' “axe du mal” -, d'accélérer certaines décisions politiques et de pointer plus explicitement les enjeux et la complexité des relations entre Etats-Unis, Islam et Europe au seuil du nouveau siècle.
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>> La Loi du plus fort : Mise au pas des Etats voyous - Noam Chomsky, Ramsey Clark, Edward W. Said : Trois intellectuels américains de renommée internationale, Noam Chomsky, Edward W. Said et Ramsey Clark, posent dans trois contributions indépendantes la question de la définition par les Etats-Unis des États dits « voyous ». Ils démontrent que les actions engagées contre eux peuvent être en contradiction avec les résolutions des Nations unies et le droit international. Ensemble, ils révèlent la face noire de la politique étrangère américaine.
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>> Tous aux abris : Mike, l'arme de dérision massive ! - Michael Moore, Marc Saint-Upéry (Traduction) : Mike s’attaque aux mensonges et à la propagande dont son pays est victime depuis le 11 septembre, notamment sur les armes de Saddam. Il révèle les petits secrets du roi George du pétrole irakien et ses petites combines avec ses copains saoudiens. Et Mike se fâche vraiment quand il voit que sa patrie est devenu les États-Unis de la Peur, où les libertés publiques sont menacées alors que les grands patrons-truands des multinationales US échappent à la prison ! Le monde à l’envers ! Déterminé à remettre son pays – et le monde - à l’endroit, il propose un « petit guide personnel de prévention des attaques terroristes » (pourquoi ne pas bombarder un pays peuplé de bons chrétiens blancs, pour changer ?).
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>> Al-Qaida : Au cœur du premier réseau terroriste mondial - Rohan Gunaratna, Laurent Bury (Traduction) : depuis plus de huit ans, bien avant les événements du 11 septembre 2001, l'auteur a parcouru la planète pour décrypter l'organisation de Ben Laden, qu'il avait repérée dès ses débuts. Ce livre unique est le fruit de ses entretiens avec plus de 200 terroristes, au Moyen-Orient, en Afrique et dans des camps de prisonniers en Occident, et de l'analyse de centaines de conversations téléphoniques et de documents internes à l'organisation, comme les "manuels d’instruction" des terroristes.
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| Les
actualités |
[sélectionnées
par l'équipe de Fraternet]
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République Démocratique du Timor-Oriental : naissance d'un
nouvel Etat
Après l’élection du héros de la résistance timoraise aux élections
présidentielles, José Alexandre Xanana Gusmao, l'Indépendance
du Timor-Oriental vient d'être officiellement proclamée ce lundi
20 mai par Kofi Annan.
Malgré les tensions politiques, tous les nouveaux dirigeants du
pays s’accordent à saluer l’ONU qui depuis plus de deux ans n’a
cessé de tout mettre en œuvre pour reconstruire ce territoire
étouffé par quatre siècles de colonisation portugaise et ravagé
par un quart de siècle d'oppression indonésienne. En plus de son
action indispensable pour maintenir la paix et pour assurer notamment
le rapatriement de 200 000 Timorais, de nombreux efforts ont été
entrepris pour recruter des fonctionnaires, permettre la scolarisation
de milliers d’enfants et d’étudiants, mettre en place des infrastructures,
construire de nouveaux bâtiments publics etc. Aujourd’hui, l'ONU
doit donc veiller à se retirer très progressivement du Timor-Oriental
pour ne pas trop altérer le processus de croissance de ce nouvel
état qui manque encore terriblement de hauts fonctionnaires, d’infrastructures,
de moyens de transports et de communications…
Aussi, parce que le pays ne pourra concrètement gagner son indépendance
qu’au prix d’efforts considérables qui appellent l’assistance
internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU a-t-il décidé
de maintenir 5 000 casques bleus chargés de surveiller les frontières
avec l'Indonésie, plus d'un millier de policiers, une centaine
de fonctionnaires ainsi que des experts étrangers aptes à aider
le pays en matière d’affaires et de finances. Pour ce qui est
du contexte politique, Xanana Gusmao devra user de toute sa diplomatie
habituelle pour y insuffler son ouverture d’esprit. Un conflit
politique oppose en effet le nouveau président qui fut, rappelons-le,
l’ancien chef du principal mouvement indépendantiste timorais,
le FRETILIN et Mari Alkatar, secrétaire général du FRETILIN qui
contrôle 55 des 88 sièges de l'Assemblée Nationale et qui est
désormais le premier chef de gouvernement de l'indépendance.
Xanana Gusmao, reconnu pour sa tolérance, son humanisme et son
inlassable désir de réconciliation, ne souhaite pas voir émerger
un système de parti unique qui remettrait en cause l’espoir d’une
véritable démocratie ainsi que l'appui de la communauté internationale.
De son côté, Mari Alkatar ne partage pas les visions de son ancien
compagnon indépendantiste et s’oppose notamment à une amnistie
incluant les auteurs des massacres de 1999… Désormais confronté
à un Parlement en majorité hostile à ses idées, M. Gusmao est
toutefois déterminé à prôner le multipartisme et la réconciliation.
Même si les pouvoirs du nouveau président sont, somme toute, assez
limités, il lui faudra gérer habilement la cohabitation avec le
FRETILIN tout en relevant de grands défis : œuvrer à la reconstruction
de son pays, entretenir de bonnes relations avec l’Indonésie et
tenter d’intégrer l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est…
Une mission à la mesure de ce grand personnage dont le nom est
désormais lié à la libération d’un peuple et à la naissance d’un
Etat.
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L’essor
économique de la Bosnie
Depuis 2 ans, le trafic de femmes de l’Est - surtout Roumaines,
Ukrainiennes ou Moldaves - en direction du marché de la prostitution
bosniaque s’est intensifié dramatiquement. Rien d’original dans
la mise en place de procédures connues et que bien d’autres pays
- d’Asie en particulier - ont depuis longtemps expérimentées avec
succès dans la manière d’alimenter un marché lucratif à souhait
: offres d’emplois factices, enlèvements, fausses escortes avec
faux passeports offerts aux femmes désirant fuir leur pays. Mais,
inexorablement, le même enfer au bout du chemin où les lumières
éblouissantes qui nourrissaient les rêves d’une vie meilleure
se changent en fades lueurs éclairant les pièces trop petites
et insalubres des bordels bosniaques.
Au Nort-Est de la Bosnie, dans une zone de libre marché appelé
“Arizona”, à la frontière de la Serbie, fleurissent nombre de
night-clubs. A l’intérieur de ceux-ci, les filles sont tout d’abord
forcées à se prostituer au seul profit de leur propriétaire pour
être ensuite vendues entre 500 et 3000 Euros à des tenanciers
de bordels parsemés dans tout le pays. A l'heure actuelle, d’après
les estimations de l’Organisation Internationale de la Migration
(OIM), plus de 10 000 femmes étrangères ont été
introduites dans ce circuit d’exploitation sexuelle en Bosnie.
La crise économique que traverse le pays depuis plusieurs années
facilite le développement de ce trafic, impliquant le plus petit
criminel jusqu’à certains hauts fonctionnaires de l’état. Les
policiers se font également les complices de certains convois
qu’ils protègent en se faisant payer en retour, soit par des primes,
soit par des services sexuels gratuits.
Au milieu de ce drame humain, les forces internationales présentes
sur place sous l’égide des Nations Unies ont fait l’objet d’enquêtes
qui ont révélé aussi leur complicité - à travers les actes
de certains officiers - dans des trafics de femmes. Un programme
spécial qui s’intitule “S.T.O.P.” a été lancé pour prévenir et
juger ce genre de débordement. Mais ce projet est allé plus loin
dans son investissement local. En effet, la directrice, Mme Celhia
de Lavarene, a voulu élargir son action à l’inspection de tous
les établissements publics du type café-bar et discothèque. Chaque
contrôle rassemblait une équipe composée de près de 50 policiers,
d’un juge dépêché par le ministère de la santé et d’inspecteurs
financiers. “S.T.O.P” a conduit 279 inspections entre juillet
2000 et fin février 2002 sur 189 établissements suspectés de vivre
du trafic de filles et de la prostitution forcée. Parmi ceux-là,
43 seulement ont été fermés, 2 ont changé d’activité et 21 ont
fait l’objet d’une procédure judiciaire avec une condamnation
à l’issue. Ce résultat n’est pas satisfaisant pour Mme de Lavarene
car il est freiné par la corruption importante dans ce domaine.
Le trafic de femmes est aussi lucratif que le trafic de drogue
! Leur âge oscille entre 12 et 36 ans. Les plus jeunes sont enlevées
dans leur pays d’origine et introduites par un autre circuit spécial
“fillettes”.
Bien que des mesures pourraient être prises par le gouvernement
pour ralentir la propagation de ce marché, en attendant de nouvelles
lois préventives et punitives pour ce genre de crime, rien n’est
véritablement entrepris. Sans doute que l’exploitation de cette
“marchandise” humaine panse indirectement la crise économique
actuelle du pays. Il n’est plus suffisant d’utiliser les femmes
pour éponger le sang des guerres : les sociétés en déclin et s’en
servent aujourd’hui pour redresser leur économie !
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Sommet
de l'enfance
Du 8 au 10 mai s'est tenu, au sein de l'ONU à New York, le sommet
mondial pour l'enfance. Cette session extraordinaire a permis
d'évaluer les engagements pris en septembre 1990 par 155 Etats
concernant un plan d'action pour améliorer entre autres la santé,
la nutrition et la protection des enfants du monde.
Il apparaît à ce jour que moins d'un quart des objectifs fixés
a été atteint. Il était prévu une diminution de la moitié du nombre
d'enfants sous-alimentés mais la baisse n'a été que de 17%. On
dénombre donc près de 150 millions d'enfants souffrant de malnutrition.
De plus, chaque année, 11 millions d'enfants de moins de 5 ans
meurent encore de maladies bénines. 2 millions d'enfants sont
morts à cause des guerres civiles et 6 millions ont été mutilés.
On dénombre 300 000 enfants soldats et plus de 700 000 enfants
exploités.
« Nous, les adultes, nous avons misérablement échoué à protéger
les droits essentiels des enfants, ne laissons pas nos enfants
payer pour nos échecs » s'est exclamé Kofi Annan lors de l'ouverture
des débats.
Cet échec s'explique par la multiplication des conflits, le poids
de la dette, mais surtout la pandémie de sida. Aussi est-il nécessaire
que les nations fassent l'effort de consacrer un pourcentage plus
important de leur produit national brut pour l'aide au développement,
sans quoi les objectifs de ce plan ne seront jamais atteints.
0,7% du PNB, voilà le maigre engagement qui leur est demandé depuis
des années pour aider des millions d'enfants à vivre, voire à
survivre.
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Espoir
de paix au Soudan
Le Secrétaire d’état américain, Colin Powell, a déclaré « il
n'y a peut-être pas actuellement de pires tragédies à la surface
du globe que celle qui frappe le Soudan ». Après 18
années de guerre civile, où pétrole, discrimination raciale et
religion ont opposé les forces gouvernementales et les rebelles
du Mouvement/Armée de Libération du Peuple Soudanais (SPLM/A)
basés au sud du pays, l'administration Bush, devant l'impasse
de la situation, a décidé, en septembre dernier, de nommer un
envoyé spécial pour essayer de négocier un processus de paix.
L'ancien sénateur John Danforth a ainsi été mandaté pour faire
respecter les droits humains, condition imposée par le gouvernement
américain pour reprendre ses relations avec ce pays. En effet,
les violations des droits humains y sont nombreuses, telles la
détention sans charge, le manque de liberté de la presse, les
enlèvements et le travail forcé ainsi que les bombardements de
civils. Les pires abus ayant été commis dans le sud du pays, dans
les Monts Nuba au centre et dans l'est du pays. Le gouvernement
soudanais et ses milices ethniques ont déplacé, affamé, enlevé,
violé et tué des civils, tout en bombardant et incendiant leurs
villages, leurs églises, les hôpitaux et les écoles. Les forces
de sécurité sont accusées d'avoir torturé des centaines d'habitants
et parfois d'avoir pratiqué des exécutions sommaires.
John Danforth, dans son rapport pour essayer d'améliorer les conditions
de vie de la population soudanaise, a fait quatre propositions
qui ont été acceptées par les deux parties. Elles sont les suivantes
:
1) la signature d'un cessez-le-feu aux Monts Nuba et l'accès des
agences humanitaires, le tout contrôlé par une équipe internationale.
2) La signature d'un accord entre les deux parties où elles s'engagent
à protéger les civils habitant dans le sud ainsi que leurs habitations.
L'application de cet accord serait sous le contrôle d'une mission
de vérification composée de professionnels internationaux.
3) La création d'une commission composée de spécialistes provenant
de plusieurs pays, avec pour mission d'enquêter et de trouver
des solutions pour résoudre le grave problème de l'esclavage (touchant
principalement les femmes et les enfants).
4) La création de zones de tranquillité pour permettre aux ONG
de promouvoir des campagnes de vaccination.
Si, à ce jour, le contrôle du cessez-le-feu a bien été mis en
place dans les Monts Nuba, en revanche, malgré les réclamations
faites par l'ONG Human Rights Watch, la mission de vérification
pour la protection des civils n'est pas encore effective. La situation
de certaines populations reste désespérée, particulièrement dans
les régions pétrolifères orientales. Les milices gouvernementales,
dotées d'hélicoptères équipés d'artillerie, continuent, par la
force, à chasser les gens de chez eux. De plus, un rapport récent
de Médecins Sans Frontières fait observer que, dans cette région,
plus de 100 000 personnes sont mortes à cause d'un parasite qui
n'a pu être éradiqué par manque d'accès dû aux combats. Quant
à la commission chargée de trouver des solutions pour prévenir
l'esclavage, elle devrait être actuellement sur le terrain et
est supposée remettre son rapport d'ici la fin du mois. Enfin,
la mise en place d'une campagne médicale pour combattre certaines
maladies semble beaucoup plus difficile que prévue car le gouvernement,
comme le SPLM/A cherchent à limiter son action.
L'espoir de voir la paix revenir au Soudan est donc encore bien
mince, malgré les efforts de la communauté internationale. Mais
un progrès a quand même été constaté puisque les deux parties
ont réussi à signer les accords. C'est une tâche longue qui doit
être poursuivie sans relâche afin que cette population puisse
dans l'avenir avoir une chance de connaître enfin des jours meilleurs.
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