| Peace
Burger |
Mercredi 16 avril 2003
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Pour les faucons de Washington, l'heure est
à présent aux propos lénifiants. On parle de “gouvernement représentatif”
pour l'Irak, de “système démocratique”, de “liberté” et même
de “respect des droits de l'homme”. Il y aurait de quoi sourire
si ces déclarations n'avaient pour objectif de masquer la banale
horreur d'un carnage : massacres de civils, étouffement du droit
international, extinction des libertés fondamentales, déstabilisation
de la planète entière... De quoi ricaner, certes, si cela n'avait
aussi pour but de faire oublier plus d'une décennie d'un embargo
économique de type génocidaire. Une esbroufe qui semble convenir
à la plupart des médias occidentaux, esclaves du tape-à-l'œil
et coutumiers du show. Pas un qui ne s'étonne de la facilité
avec laquelle Bagdad s'est retrouvée entre les mains des coalisés...
C'est pourtant de ce côté qu'il faudrait chercher si l'on veut se
faire une idée de ce qui attend le peuple irakien (mais sans
doute est-ce là une inquiétude peu médiatique). Pensez donc !
Une ville de cinq millions d'habitants - protégée par des dizaines
de milliers de gardes républicains, miliciens du parti Baas
et autres “fedayeens de Saddam” - tombée sans coup férir ! Rien
à voir avec le désastre annoncé et hautement prévisible d'une
insurrection urbaine. « Saqfa »,
répondent les journaux arabes pour évoquer les tractations
ayant vraisemblablement eu lieu entre l'administration Bush
et les dignitaires du régime irakien. Un accord secret mettant
en présence un proche de Saddam Hussein, Ibrahim
Izzat, et le puissant prince saoudien Abdallah. Il faut
dire que l'absence de résistance à Bagdad, la disparition “comme
par enchantement” des officiels du parti Baas, la bonne santé
des sept prisonniers américains et la non-destruction des ponts
de la ville soulèvent de sérieuses questions. Qu'ont donc bien
pu promettre les autorités américaines pour obtenir un tel succès ?
En fait, rien d'extraordinaire. Le camp des faucons a, en effet,
tout intérêt à octroyer des avantages substantiels aux hommes-clés
de l'ancien pouvoir s'il veut établir une emprise durable sur
la population : l'impunité pour les innombrables exactions commises
par les serviteurs du tyran, de juteux profits dans la reconstruction
et l'exploitation des richesses pétrolières du pays, quelque
influence dans les nouvelles allées du pouvoir... Telles sont
les raisons expliquant qu'il n'y ait pas eu de bataille
de Bagdad. Mais c'est également ce qui justifie les pillages
et les destructions, lesquels ont clairement été encouragés
par l'armée américaine, celle-ci se gardant bien de protéger
les hôpitaux mais assurant une défense sans faille du Ministère
du Pétrole... Une façon d'intimider la population (dont
la liesse fut plus que discrète) afin de la forcer à se terrer
dans ses foyers. Autrement dit, un désordre suscité intentionnellement
pour justifier par la suite une répression plus directe...
La voici donc à l'œuvre en Irak, cette fameuse “Pax
Americana”. Ses caractéristiques sont fort éloignées de
l'idéal démocratique : semer la peur et la destruction, puis
installer au pouvoir des hommes liges - experts en tyrannie
et maîtres ès corruption - établir quelques bases militaires
et s'indemniser enfin en s'emparant des richesses nationales.
Le tout est offert au monde comme un produit de haute technologie,
appuyé par un marketing savamment élaboré : “biodesign soft”,
packaging attrayant et slogans chocs... En somme, l'on voudrait
nous faire ingurgiter une sorte de “démocratie fast-food” :
une nourriture sans saveur avalée sur un coin de table dans
une ambiance aseptisée, tandis que les patrons se frottent les
mains et que les employés, prestement usés par le système, se
succèdent à un rythme effréné. La paix façon “restauration rapide”
servie à une clientèle qui ne prend même plus le temps de réfléchir
à ce qu'on lui met dans la tête et dans le cœur... Mais les
choses changent depuis quelques temps et le “Jean-Pierre Coffe”
qui sommeille en chacun de nous commence à s'éveiller, n'hésitant
plus à crier haut et fort que ce « Peace Burger », assaisonné
de “bloody ketchup” et d'“oil mustard”, « c'est de la m**** ! »
Geoffroi
> Coalition
Forces Must Stop Iraqi Looting - Human Rights Watch
> What
America Says Does Not Go - Uzma Aslam Khan - 15/04/2003
> Doctrines
- Aquafiestas - 15/04/2003
Lectures conseillées :
>> Irak, qui a gagné ? - Daniel Durand : Daniel Durand, ancien secrétaire national du Mouvement de la paix, analyse les faits qui ont accompagné l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Il montre que si la guerre d'Irak a marqué l'entrée dans une nouvelle ère, ce n'est peut-être pas celle annoncée parde nombreux commentateurs, d'une domination sans partage des États-Unis, mais au contraire celle de l'affirmation de nouvelles tendances et de nouvelles forces opposées à leur hégémonie.
Aspiration à la sécurité et à un développement humain mieux partagé, redécouverte de l'idée du multilatéralisme, convergence avec le mouvement altermondialiste et émergence d'une culture de la paix ne forment-ils pas la base d'un "nouveau pacifisme" conquérant, illustré par les grandes manifestations antiguerre du début 2003 ?
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>> Mourir pour McDo en Irak : Colonisation américaine, résistance irakienne - Naomi Klein, Jean Bricmont, Tariq Ali, Geoffrey Geuens, Collectif : Il y a quelques semaines, le personnel du Pentagone a visionné “La Bataille d'Alger”, un classique anticolonialiste. Aveu idéologique que la campagne irakienne est du même ordre que la guerre d'Algérie ou que celle du Vietnam. Au même moment, on apprenait, lors d'un congrès d'investisseurs, que McDo pourrait commencer à vendre des Big Mac et des frites en Irak dans les prochains mois. Si cette nouvelle vous enchante, ne lisez pas ce livre. Face à cette recolonisation, le mouvement pacifiste doit se poser la question de la résistance à la Pax Americana. Que voir dans cette guerre d'un type nouveau et dans les récents actes de résistance contre l'occupant ? Et surtout, que faire ?
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>> Rupture dans la civilisation : Le révélateur irakien - Jacques Julliard : "La plus grande victoire de Ben Laden, ce n’est pas l’attaque contre les tours jumelles de Manhattan et les trois mille morts qu’elle a faits. Sa plus grande victoire, c’est le nouveau cours de la politique américaine. C’est le triomphe d’une philosophie qui par certains points s’apparente à la sienne : heurt de civilisations, primat de la force sur le droit. C’est l’éclatement de l’Occident qui s’ensuivit."
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