| Le
Forum Social Européen |
Lundi 11 novembre
2002
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A Florence, la manifestation qui a eu lieu en marge du Forum
Social Européen a réuni plus de 500 000 personnes. Les altermondialistes
(ainsi qu’on les appelle élégamment en Belgique) ont défilé pacifiquement,
exprimant aussi bien leur opposition à une guerre contre l’Irak
que leur amertume quant au sort des Palestiniens et leur désir
d’une Europe différente au sein d’une économie mondiale qui deviendrait
enfin équitable... Le succès remporté par ce formidable rassemblement
constitue, à n’en pas douter, un véritable camouflet pour le gouvernement
Berlusconi, lequel avait multiplié les déclarations alarmistes,
rappelant les tristes heures de la conférence de Gênes l’an dernier
et sommant les autorités de Toscane d’interdire la manifestation.
Cette fois, les partisans d’une mondialisation à visage humain
ont su montrer leur attachement à la non-violence, faisant finalement
taire ceux qui s’étaient ingéniés à les criminaliser.
Les thèmes fondamentaux abordés lors des conférences et ateliers
qui se succédèrent lors du Forum Social Européen étaient particulièrement
ambitieux : globalisation et néo-libéralisme, guerre et paix,
droits et démocratie... Autant de sujets brûlants susceptibles
de déchaîner les passions et d’enflammer les orateurs ! Bien entendu,
l’OMC et le FMI furent, une fois encore, montrés du doigt pour
l’iniquité dont ils sont responsables au sein des échanges internationaux
; on parla également de la nécessaire abrogation du secret bancaire,
de la taxe Tobin en tant que contrôle démocratique sur les flux
financiers et de l’abolition de la dette... Et, par-dessus tout,
de la réappropriation des institutions par la société civile et
de la démocratisation du débat économique...
A lire les comptes-rendus émanant des délégués des associations
participant au forum, les débats furent fructueux, chacun venant
faire part de ses connaissances et de ses expériences dans des
domaines très variés, qui dénonçant le développement insoutenable
coupable de défigurer notre planète, l’intolérable marchandisation
du vivant, qui d’autre prônant le commerce équitable nord-sud,
qui d’autre encore s’inquiétant du désordre mondial - avec les
problèmes de sécurité et de terrorisme - ainsi que du sort des
Palestiniens, des Tchétchènes, des Kurdes (tellement ignorés)...
Bien entendu, il fut aussi question de la montée de l’extrême-droite
en Europe, de l’agrandissement de la fracture sociale, de l’égalité
entre hommes et femmes, sans oublier les conditions d’intégration
des migrants et l’accueil des réfugiés... Bref, autant de défis
susceptibles d’interpeller les créatifs culturels
que nous sommes, nous qui souhaitons ardemment une société plus
en accord avec nos aspirations profondes de paix et de fraternité
!
Toutefois, malgré la réussite indéniable de ce forum, il semble
que certains acteurs de ce rassemblement en soient revenus un
peu frustrés. Tant il est vrai qu’à présent la simple résistance
à une idéologie écrasante ne suffit plus et que les diatribes
à l’encontre des méfaits du capitalisme deviennent quelque peu
pitoyables si elles ne s’accompagnent pas de propositions concrètes.
Et ce sont précisément les solutions alternatives qui ont du mal
à voir le jour. Non pas qu’elles fassent défaut, mais bien plutôt
parce que chacun est davantage pressé de faire valoir son prêt-à-penser
ou son projet politique pour le monde que de s’intéresser sincèrement
aux propositions de son voisin... On parle d’économie participative,
on vante les mérites du socialisme, voire de l’anarchisme et chacun
de proposer ses recettes (souvent éculées), fier qu’il est de
son appartenance et sûr de détenir la vérité sur le plan politique.
En d’autres termes, il apparaît clairement que le problème essentiel
auquel se trouve confronté le puissant mouvement qui est en train
de naître est celui de l’uniformisation que certains voudraient
lui imposer, peut-être parce qu’ils en sont encore à rêver secrètement
de pouvoir...
Nous savons pourtant - mais sans doute est-il bon de le rappeler
- que les idées les plus valables se révèlent monstrueusement
destructrices lorsque l’on force les individus à les adopter...
N’est-il donc pas évident que les notions de commerce équitable,
de justice sociale, de citoyenneté participative ou de partage
- et les innombrables propositions positives que véhiculent les
organisations actives au sein du FSE - ne tarderont pas à se révéler
désastreuses si le principe qui en a permis l’émergence n’est
pas le souci du bien-être de chaque individu ? Mieux, à quoi bon
chercher à changer de modèle de société si ce n’est pas pour donner
davantage d’importance, de liberté et de pouvoir à la personne
humaine afin de favoriser le développement de la diversité individuelle
et non pas d’accroître la puissance d’un groupe humain aux dépens
des autres ?! L’ouverture aux autres, la capacité et le désir
de travailler ensemble, le simple et sincère intérêt pour autrui
sont des valeurs encore insuffisamment partagées... De sorte que
s’il a été facile, à tant d’individus, de dire « non » tous ensemble
à ce dont ils ne veulent plus entendre parler, il leur est aujourd’hui
très difficile de dire « oui » d’une même voix : car il ne s’agit
plus de refuser en bloc un monde courant à sa perte, mais de la
nécessité pour chacun de jeter les bases de son propre avenir.
Faut-il alors que la proposition soit vaste et ouverte, pour que
les êtres humains y répondent par un même « oui » !
Oui, ce premier Forum Social Européen fut un succès et une fête
sous bien des aspects. Pour qu’il le reste toujours, il convient
que les organisations qui le composent veillent à se départir
de tout dogmatisme et que leur souci premier soit la promotion
de la richesse propre à chaque individu. Aussi bien au sein de
leurs propres rangs que dans leurs relations avec les autres mouvements.
En somme, c’est bien la qualité de la relation humaine qui doit
être le fondement de la société de demain. Tout individu doué
de raison sait intimement qu’il a besoin des autres pour se développer
harmonieusement et fera en sorte de se rendre utile et aimable,
autrement dit, de faire preuve d’altruisme pour qu’on lui en manifeste
en retour. Rapidement, il se rendra compte que cela le nourrit
et l’enrichit bien au-delà de ce qu’il pouvait imaginer. Ce qu’il
considérait comme relevant d’un difficile Amour du
prochain et d’une spiritualité élevée lui apparaît
alors comme de la simple intelligence. Pour les organisations
et groupes humains, nul besoin de se muer en secte ou de fonder
une nouvelle religion, il s’agit tout bonnement de se lancer dans
une forme de communication un peu plus poussée et authentique
que d’ordinaire... Alors, les solutions nouvelles dont le monde
a besoin et les énergies pour les mettre en uvre surgiront
d’elles-mêmes.
Quelques liens pour élargir la réflexion :
http://www.mediasol.org
http://www.penelopes.org
http://www.attac.org/indexfr/index.html
http://www.selidaire.org
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Que faire du FMI et de la Banque mondiale ? - ATTAC : La mondialisation libérale n'est pas tombée du ciel. Les ravages qu'elle provoque sont le résultat de décisions politiques, celle de Washington d'abord, puis celles des principales puissances capitalistes qui se retrouvent au sein du G7. Les outils multilatéraux de cette reconfiguration du monde au profit des multinationales et des marchés financiers sont les institutions financières internationales (IFI), en premier lieu le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Dévoyées de leurs finalités initiales, fixées à Bretton Woods au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les IFI doivent être radicalement remises en cause, tant dans leurs missions que dans leur mode de fonctionnement, profondément anti-démocratique. Elles doivent, en particulier, être subordonnées au respect des droits économiques, sociaux, écologiques et culturels, et à la Déclaration universelle des droits de l'homme. Tel est l'objet des propositions d'Attac.
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>> L'illusion économique - Emmanuel Todd : À la double utopie, économique et monétaire, d'une mondialisation dont les contre-performances sont patentes, et à la démission des classes dirigeantes, Emmanuel Todd oppose un retour à une forme de protectionnisme national dans les relations commerciales extérieures, qui permettrait le renforcement du libéralisme à l'intérieur, la relance de la demande globale, et par là même un véritable retour à l'idéal démocratique égalitaire, actuellement largement bafoué par les élites dirigeantes.
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>> Abécédaire partial et partiel de la mondialisation - Ignacio Ramonet, Ramon Chao, Jacek Wozniak : Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, et Ramon Chao, écrivain, se sont associés au dessinateur Wozniak pour raconter la mondialisation. Loin des dictionnaires académiques et « objectifs », les trois complices offrent leur analyse du néolibéralisme et,comme Alice dans son Pays des merveilles, ils découvrent de l'autre côté du miroir une image bien différente,faite de privatisations, chômage, inégalités, injustices, OGM et corruption... Le livre que l'on attendait sur l'altermondialisation.
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>> La Grande Désillusion - Joseph Eugene Stiglitz, Paul Chemla (Traduction) : Vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz démissionna avec fracas de son poste en 2000. Auréolé d'un Prix Nobel d'économie reçu en 2001, il fait ici le procès des politiques prônées par le Fonds monétaire international. Avec pédagogie et sur un ton incisif, il décrit avec moult anecdotes comment les grands argentiers ont contribué à façonner l'économie mondiale, et dénonce leurs décisions davantage fondées sur les intérêts des pays riches que sur ceux des pays "aidés". S'il ne remet pas en cause pour autant la mondialisation, "potentiellement capable d'enrichir chaque habitant de la planète en particulier les plus pauvres", il réclame une réforme en profondeur du fonctionnement des institutions internationales, pour mettre fin à ce "consensus de Washington" dont l'échec est patent.
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Actualités |
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De l’humain sinon rien !
Le 10ème sommet entre l’Union Européenne et la Russie a eu lieu
ce lundi 11 novembre 2002 dans un état d’esprit qui a de quoi
laisser sans voix les défenseurs de la cause pacifique et humaine
! Un communiqué émanant de l’U.E., à la veille de la rencontre,
énonçait, en effet, que « Les relations russo-européennes
sont trop importantes pour être dominées par la question des droits
de l'homme ». Cette phrase résume à elle seule le fonctionnement
des institutions de nos sociétés et les bases sur lesquelles elles
fondent leurs relations et leurs échanges.
Alors que les issues politiques et diplomatiques pour résoudre
le conflit en Tchétchénie sont fermement écartées par M. Poutine,
les ultimes valeurs éthiques, à défaut d’être humaines, sont lamentablement
bafouées. Pire ! Elles sont anéanties par de telles déclarations.
Si la question des droits de l’homme – c’est-à-dire, le simple
droit à la vie des êtres humains – est enterrée par peur de provoquer
la susceptibilité de dirigeants sans scrupules et bellicistes,
comment pouvons-nous encore parler de démocratie et des pseudo-idéaux
qui lui sont rattachés ? Vladimir Poutine et ses conseillers militaires
prennent manifestement une voie suicidaire en valorisant l’attitude
“ va-t’en guerre ” vivement reprochée à l’administration
Bush pour combattre ce qu’ils nomment sans nuance “ le terrorisme
mondial ”. Ils utilisent ainsi ce courant paranoïaque pour
justifier leurs actions militaires abusives.
En effet, depuis la prise d’otages menée par un commando tchétchène
dans un théâtre à Moscou du 23 au 26 octobre derniers, le Président
russe se montre extrêmement dur et intransigeant quant à l’avenir
du conflit en Tchétchénie. Aucune négociation ne sera envisagée
avec les chefs militaires tchétchènes ni même avec le Président
modéré élu, Aslan Maskhadov, que M. Poutine n’hésite pas à comparer
à Ben Laden et au Mollah Omar. Alors que l’opération des forces
russes “ Alpha ”, sous le haut commandement du Kremlin,
a été à l’origine de la mort de 128 personnes parmi les otages
(du fait de gaz suspects utilisés lors de l’assaut), alors que
l’armée russe, emportée dans le cycle infernal de la guerre, multiplie
les exactions et les frappes contre des civils tchétchènes, des
hypocrites continuent d’affirmer que le “ mal ” est
ailleurs et tentent de justifier des actes inhumains.
M. Poutine a haussé le ton. Il a de nouveau franchi un palier
dans son inflexibilité et sa dureté face aux Tchétchènes. Mais
l’obstination belliqueuse des dirigeants russes n’a rien à envier
à celle de leurs homologues indépendantistes tchétchènes dont
les actes sont unanimement condamnés. Dans cette course folle
et désordonnée contre le terrorisme international, les dirigeants
des deux grandes puissances mondiales perdent leur sang-froid
en même temps qu’ils perdent chaque jour leur crédibilité. Et
lorsque l’Union Européenne énonce de tels propos, se disant prête
à occulter le sujet des droits de l’homme dans le seul but de
ne pas mettre en péril ses relations avec la Russie, elle ruine
elle-même une large part de son crédit.
Et pourtant, si l’impératif inconditionnel du respect des droits
humains ne vient pas, au plus vite, consolider les fondations
creuses de nos valeurs démocratiques actuelles, le schéma mondial
de nos sociétés humaines, inique et partiale, s’effondrera tôt
ou tard. En outre, si tout n’est pas mis en œuvre pour élaborer,
dès à présent, de nouveaux modèles de sociétés pour les décennies
et les siècles à venir, nous revivrons perpétuellement les mêmes
tragédies. Sans la conscience absolue du caractère sacré de toute
vie humaine et, par conséquent, du respect ferme et inaltérable
des droits humains, nous ne sommes rien et l’humanité tout entière
ne peut espérer devenir meilleure !
Thierry
Lectures conseillées :
>> Tchétchénie : Le déshonneur russe - Anna Politkovskaïa, André Gluksmann (Préface), Galia Ackerman (Traduction) : Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont en jeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société.
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>> Chienne de guerre - Anne Nivat : Beaucoup de civils fuient vers la province d'Ingouchie. Ils laissent derrière eux des maisons ruinées, calcinées, et ne comprennent toujours pas les causes de l'acharnement des Russes. Comme le dit Oumar, soldat de la cause tchétchène : "Ici tout le monde nous traite comme des chiens... Je ne suis pas un bandit ! Je suis quelqu'un de parole. Je défends ma patrie". Témoignage fort sur les ravages de la guerre : Anne Nivat a vécu le quotidien d'un pays qui entre en résistance. Comme tout le monde, réfugiée dans les caves, elle a prié sous les bombes.
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>> Tchétchénie - Collectif : "La Tchétchénie entre dans sa huitième année de guerre. Une guerre loin des regards des médias, des témoignages d'observateurs occidentaux, des organisations humanitaires. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dernière présence occidentale sur place, pourtant bien inoffensive, n'a pas vu son contrat renouvelé en décembre 2002. C'est une guerre qui ne dit pas son nom. Il n'y aurait pas de guerre en Tchétchénie, il n'y aurait qu'une lutte contre le terrorisme international. Mais depuis quand un peuple tout entier peut-il être décrété terroriste ? Aujourd'hui sous nos yeux, au pays légendaire de l'Arche de Noé, un peuple à la culture millénaire est en train d'être décimé. Faudra-t-il reconstituer l'arche mythique en embarquant les derniers Tchétchènes pour les sauver du déluge des exactions de la soldatesque et des mercenaires russes ? L'objectif de cet ouvrage est d'apporter les regards croisés de chercheurs éloignés géographiquement et culturellement, mais dont les analyses sont proches ou se recoupent. Le lecteur fera le lien entre une approche philosophique, historique, anthropologique et socio-politique."
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>> Fédération de Russie : Un pays sans véritable justice - Amnesty International : Dans toute la Fédération de Russie, de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire sont commises par des responsables de l'application des lois et des membres des forces de sécurité. Hommes, femmes et enfants placés en détention sont presque systématiquement torturés ou victimes de mauvais traitements. Dans les centres de détention provisoire, surpeuplés et insalubres, les conditions de vie sont assimilables à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Selon de nombreuses informations dignes de foi, la Tchétchénie est le théâtre d'agressions contre les civils, de viols, de "disparitions" et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces russes. Amnesty International dénonce l'impunité qui règne dans la Fédération de Russie et qui ne fait que perpétuer les atteintes aux droits humains. Ce rapport attire également l'attention sur les obstacles qui empêchent les victimes - femmes, enfants et membres de minorités ethniques ou nationales en particulier - d'obtenir réparation. La publication de ce rapport coïncide avec le lancement de Justice pour tous !, campagne mondiale d'Amnesty International en faveur des droits humains dans la Fédération de Russie.
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