| Point
de mIRAKles... |
Jeudi 10 avril 2003
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Si l'on en croit CNN et la BBC, Bagdad serait
désormais sous “contrôle américain”. Déjà, les soldats s'affairent
à déboulonner une gigantesque statue de Saddam Hussein... La
guerre, dans ce qu'elle a de spectaculaire, semble ainsi proche
de sa fin, exception faite de quelques “poches de résistance”
(autrement dit, des malheureux qui n'ont aucune chance de réintégration
dans la future société irakienne). Après les destructions, la
reconstruction
est sur toute les bouches. Les négociations pour la mise en
place du nouveau gouvernement vont bon train, non moins que
les contrats avec les multinationales.
Brièvement dit, la situation paraît revenir progressivement
à la normale à mesure que les canons refroidissent. La normalisation
à la mode “Bush” aurait-elle réussi ? C'est ce que certains
se plaisent à imaginer en dégustant l'imagerie réductrice que
nous distillent les télévisions. Encore quelques jours, voire
quelques heures, l'Irak et ses milliers de victimes appartiendront
au passé médiatique.
Bien sûr, une tragique surprise est toujours possible. Des irréductibles
prépareraient-ils une attaque chimique en secret ? Combien de
snipers se terrent-ils dans Bagdad, attendant que la vigilance
des “boys” se relâche pour opérer un mauvais coup ? Tout cela
est possible mais si la prise de Bagdad devait s'avérer accomplie
dans les heures à venir, ce serait un énorme soulagement pour
la population, sentiment que nous ne pouvons que partager.
Cependant, pour qui ne se laisse pas impressionner par les représentations
incomplètes, la réalité est tout autre : la véritable bataille
se prépare. Il serait, en effet, particulièrement incohérent
de croire qu'une guerre peut apporter une solution quelle qu'elle
soit. Faudrait-il être aveuglé pour penser que la fin du régime
de Saddam, dictateur cruel s'il en fut, signifie la démocratie
pour le peuple irakien et les nations de la région. Une tyrannie
succède tout bonnement à une autre. Mais la tyrannie de “l'empire
Bush” correspond à ce qui nous est familier et que nous
avons souvent tendance à excuser, quand nous ne nous figurons
pas que cela représente un mieux !
Point de miracles... Nous connaissons parfaitement le type de
despotisme qui va s'abattre sur le peuple irakien par le biais
d'un gouvernement
fantoche au service des intérêts
américains. Ce règne du profit et du bon vouloir de l'élite
a déjà douloureusement frappé ce pays. Souvenons-nous : 500
000 enfants irakiens sont morts du fait de 12 années d'un embargo
inhumain (estimation de l'ONU confirmée par l'UNICEF). Lorsque
la journaliste Lesley
Stahl annonça ce chiffre à Madeleine Albright, alors Secrétaire
d'Etat, elle répondit : « C'est un choix très difficile mais
je pense qu'il en vaut le prix ».
Il faudrait aussi évoquer la pollution due à l'usage de l'uranium
appauvri et dont on est loin d'imaginer les dégâts sur la santé
de la population, lors des prochaines décennies. On peut d'ailleurs
penser que c'est une des raisons pour lesquelles les autorités
de Washington tenaient tellement à mettre la main sur l'Irak :
il y a certes le pétrole et la géopolitique, mais aussi la dissimulation
de leurs crimes. Nul espoir, donc, de démocratie synonyme de
débats, de récriminations, d'enquêtes et parfois de procès...
Le règne du mensonge et de l'hypocrisie a de beaux jours devant
lui en Irak. Quels étaient au juste les motifs de cette invasion
(et
qui d'ailleurs s'en soucient) ? D'armes chimiques, point.
De liens entre Saddam Hussein et la tragédie du 11 septembre,
encore moins. Le spectre de l'Irak comme une sombre menace plânant
sur le peuple américain ? Foutaises ! Reste une guerre préventive
violant le droit international et semant la haine et le chaos
dans une partie du monde où les passions sont depuis trop longtemps
exacerbées ! A présent, ce sont l'Iran, l'Arabie Saoudite, la
Syrie, la Lybie (et bien d'autres) qui se demandent quand viendra
leur tour. Quant aux communautés en présence, elles mettent
déjà les Américains en demeure de quitter
les lieux au plus vite.
L'histoire
n'en finit pas de bégayer. Les bases de soulèvements futurs
s'établissent. Et
le cauchemar de continuer pour les Irakiens... Et pour les
autres. Une haine aveugle grossit partout dans le monde contre
le peuple américain. Les extrémistes voient leurs rangs se gonfler
de pauvres gens manipulables, désormais privés de raisons de
se fier à une quelconque justice internationale. Quant aux dictateurs
qui hésitaient encore à utiliser leurs armes de destruction
massive contre l'Occident, voilà bien de quoi les renforcer
dans leur folie et de rencontrer en cela l'adhésion de leurs
sujets...
L'on peut toujours déboulonner la statue de Saddam, il n'y a
cependant nulle raison de se réjouir : nous ne verrons sans
doute pas se dresser à Bagdad de nouvelles idoles à l'effigie
d'un oppresseur, mais les libertés et la justice n'en recevront
pas moins un solide tour d'écrou. Et la paix, celle dont nous
avons tous besoin - la paix entre les civilisations, entre les
religions et les communautés - prend de plus en plus l'allure
d'un mirage, au grand regret des assoiffés.
Geoffroi
L'humour décalé de Tom Tomorrow :
> Parallel
Earth
Lectures conseillées :
>> Irak, qui a gagné ? - Daniel Durand : Daniel Durand, ancien secrétaire national du Mouvement de la paix, analyse les faits qui ont accompagné l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Il montre que si la guerre d'Irak a marqué l'entrée dans une nouvelle ère, ce n'est peut-être pas celle annoncée parde nombreux commentateurs, d'une domination sans partage des États-Unis, mais au contraire celle de l'affirmation de nouvelles tendances et de nouvelles forces opposées à leur hégémonie.
Aspiration à la sécurité et à un développement humain mieux partagé, redécouverte de l'idée du multilatéralisme, convergence avec le mouvement altermondialiste et émergence d'une culture de la paix ne forment-ils pas la base d'un "nouveau pacifisme" conquérant, illustré par les grandes manifestations antiguerre du début 2003 ?
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>> Mourir pour McDo en Irak : Colonisation américaine, résistance irakienne - Naomi Klein, Jean Bricmont, Tariq Ali, Geoffrey Geuens, Collectif : Il y a quelques semaines, le personnel du Pentagone a visionné “La Bataille d'Alger”, un classique anticolonialiste. Aveu idéologique que la campagne irakienne est du même ordre que la guerre d'Algérie ou que celle du Vietnam. Au même moment, on apprenait, lors d'un congrès d'investisseurs, que McDo pourrait commencer à vendre des Big Mac et des frites en Irak dans les prochains mois. Si cette nouvelle vous enchante, ne lisez pas ce livre. Face à cette recolonisation, le mouvement pacifiste doit se poser la question de la résistance à la Pax Americana. Que voir dans cette guerre d'un type nouveau et dans les récents actes de résistance contre l'occupant ? Et surtout, que faire ?
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>> Rupture dans la civilisation : Le révélateur irakien - Jacques Julliard : "La plus grande victoire de Ben Laden, ce n’est pas l’attaque contre les tours jumelles de Manhattan et les trois mille morts qu’elle a faits. Sa plus grande victoire, c’est le nouveau cours de la politique américaine. C’est le triomphe d’une philosophie qui par certains points s’apparente à la sienne : heurt de civilisations, primat de la force sur le droit. C’est l’éclatement de l’Occident qui s’ensuivit."
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