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Feuilles de route...
09/05/03

Qu'en est-il aujourd'hui du conflit israélo-palestinien et peut-on croire en la résurrection du processus de paix ? Une “feuille de route” a bien été élaborée par ce qu'il est convenu d'appeler le “Quartet” regroupant l'ONU, l'Union Européenne, la Russie et les Etats-Unis. Le secrétaire d'état américain Colin Powell s'apprête d'ailleurs à venir en exposer les bienfaits au chef du gouvernement israélien, Ariel Sharon. Pourtant, ni les spécialistes du Proche-Orient, ni les gens de la rue, à Jérusalem ou à Gaza, ne veulent y accorder le moindre crédit et les extrémistes des deux bords s'activent déjà à torpiller ce maigre espoir.

En effet, tandis que les attentats contre des civils israéliens sont perpétués par le Hamas, l'armée israélienne continue de tuer des Palestiniens, y compris des enfants. Et malgré la nomination d'un nouveau premier ministre à la tête de l'autorité palestinienne - Mahmoud Abbas, un homme jugé modéré et partisan de l'arrêt des violences - le gouvernement israélien s'emploie à lui compliquer la tâche alors même qu'il se plaignait de ne pas avoir d'interlocuteur palestinien : Ariel Sharon vient, notamment, de déclarer que les Palestiniens devaient préalablement renoncer au droit au retour en Israël des réfugiés, question censée être soulevée seulement lors de la phase III de la feuille de route en 2004...

Autrement dit, la réanimation d'un plan de paix paraît fort mal engagée. Et l'on en vient à se demander s'il ne s'agit pas, tout bonnement, d'une nouvelle opération de “poudre aux yeux” orchestrée par Washington. Cette “road map” n'a-t-elle pas d'ailleurs été mise en avant à la veille de l'invasion de l'Irak, dans le but à peine dissimulé de calmer les esprits dans le monde arabe ? Au demeurant, qui pourrait penser que George Bush prendrait le risque d'indisposer son électorat pro-israélien à quelques mois des élections en 2004 ? Les sénateurs américains viennent justement de lui adresser une lettre où ils l'enjoignent de ne pas en demander trop au gouvernement israélien. Dès lors, la création d'un état palestinien à côté d'Israël en 2005, ainsi que le prévoit la “road map”, ressemble furieusement à un mirage.

Aussi, comment ne pas comprendre le découragement qui frappe celles et ceux qui ont perdu un parent, un enfant ou un ami, les uns sous les bombes des terroristes, les autres sous les balles des soldats (lesquels ne sont pas moins des artisans de la terreur) ? Quand donc sera-t-il question d'une “feuille de route” qui tienne compte des civils en priorité au lieu de les écraser en chemin ? Et quand donc un état qui se présente comme la seule démocratie de la région se décidera-t-il à assumer les responsabilités consécutives à ce statut ? C'est précisément le moment idéal pour exiger du gouvernement israélien qu'il fasse le premier pas en direction de la paix et cesse à la fois d'opprimer le peuple palestinien et de faire le malheur de sa propre population ; et c'est tout autant le moment propice pour mettre les Etats-Unis devant leurs obligations : en effet, maintenant que les Américains ont investi l'Irak, Israël ne peut invoquer la sécurité de son territoire et son isolement pour justifier son entêtement. De même, l'Autorité Palestinienne, privée du soutien financier de l'Irak et dirigée par un homme nouveau, peut s'asseoir plus facilement à la table des négociations.

Mais cette “feuille de route” ne conduira nulle part si personne ne vient exiger de ses promoteurs qu'ils en appliquent le contenu. Et c'est d'abord à la communauté internationale qu'il revient d'interpeller le Quartet (ONU, EU, USA et Russie) pour qu'il respecte ses engagements : la voie de la Paix passe nécessairement et prioritairement par le rétablissement de la confiance chez les populations désespérées. C'est là une condition fondamentale sur laquelle les politiciens restent scandaleusement silencieux mais qui n'échappe pas aux défenseurs des droits humains.

Human Rights Watch ne mâche pas ses mots à l'égard du Quartet, l'accusant de laisser totalement de côté la protection des droits fondamentaux et de permettre ainsi que les exactions et les injustices se multiplient dans les deux camps. L'ONG demande avec insistance que soit mis au point un mécanisme indépendant de surveillance des progrès en matière de protection des droits humains, au lieu de laisser cette tâche à la CIA et aux services de sécurité, lesquels favorisent au contraire les abus.

De même, en Israël, des organisations humanitaires se sont depuis longtemps placées au côté de la population palestinienne, condamnant inlassablement les pillages, tortures et exécutions dont se rendent coupables les forces armées. C'est, par exemple, le cas de “Rabbins pour les Droits Humains” qui entend ainsi montrer qu'il existe en Israël une véritable tradition de protection des droits fondamentaux, enracinée dans un glorieux héritage spirituel. Dans un même esprit de réconciliation, le Comité Israélien Contre la Démolition des Maisons s'active depuis des années à aider les Palestiniens à reconstruire leurs habitations détruites par l'armée. « En agissant ainsi, déclare Jeff Harper - le coordinateur du mouvement - nous Juifs d'Israël disons aux Palestiniens : nous reconnaissons votre existence en tant que peuple et votre droit d'être dans ce pays... Nous refusons d'être des ennemis. » Et nombre d'autres associations déploient toute leur énergie afin de montrer qu'il est encore possible et souhaitable de vivre ensemble.

Ce sont ces gens-là, ignorés des médias et en but aux tracasseries et harcèlements de leur gouvernement qui feront perdre aux terroristes la crédibilité qu'ils peuvent avoir au sein d'une partie de la population palestinienne, excédée par des conditions de vie sordides et des décennies d'injustice. Ces hommes et ces femmes avancent dans la bonne direction parce qu'ils suivent la seule feuille de route capable de conduire à la Paix : celle où les mots “fraternité”, “compassion” et “action” n'ont pas été effacés.

Geoffroi


> D'autres ONG israéliennes luttant au côté des Palestiniens


Lectures conseillées :

>> La Guerre israélienne de l'information : Désinformation et fausse symétries dans le conflit israélo-palestinien - Joss Dray, Denis Sieffert : La guerre, avant d'être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l'offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l'armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l'information sous contrôle. Mais on sait moins que l'offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l'Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le " refus " de Yasser Arafat d'accepter la " généreuse " proposition israélienne de restitution de " 97 % " des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l'ensemble de l'opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s'agit d'un pur mensonge, suivi de bien d'autres... Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Palestine - Israël. Approches historiques et politiques - Collectif , Samaha Khoury : Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une “Promesse divine” se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus. Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse “Promesse de Yahvé”, sur l'idéologie sioniste et le rêve de la “Terre Promise”, sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur nonapplication. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'œuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

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