| La
prolifération des nobles causes |
Lundi 7 avril 2003
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L'ancien directeur de la CIA, James Woolsey,
est, sans aucun doute, un homme très bien “renseigné”. Selon
lui, les Etats-Unis viennent enfin de s'engager dans la
Quatrième Guerre Mondiale. Et notre homme d'ajouter, devant
un parterre d'étudiants de l'Université de Los Angeles, que
celle-ci « durerait beaucoup plus longtemps que les deux premières »,
espérant toutefois que sa durée n'égale pas les quarantes années
de Guerre Froide... James Woolsey, qui entend jouer un rôle
éminent dans la “reconstruction” de l'Irak, distingue dans l'immédiat
trois ennemis de l'Amérique : « les dirigeants religieux de
l'Iran, les fascistes irakiens et syriens et les extrémistes
d'Al-Kaïda ». « Nous allons rendre nerveux beaucoup de gens... »,
a-t-il ainsi déclaré, pointant un index vengeur en direction
de la royauté saoudienne et du clan du président égyptien Hosni
Moubarak, « ... Car nous sommes du côté de votre peuple. »
Les politiciens, lorsqu'ils se livrent publiquement à leur vice
en jouissant de manipuler l'opinion avec leurs phrases vides,
sont décidément pitoyables ! En moins de temps qu'il n'en faut
pour déverser un chapelet de bombes sur Bagdad, James Woolsey
éjaculait dans les cerveaux de son auditoire les termes fatidiques :
“guerre mondiale, ennemis, fascistes, extrémistes, démocratie,
peuple...” Des mots qui, mis bout à bout avec ardeur, nourrissent
une semence de mort. Oui, nous baignons, depuis le début de
cette nouvelle tuerie, en pleine obscénité : des mots et des
concepts nous sont continuellement jetés à la figure pour faire
ployer notre raison. L'heure est aux métaphores
hypocrites, aux informations tronquées, aux rumeurs, bref à
la propagande.
Certes, le gouvernement américain et ses tristes alliés ont
bien du mal à nous vendre leur concept éculé de “guerre juste”.
Mais est-il certain que ce matraquage ne laisse aucune trace
dans nos esprits ? Ne sommes-nous pas quelque peu atteints dans
nos valeurs, diminués dans nos aspirations et blessés dans notre
imaginaire ? Alors, voyons un peu ce qu'implique cette notion
terrible de “noble cause” pour laquelle tant de soldats sont
tombés...
Mais d'abord qu'est-ce donc qu'un soldat ? A force d'entendre
les médias traditionnels et leurs journalistes “incrustés”,
nous finissons par oublier qu'il s'agit tout bonnement d'un
être humain avec un cœur et une histoire spécifique. On nous
parle de Gardes Républicains, de Fedayeens de Saddam, de GI's,
de Marine's... D'individus qui, en somme, s'entretuent sans
se connaître parce qu'une volonté supérieure les a privés de
leur identité, de leur conscience personnelle. Et personne ne
songe à dire : « Comment peut-on tuer quelqu'un sans rien savoir
de lui ?! Quelqu'un qui ne vous a rien fait directement ! »
Dans la vie “courante”, celui qui tue ses semblables qu'il ne
connaît nullement - mais qui ont le malheur de se trouver pour
quelque obscure raison sur sa liste fatale - se nomme un “serial
killer”. La guerre est ce phénomène qui transforme les individus
en tueurs en série à côté desquels les “amateurs du pic à glace”
font figure d'apprentis. On efface, on déchiquète, on pulvérise
des hommes, des femmes et des enfants dont on ignore tout. Et
ces massacres, favorisés par l'ignorance de l'autre dans laquelle
on s'obstine, sont toujours accomplis au nom d'un objectif suprême :
c'est toujours pour une “noble cause” que luttent les guerriers
ou pour se préserver d'une sinistre menace.
Et précisément, qu'en est-il de la “noble cause” ? Toute la
souffrance provient de ce qu'il n'y en a pas qu'une mais des
milliers. La “noble cause” des uns représente toujours une menace
pour d'autres contre laquelle il semble juste de se protéger.
Et le cycle des guerres et des destructions paraît ainsi ne
pas devoir trouver de fin... Mais qui permettra un jour aux
individus de ne suivre que leur cause personnelle sans interférer
sur celle des autres ? N'est-ce pas là une raison de vivre suffisante
que de suivre sa voie propre sans chercher à l'imposer à ses
semblables, ou bien l'être humain est-il ainsi contrefait qu'il
soit gravé dans son génome un irrépressible besoin de dominer ?
Non ! Nous avons des exemples. Je
peux citer des noms. Les noms d'individus ayant assez de
considération envers eux-mêmes pour avoir su repousser la domination
sur leurs semblables et se suffire de la maîtrise de leur propre
destin. Mais je ne peux citer de nation composée de ces gens-là.
L'humanité n'a, semble-t-il, pas atteint un degré de développement
suffisant pour permettre à ses enfants de se regrouper - par-delà
les frontières, les races et les cultures - au titre de leur
simple désir d'avancer ensemble dans la vie.
La prolifération des “nobles causes” est un odieux obstacle
à la progression de notre cause personnelle, autrement dit à
notre liberté. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas, sans risque
pour notre personne, rendre visite à nos futurs amis irakiens,
tibétains ou tchétchènes. Notre désir de connaître, de communiquer
et d'aimer se voit battu en brèche par des tyrans. De sorte
qu'une seule cause apparaît comme vraiment noble et urgente
: la Paix pour tous. Souvenons-nous : la dernière raison invoquée
par le guerrier lorsqu'il en arrive à douter de la justesse
de sa cause, c'est de prétendre qu'il se bat et veut donner
sa vie pour les siens, pour ceux qu'ils aiment. Aujourd'hui,
alors que les frontières sont dépassées par les moyens de communication,
nos ami(e)s, nos proches sont en Irak autant qu'en Angleterre
ou aux USA. Alors qui devrions-nous protéger ? Non, aucune cause
ne légitimera jamais la guerre, la destruction, la violence.
Il est temps de s'indigner et de dire : « J'ai trop d'ami(e)s
en ce monde pour pouvoir choisir un camp ! »
Geoffroi
Tout espoir n'est heureusement pas perdu :
> The
Second Superpower Rears its Beautiful Head
Lectures conseillées :
>> Irak, qui a gagné ? - Daniel Durand : Daniel Durand, ancien secrétaire national du Mouvement de la paix, analyse les faits qui ont accompagné l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Il montre que si la guerre d'Irak a marqué l'entrée dans une nouvelle ère, ce n'est peut-être pas celle annoncée parde nombreux commentateurs, d'une domination sans partage des États-Unis, mais au contraire celle de l'affirmation de nouvelles tendances et de nouvelles forces opposées à leur hégémonie.
Aspiration à la sécurité et à un développement humain mieux partagé, redécouverte de l'idée du multilatéralisme, convergence avec le mouvement altermondialiste et émergence d'une culture de la paix ne forment-ils pas la base d'un "nouveau pacifisme" conquérant, illustré par les grandes manifestations antiguerre du début 2003 ?
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>> Mourir pour McDo en Irak : Colonisation américaine, résistance irakienne - Naomi Klein, Jean Bricmont, Tariq Ali, Geoffrey Geuens, Collectif : Il y a quelques semaines, le personnel du Pentagone a visionné “La Bataille d'Alger”, un classique anticolonialiste. Aveu idéologique que la campagne irakienne est du même ordre que la guerre d'Algérie ou que celle du Vietnam. Au même moment, on apprenait, lors d'un congrès d'investisseurs, que McDo pourrait commencer à vendre des Big Mac et des frites en Irak dans les prochains mois. Si cette nouvelle vous enchante, ne lisez pas ce livre. Face à cette recolonisation, le mouvement pacifiste doit se poser la question de la résistance à la Pax Americana. Que voir dans cette guerre d'un type nouveau et dans les récents actes de résistance contre l'occupant ? Et surtout, que faire ?
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>> Rupture dans la civilisation : Le révélateur irakien - Jacques Julliard : "La plus grande victoire de Ben Laden, ce n’est pas l’attaque contre les tours jumelles de Manhattan et les trois mille morts qu’elle a faits. Sa plus grande victoire, c’est le nouveau cours de la politique américaine. C’est le triomphe d’une philosophie qui par certains points s’apparente à la sienne : heurt de civilisations, primat de la force sur le droit. C’est l’éclatement de l’Occident qui s’ensuivit."
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