| De
la crédulité |
Lundi 1er juillet
2002
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Aux Etats-Unis, un nouveau scandale vient sérieusement éclabousser
le monde des affaires. Après la récente faillite frauduleuse d'Enron,
le courtier en énergie texan, c'est en effet au tour de
WorldCom, un géant des télécommunications, d'être épinglé pour
des malversations comptables à hauteur de plusieurs milliards
de dollars. Du coup, le marché boursier américain connaît une
importante désaffection et l'espoir d'une relance de la croissance
semble désormais perdu. Pire, c'est l'ensemble du système économique
qui se voit ébranlé, la corruption apparaissant à tous les coins
de Wall Street à mesure que les médias dévoilent les mensonges
des cabinets d'audit et les tricheries opérées par les dirigeants
de ce qui étaient, hier, de prestigieuses entreprises. Alors que
les sondages créditent l'administration Bush d'une chute vertigineuse
de la confiance des citoyens américains s'agissant de sa politique
économique et financière, le président s'est donc vu contraint
de monter au créneau et de menacer de peines d'emprisonnement
les grands patrons malhonnêtes. Le comble pour un politicien qui
leur doit son accession au pouvoir !
Bien entendu, ces bouleversements qui affectent l'économie de
la première puissance mondiale ont des répercussions considérables
sur l'ensemble de la planète, au-delà même des salariés qui se
retrouvent au chômage et des actionnaires ruinés : ce sont les
plus grandes places financières internationales qui sont ainsi
touchées avec ce que cela implique comme craintes pour l'avenir
et, donc, comme accroissement potentiel des injustices à l'égard
des populations les plus défavorisées... Le seul point positif
à tirer de ces turpitudes est qu'il devient un peu plus difficile
aux champions du libéralisme sauvage de faire avancer leurs idées,
alors que la plupart des analystes s'accordent maintenant à reconnaître
que l'économie ne doit plus être soumise au joug de la haute finance
et que la dérégulation des flux financiers a transformé les échanges
internationaux en un véritable far-west...
Pourtant, certains continuent d'affirmer que le modèle capitaliste
a encore de beaux jours devant lui et que les Etats-Unis ne manqueront
pas de se relever de cette crise par leur fantastique capacité
à s'adapter aux nouvelles situations, notamment sur le plan économique.
Et nombreux sont ceux qui veulent y croire de part et d'autre
de l'Atlantique - et du Pacifique - tant ils ont lié leur destin
à la prospérité du “Big Boss” américain... Décidément, comment
l'homme peut-il être aussi crédule ?! Hier, les gens de pouvoir
nous promettaient un voyage vers un pays merveilleux - le Royaume
du Profit - à bord d'un véhicule de rêve. Aujourd'hui, alors que
cette machine infernale censée nous y conduire prend l'eau de
toute part et sème le malheur sur son passage, ils échafaudent
déjà les plans d'un autre moyen de transport, pitoyable bricolage
du modèle précédent. C'est qu'ils ne peuvent construire quoi que
ce soit de solide car ils ignorent tout bonnement leur propre
destination. Ils sont simplement prisonniers de la mécanique absurde
du “posséder toujours plus”, laquelle finira par les précipiter
violemment contre le mur de leur aveuglement. Et nous les suivons
naïvement parce que nous tenons à être conformes à l'idéal qu'ils
nous présentent. Moutons ? Oui, mais moutons gros et gras !
Vraiment, n'est-il pas grand temps de nous mettre en mesure de
tirer enseignement des turbulences de notre époque ? Et si nous
prenions conscience, par exemple, de notre incroyable propension
à rechercher des gourous dans toutes les circonstances de notre
vie... Dès lors qu'un individu semble doué d'une autorité dans
un quelconque domaine, nous lui emboîtons le pas sans réfléchir,
spécialement s'il nous semble que notre subsistance en dépend.
Ainsi, puisque les grands personnages de la nation ont déclaré
que la croissance économique était la clé de tous nos maux, nous
en avons fait notre profession de foi. Peu importe que des populations
lointaines aient à souffrir de nos décisions, que des fossés dramatiques
se creusent entre les membres d'un même groupe humain, que la
violence et l'égoïsme règnent à tous les niveaux de la société :
l'important est de penser comme il faut et de se comporter de
façon “correcte” afin de ne jamais être pris pour un “maillon
faible”...
Depuis trop longtemps, les Etats-Unis - dont nous aimons tellement
suivre l'exemple - nous montrent le masque d'une homogénéité suspecte,
celui que nous livre une élite bien policée qui se refuse à critiquer
ceux qui dirigent, confondant unité et uniformité. Nous autres
Européens, apeurés par les fantômes de l'extrémisme et revenus
de toutes les idéologies, nous nous laissons aller au conformisme
et prenons un plaisir inattendu à ériger de nouvelles normes de
pensée et de comportement. La vérité, c'est que nous n'avons aucune
confiance en nous-mêmes et en un idéal, un but que nous nous fixerions
par notre seule volonté. Alors, nous nous résignons à accepter
la vie quotidienne telle qu'elle est, même si elle ne nous apporte
qu'un bonheur insipide ou parcellaire (réalité que nous nous cachons)
et ne fait qu'accroître nos manques. Nous agissons comme si nous
étions convaincus que le matérialisme constituait une réponse
à nos besoins profonds, mensonge que notre cœur dément pourtant
bruyamment lorsque nous le laissons s'exprimer... Lui qui nous
murmure que la fraternité authentique - celle qui favorise l'épanouissement
personnel et original de chacun de ses membres - est la seule
voie qui permette à chacun de s'accomplir de façon totale.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> L'empire de l'argent - André Gauron : Kenneth Lay (Enron), Bernie Ebbers (Worldcom), Dennis Kozlowski (Tyco), Jean-Marie Messier (Vivendi Universal) … Hier, ils étaient les nouveaux « maîtres du monde » et leurs sociétés faisaient les beaux jours des marchés financiers. Aujourd’hui, leurs noms riment avec scandale. Jusqu’où peut-on repousser la frontière de l’argent sans y soumettre l’intelligence, le corps humain, la vie même? Jusqu’où la marchandise peut-elle envahir notre univers sans détruire tout lien social, nier notre humanité ?
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>> Après l'Empire : Essai sur la décomposition du système américain - Emmanuel Todd : Le déclin de l'Empire américain aura-t-il lieu ? Oui, répond le démographe Emmanuel Todd dans ce brillant essai à contre-courant des idées reçues sur "l'hyper-puissance" de l'Amérique. Cette hypothèse est fondée sur le constat suivant : les États-Unis ne peuvent plus vivre de leur seule production : "Au moment même où le monde [...] est sur le point de découvrir qu'il peut se passer de l'Amérique, l'Amérique s'aperçoit qu'elle ne peut plus se passer du monde." Et le chercheur de s'appuyer avec brio sur une batterie de données empruntées aussi bien à l'économie qu'à la démographie, à l'anthropologie qu'à la géostratégie pour étayer sa thèse.
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>> Le profit avant l'homme - Noam Chomsky : Dans cet ouvrage, Noam Chomsky ne se contente pas de dénoncer les injustices économiques qu'entraîne le règne sans partage, à travers le monde, de la doctrine néo-libérale. Il démontre de façon implacable que les dirigeants du monde riche tiennent un double langage, contant les mérites de la liberté des marchés mais prenant toutes sortes de mesures pour y échapper eux-mêmes. Il montre surtout que les politiques économiques libérales ont été mises en oeuvre aux dépens de la démocratie, c'est-à-dire imposées d'en haut, et parfois dans le plus grand secret.
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| Les
Actualités |
[sélectionnées
par l'équipe de Fraternet]
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L'Afrique des bonnes consciences
Le sommet du G8, qui s'est tenu à Kananaskis, une petite station
située au fin fond de la province de l'Alberta au Canada, choisie
pour échapper à la colère des opposants à la mondialisation libérale,
a réuni pour la première fois de son histoire quatre représentants
de plus que les huit protagonistes habituels.
Parce qu'ils sont les initiateurs d'un plan de développement pour
l'Afrique et que leurs appels à l'aide répétés ont enfin trouvé
une oreille pour les entendre, Messieurs Thabo Mbeki (Afrique
du Sud), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Abdelaziz Bouteflika (Algérie)
et Abdoulaye Wade (Sénégal) ont été conviés à cette réunion. Bien
entendu, l'avenir de l'Afrique a été au centre des discussions
et des débats. En effet, comment nous occidentaux, responsables
en grande partie de l'exploitation inavouable des richesses humaines,
du sol et du sous-sol africain, pouvons-nous participer, aujourd'hui,
à la reconstruction et à l'essor de ce continent déchiré politiquement
et dont l'économie a été décimée ?
Selon les observateurs des droits humains et des causes humanitaires,
“la bonne conscience” a été le moteur essentiel du Sommet de Kananaskis
réunissant les huit plus grandes puissances économiques mondiales.
Et le résultat fut malheureusement à la hauteur des désillusions
redoutées. Les chiffres parlent d'eux-mêmes ! Alors que certains
experts en recherche agronomique pour le développement estiment
que l'Afrique n'a d'avenir qu'en recevant une aide annuelle mondiale
de 30 milliards de dollars, le G8 lui accorde 12 milliards de
dollars sur dix ans. De son côté, la Russie, qui sera contre toute
attente à la présidence en 2006, reçoit, elle, 20 milliards de
dollars sur 10 ans pour démanteler son arsenal d'armes chimiques
et nucléaires et réinsérer ses scientifiques, experts en armement.
Aucune contre partie ne lui a été réclamée, tout au moins officiellement.
Pour ce qui est de l'Afrique, certains parlent “d'effet d'annonce”
ou de “gesticulation médiatique”. Mais de grands projets de soutien
au développement spécifique des atouts africains, notamment l'agriculture,
avec pour seul intérêt l'Afrique et ses peuples, il n'en a point
été question !!! Sans doute cela est-il dû à l'effet direct des
retombées d'une forme de mondialisation qui ne sert, tout le monde
le sait, qu'à enrichir des pays qui le sont déjà.
Toujours est-il que des solutions existent pour permettre à l'Afrique
de sortir de l'ornière, si telle était la volonté des pays riches.
Deux tiers des Africains sont agriculteurs. Aucune aide ne leur
est attribuée. Comment d'ailleurs un pays endetté pourrait-il
accorder les subventions nécessaires au développement de son secteur
d'activité majeur ? La mise en place d'un circuit global de “commerce
équitable” entre l'Afrique et les pays qui vivraient de son activité
et de ses produits constituerait un premier pas vers une économie
mondiale plus juste. L'Afrique est l'affaire de tous parce que
tous en ont fait, un jour, leur affaire. Tous les pays, et il
y en a beaucoup en occident, qui sont responsables de l'état actuel
de ce continent, devraient participer activement, comme le réclament
ses représentants, à passer d'une logique d'assistance à une logique
de partenariat. Car, soyons réalistes, l'assistanat permet de
contrôler, de garder la main mise sur un pays que l'on soumet
économiquement et politiquement. Le partenariat, lui, sous-entend
de considérer l'autre comme son égal, tout au moins d'un point
de vue humain, et qu'il n'est alors plus question d'exploitation,
de soumission, de dettes...
Il existe plusieurs formes modernes d'esclavage du peuple noir
d'Afrique. L'assistanat en est une. Ce que réclament les Africains
aujourd'hui, ce n'est pas d'accéder à notre richesse, non, c'est,
dans un premier temps, qu'ils puissent être considérés comme nos
partenaires et que nous leur rendions la dignité humaine que nous
leur avons volée et que nous salissons depuis trop longtemps.
Lectures conseillées :
>> Afrique : Abolir la dette pour libérer le développement - Arnaud Zacharie, Eric Toussaint : Quelles alternatives de développement pour résister aux contraintes imposées par le FMI et la Banque mondiale ?
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>> Abécédaire partial et partiel de la mondialisation - Ignacio Ramonet, Ramon Chao, Jacek Wozniak : Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, et Ramon Chao, écrivain, se sont associés au dessinateur Wozniak pour raconter la mondialisation. Loin des dictionnaires académiques et « objectifs », les trois complices offrent leur analyse du néolibéralisme et,comme Alice dans son Pays des merveilles, ils découvrent de l'autre côté du miroir une image bien différente,faite de privatisations, chômage, inégalités, injustices, OGM et corruption... Le livre que l'on attendait sur l'altermondialisation.
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>> Le Bateau ivre de la mondialisation : Escale au sein du village planétaire - Arnaud Zacharie, Éric Toussaint (Sous la direction de) : Les débats autour de la mondialisation sont des plus enflammés. Certains défendent une globalisation néo-libérale excluant les trois quarts de l'Humanité. D'autres prônent le repli sur soi. Le Bateau ivre de la mondialisation propose une alternative à ces deux optiques : celle d'une mondialisation multipolaire incluant l'ensemble des citoyens et des citoyennes du monde dans leur diversité. Elle se construit autour de l'analyse d'une mondialisation prise dans son sens le plus large, c'est-à-dire sous ses aspects historique, géopolitique, culturel, économique et financier. Elle tisse des liens entre des problématiques aussi diverses que les colonisations, la dette du Tiers Monde, la spéculation financière, les OGM ou encore les politiques du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Elle met en réseau de nombreuses mobilisations citoyennes. Enfin, elle rassemble des solutions globales et d'autres adaptées aux richesses naturelles et culturelles de chaque région du monde.
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>> L'Aide au développement à l'heure de la mondialisation - Michèle Bailly, Patrice Dufour : Depuis une dizaine d’années, l’aide au développement est en crise et la part que lui consacrent les pays industrialisés a fortement diminué. Pourtant, comme l’a brutalement rappelé la destruction des tours du World Trade Center, le monde est UN.
Il est inacceptable – et suicidaire – d’ignorer que la moitié de l’humanité vit avec moins de deux dollars par jour. Alors que la mondialisation bouleverse le quotidien de milliards d’êtres humains, l’heure est venue de faire revivre l’ardente obligation du développement. Les leçons tirées du passé et les pistes nouvelles ouvertes par les recherches récentes sont riches de promesses : il faut s’engager résolument dans cette voie pour faire reculer la pauvreté.
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La
Cour Pénale Internationale : un accouchement douloureux
La Cour Pénale Internationale (CPI) vient de voir le jour ce lundi
1er juillet 2002 à La Haye. Cette date historique sans précédent
marque la mise en vigueur du traité de Rome définissant le statut
de la Cour Pénale Internationale. Même si elle ne deviendra pleinement
opérationnelle qu'après l'élection, en janvier 2003, d'un procureur
et de dix-huit juges, la CPI a désormais autorité et compétence
pour juger les auteurs internationaux des crimes les plus graves
: génocides, crimes de guerre, agressions et crimes contre l'humanité.
Parmi les 73 pays adhérents, on note une large participation de
l'Europe suivie de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique Latine
qui pourront poursuivre devant la Cour Internationale les politiques
et militaires responsables d'exactions sur leur territoire.
Mais si la naissance de la CPI a largement été applaudie par les
nombreuses ONG et défenseurs des droits humains de tous horizons,
elle se heurte à l'hostilité de plusieurs grandes puissances telles
que la Russie et Israël qui n'ont pas ratifié le traité, la Chine
qui ne l'a pas signé et, surtout, les Etats-Unis. Non seulement
l'administration Bush s'est opposée à la ratification du traité
mais elle s'est engagée à faire pression sur la CPI manifestement
susceptible de contrarier sa gestion singulière des affaires internationales.
Les Etats-Unis ont donc présenté un projet de résolution au Conseil
de Sécurité. Ils exigent que les ressortissants de tous
les Etats non parties au statut de la Cour ne soient pas
traduits devant la justice internationale, autrement dit, qu'ils
bénéficient d'une totale immunité. S'ils n'obtiennent pas gain
de cause, les Etats-Unis menacent de se retirer de toutes les
opérations de maintien de la paix. Ils ont notamment l'intention
d'opposer leur veto au renouvellement du mandat des forces internationales
déployées en Bosnie, mandat qui devait être renouvelé le jour
même de l'entrée en vigueur de la CPI. Quatorze des quinze pays
membres ont réprouvé le projet américain le qualifiant d'inacceptable.
Plusieurs diplomates membres du Conseil de Sécurité se demandent
même si cette manœuvre, somme toute assez grotesque, ne dissimule
pas les véritables motifs à l'origine de ce projet
dont le principal serait de "retirer toutes les troupes américaines
des Balkans".
Quoi qu'il en soit, les Européens sont conscients de la position
difficile dans laquelle se trouvent les diplomates américains
à l'ONU lesquels sont tiraillés entre les Etats membres et la
droite américaine hostile à la CPI. Un compromis a donc été proposé
sous la forme d'un projet de résolution : il suggère aux Etats-Unis
d'engager des accords avec les pays où se trouvent leurs ressortissants,
accords qui, en fin de compte, s'opposeraient aux principes mêmes
qui ont donné le jour à la CPI puisqu'ils seraient de nouveau
les gardiens d'une éternelle impunité...
Même si personne ne soutient la position américaine, la situation
serait jugée critique si les Etats-Unis se retiraient des Balkans.
De plus, l'hostilité des Etats-Unis risque fort de ralentir le
processus de ratification du traité. Or, la CPI ne peut exercer
sa juridiction que si le pays où se sont produites les exactions
a ratifié le traité ou si l'auteur des crimes est le ressortissant
d'un pays adhérent.
Le monde cédera-t-il aux exigences des Etats-Unis ? Quoi qu'il
en soit, après un accouchement difficile, la CPI devra grandir
au sein d'une plus large approbation planétaire pour devenir réellement
un outil efficace au service de la justice.
Lecture conseillée :
>> Le tribunal pénal international : Gardien du nouvel ordre mondial - John Laughland : C'est une dangereuse illusion d'imaginer que les Etats puissent être gouvernés par des gardiens qui, eux, ne rendent de comptes à personne. Il serait grave qu'au début du XXIe siècle, l'humanité oublie cette leçon fondamentale de toute politique - à savoir que la justice consiste dans l'équilibre - et qu'elle s'achemine ainsi, au nom de principes universels et abstraits, vers un nouveau système de pouvoir mondial, détaché de tout contre-pouvoir réel.
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La
Liste Noire de l'Impunité
On peut considérer l'impunité dont jouissent certains chefs d'Etats,
leur police, et leurs militaires soupçonnés d'avoir commis des
atrocités, comme un encouragement au crime. Il est donc du devoir
de la justice d'y mettre fin le plus rapidement possible.
C'est le but recherché par le réseau Damoclès et Reporters Sans
Frontières (RSF) qui viennent de publier une “Liste Noire de l'Impunité”
à l'occasion de l'entrée en vigueur, ce jour, de la Cour Pénale
Internationale.
Les journalistes ont, jusqu'à présent, payé un lourd tribut pour
assurer un métier à haut risque. Durant ces dix dernières années,
525 d'entre eux ont été tués, dont 374 délibérément assassinés
pour avoir voulu dire la vérité. Jusqu'à ce jour, ces crimes sont
pratiquement restés impunis.
Si certains pays comme le Chili, l'Afghanistan et le Timor Oriental
sont décidés aujourd'hui à instaurer une politique de répression
dans le but de condamner les criminels, si neuf autres pays affichent
une volonté politique de changement en acceptant de modifier leur
législation et en donnant davantage de moyens à la police et à
la justice dans leurs actions, permettant ainsi la mise en accusation
de certains tortionnaires, il reste encore malheureusement 21
pays qui pratiquent encore l'enlèvement, la torture, l'exécution
sommaire sans condamner les coupables. Parmi eux :
l'Algérie dont le gouvernement Bouteflika n'a pris aucune mesure
pour essayer de retrouver les auteurs de l'assassinat de 57 journalistes
entre 1993 et 1997. Il n'a pas non plus cherché à connaître le
sort des milliers de disparus depuis 1993. Enfin, aucune poursuite
n'a été engagée à l'encontre des forces de l'ordre qui ont pratiqué
enlèvements et assassinats.
La Birmanie, l'un des pays où les témoignages de cruauté sont
les plus graves, avec des conditions de détention inhumaines.
Aucun jugement n'a jamais été prononcé à l'encontre des militaires
au pouvoir et des tortionnaires qui sont sous leurs ordres.
La Chine chez qui la pratique de la torture est une politique
d'Etat, et qui, bien entendu, n'a jamais sanctionné leurs auteurs.
La Fédération de Russie qui vient d’acquitter des militaires reconnus
coupables du meurtre d'un journaliste.
Le Rwanda, qui a jugé les responsables du meurtre de 51 journalistes
en 1994, sous la pression internationale, mais dont les autorités
actuelles ferment systématiquement les yeux sur les assassinats
commis depuis 1995. Un long chemin reste donc encore à parcourir
pour que la justice demande systématiquement des comptes aux criminels
afin qu'ils apprennent à assumer leurs responsabilités, pour que
les familles de disparus puissent connaître le sort de leurs proches
et que ceux qui ont vu leurs parents ou amis exécutés puissent
ressentir un soulagement en reprenant confiance en la justice.
Lectures conseillées :
>> Algérie : Le Livre noir - Reporters Sans Frontières : Entre 100 000 et 200 000 morts depuis 1992, des milliers de disparus, des milliers de personnes torturées lors d’arrestations ou de détentions au secret : cette réalité, c’est celle de l’Algérie d’aujourd’hui, que cachent les célébrations officielles de l’« Année de l’Algérie ». Si les violences ont diminué ces dernières années, les violations des droits de l’homme demeurent toujours d’actualité. Et surtout, comme le révèlent ces textes, ces onze années d’état d’urgence et de violations massives des droits de l’homme restent marquées du sceau de l’impunité : le pouvoir continue à ignorer le combat des familles de victimes qui exigent la vérité et la justice. Un livre indispensable pour découvrir la réalité d’une Algérie meurtrie.
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>> Israël, Palestine, le livre noir - Reporters Sans Frontières : Dépasser les émotions partisanes (ainsi, les rapports des organisations israéliennes et palestiniennes présentés ici ne concernent-ils que les violations des droits de l'homme imputables à leur propre camp), connaître précisément les effets et les responsabilités des exactions d'où quelles viennent : ce n'est qu'à ces conditions que l'on pourra retrouver le chemin de la paix. D'ou le caractère nécessaire de ce livre, que liront tous ceux qui cherchent à comprendre la réalité vécue par les habitants d'Israël et des Territoires occupés palestiniens.
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>> Ces journalistes que l'on veut faire taire : Reporters sans Frontières - Robert Menard, Géraldine Faes : Toutes les vérités sont bonnes à dire. Robert Ménard, journaliste et fondateur de Reporters sans frontières, reprendrait volontiers à son compte cette maxime. Le salut démocratique par l'information, tel est son credo. Pourquoi ? Parce que si nous semblons surinformés, on nous cache bien souvent des informations de première importance. Ce livre est à la fois l'histoire de Reporters sans frontières et la profession de foi de ce nouveau mode de journalisme engagé et ouvertement activiste. Robert Ménard annonce que "le militantisme à la papa est mort". Prophétie politique ou énième coup de provocation publicitaire dont Reporters sans frontières est friand ? À vous de juger.
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La “Justice” au Texas
Dans un même esprit de fraternité et de défense des droits humains,
l'équipe de Fraternet vient de créer l'Association Latitude pour
apporter un soutien moral et financier aux condamnés à mort du
Texas (Etats-Unis). En effet, la justice texane fait preuve d'incompétence,
de discrimination sociale, raciale et met tout en uvre pour
condamner puis exécuter des personnes démunies et vulnérables.
Les médias ont souvent mis en exergue les carences de la justice
texane : l'incompétence des avocats commis d'office qui, sous-payés,
se désintéressent totalement des causes qu'ils ont à défendre
; le pouvoir abusif du district attorney qui va jusqu'à utiliser
des moyens illégaux afin d'assurer sa réélection ; les jurés qui
subissent eux aussi une certaine discrimination raciale, sociale
et de sexe et qui ne sont choisis que s'ils sont pour la peine
de mort ; la manipulation du jury qui ne dispose que des informations
les incitant à ne prononcer que la peine de mort ; une nouvelle
orientation de la justice texane dans les procédures d'appel qui
procède en même temps de l'habeas corpus et de l'appel direct,
ce qui ne donne aucune chance au condamné de faire valoir de quelconques
irrégularités lors de son procès (depuis 1995 les révisions des
sentences sont passées de 33% à seulement 3% !) ; quant au recours
en grâce, ultime espoir d'un condamné, la commission ne fait état
sur aucun registre des motifs de ses décisions et ses membres
rendent leur verdict individuellement par fax ! (depuis 1995,
1 seul condamné a évité la mort).
Aussi, connaissant les invraisemblables failles de la justice
texane qui n'en a que le mot et sachant que ce sont les personnes
les plus démunies qui en font les frais, l'Association Latitude
veut donner les moyens à quelques unes d'entre elles d'être défendues
équitablement en leur payant un avocat compétent susceptible de
sauver leur vie. C'est le cas actuel de Bryan Eric Wolfe, emprisonné
depuis plus de 9 ans dans les couloirs de la mort et qui a besoin
de notre aide à tous, maintenant, son exécution étant programmée
pour la fin de cette année.
Si vous voulez en savoir plus sur la justice texane, sur ce qui
se passe dans les prisons du Texas et si vous voulez apporter
votre part d'humanité dans ce monde inhumain, vous pouvez visiter
notre site en cliquant sur ce lien : www.association-latitude.org
Lectures conseillées :
>> Dix-sept ans dans le couloir de la mort - Richard Michael Rossi, Robert Badinter (Préface), Fabien Gastellier (Traduction : document exceptionnel de 300 pages sur la vie quotidienne dans le quartier des condamnes a mort. A la facon d'un sociologue se penchant sur ce monde absurde ou la vengeance, la repression et l'humiliation sont les lois quotidiennes; ou la folie vous guette, ou vous vous demandez chaque soir de quelle facon vous pourrez aborder le jour prochain, Richard Rossi dresse un impitoyable requisitoire sur un systeme delirant qui traite ses prisonniers comme la Rome antique, ses parias. Il s'interroge egalement sur les peines de prison a vie sans liberte conditionnelle, sur le travail du deuil des familles de victimes qui consiste a uniquement rechercher l'execution du meurtrier, sur l'emergeance de plus en plus inquietante de ceux que l'on nomme "volontaires".
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>> Lettres du couloir de la mort - Joseph Kitchens : Incarcéré a la prison d'Huntsville (Texas), condamné à mort pour avoir violé et tué une jeune femme en 1986, Joseph William Kitchens est exécuté par injection létale le 9 mai 2000. Grâce à l'entremise d'Amnesty International, section française, il entreprend de correspondre avec Suzanne, ancien professeur d'anglais, membre de l'ACAT (action des chrétiens pour l'abolition de la torture). Témoins, mois après mois, de l'évolution de Joseph, Suzanne et ses amis de l'ACAT sont vivement impressionnés par son humanité, son espérance et sa repentance sincère, qui culminent dans ses dernières lettres, juste avant l'exécution. Cette correspondance exceptionnelle vaut en outre par ce qu'elle révèle de la condition carcérale sans issue. Enfin, elle met en évidence une nécessité fondamentale aujourd'hui aus Etats-Unis : la remise en cause de la peine de mort dans de nombreux états.
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>> En direct du couloir de la mort - Mumia Abu-Jamal, Jacques Derrida, Jim Cohen, John Edgar Wideman, Leonard I. Weinglass : Témoignage d'un Afro-Américain qui vit depuis treize ans dans des conditions souvent inhumaines dans le quartier des condamnés à mort d'une prison de Pennsylvanie.
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