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Les fraternautes, Frédérique et Geoffroi, participent à la manifestation
transfrontalière du dimanche 1er juin entre Annemasse
et Genève. Ils vous livrent ici leurs impressions en
direct ou presque... [D'autres
liens sur la contestation altermondialiste]
Les photos de Frédérique
Gare de Vallard - 15H30
La manifestation anti-G8 est quasiment terminée. Des dizaines
de milliers de personnes retournent à présent au centre
de convergence où sont situés les villages alternatifs (village
intergalactique, village anticapitaliste antiguerre). Globalement,
la manifestation a tenu ses promesses réunissant un nombre impressionnant
de militants et de simples
citoyens venus du monde entier. Finalement, les incidents
auront été minimes. Pour preuve, la gare douanière de Vallard
avec ses milliers de m2 de baies vitrées est restée intacte.
Nos yeux demeurent fixés sur le G8 officiel qui prendra fin
le 3 juin.
A noter : quelques slogans vus tout au long du cortège :
« G8 litres d’eau par jour en Afrique ».
« Evian : pendant que d’autres
boivent la tasse ».
« Génocide à 8 clos ».
Le mot de la fin lu sur le T-shirt d’un manifestant :
« Nous ne voulons pas de racisme, nous ne voulons pas d’égoïsme,
nous voulons un partage équitable sur toutes les tables ».
Nous rentrons. A ce soir pour les premières photos.
Douane de Vallard - 14H30
La manifestation commence à se disloquer partiellement. Les
gens rentrent à Annemasse à pieds ou en bus. Un syndicat
local nous donne les dernières nouvelles des actions à Lausanne.
La Radio Télévision Suisse-Romande a annoncé ce matin le décès
d’un manifestant. Mais des militants Vaudois anti-G8 apportent
des précisions : il y a eu ce matin deux types d’actions de
blocage à Lausanne : - des casses d’immeubles qui ont tendu
la situation, - des blocages pacifiques. Lors de l’un d’entre
eux, la police a chargé et un jeune est tombé d’un pont. Il
a les deux jambes cassées mais n’est pas décédé. Par la suite,
la police a investi un village alternatif à Lausanne et interpellé
des militants. Ici, à Vallard,
l’ambiance demeure calme et festive.
Genève, rue Sous-Moulin - 13H40
Nous sommes en queue de la manifestation. L’ambiance
est détendue. Il doit faire 28°. On s’asperge avec des jets
d’eau. Quelques-uns franchissent un mur et se jettent dans une
piscine : « Libérez les poissons rouges ! », entend-on. Puis
les deux cortèges se rejoignent sur une bretelle d’autoroute.
D’un seul coup, c’est la tension. Ça casse dans une station
d’essence dont le logo a été dissimulé probablement par les
gérants. Les caméras rappliquent aussitôt. Des adolescents encagoulés
tentent de mettre le feu, puis semblent y renoncer. « Ça, c’est
exactement ce qu’il ne faut pas faire » s’emporte un militant
d’ATTAC. La foule passe son chemin. Nous arrivons à
la douane de Vallard. D’après les organisateurs, nous sommes
plus de 100 000.
Annemasse, route de Genève
« Alors, ils sont sympas les Savoyards (c’est une dame d’une
soixantaine d’années qui nous aborde)? Les manifestants ont
tout cassé à l’aérodrome. Ce sont des chômeurs, des casseurs
». Soudain, elle distingue de la fumée et
s’affole : « C’est une bombe lacrymogène ! » dit-elle. «
Non, c’est un étalage de merguez » lui répondons-nous. « Oh
là là ! dit-elle, il va falloir que je change de lunettes ».
Elle ajoute tout de même : « En fait, tous ces gens-là, ce qu’ils
veulent c’est rouler en Mercedes ». Ce cas particulier (plutôt
amusant) mis à part, les Savoyards sont évidemment vraiment
très sympas et se mêlent bien souvent à la manifestation. Des
manifestants envoient même leurs bouteilles vides aux badauds
qui les regardent depuis leur balcon, pour les faire remplir.
Il est 12H30 et nous passons la
frontière franco-suisse.
Annemasse, rue des Amoureux, Eglise Saint-André - 11H45
Juste devant l’église, il y a un stand de MSF (Médecins Sans
Frontières). Ils ont érigé un échafaudage de 4 à 5 mètres de
haut. Les membres de l’association se
jettent du haut de cette tour improvisée et atterrissent
sur des matelas, essayant en vain
d’attraper au passage une énorme gélule symbolisant les
médicaments qui font défaut dans les pays pauvres. Ils portent
des T-shirts noirs et blancs sur lesquels on peut lire : "Tryano
(maladie du sommeil), sida, malaria, kalaazar…" 14 000 000 de
personnes meurent chaque année de maladies infectieuses et parasitaires.
Par exemple, le paludisme tue 1 enfant toutes les 30 secondes.
Nous descendons à présent la rue du Salève.
Annemasse, avenue Jules Ferry - 11H05
Tout à l’heure, le service d’ordre a prévenu les manifestants
: « S’il y a des incidents, nous n’intervenons pas, nous sommes
là seulement pour protéger les manifestants pacifiques ». La
foule se fait plus compacte. Un stand se vide à la hâte. Il
gêne le passage. Des autocollants "y’a bon Le Pen" (Banania
remixé Evian 2003) sont happés. « C’est pas grave, c’était payant
» dit quelqu’un. L’ambiance est bon enfant, voire franchement
festive. Les habitants d’Annemasse sont aux fenêtres. La peur
a disparu. Les observateurs
d’Amnesty International surveillent le cortège. Frédérique
photographie une journaliste de
la télévision chinoise. Elle prend la pose, pas naturelle
pour un sous, mais si charmante dans son tailleur gris.
Annemasse - 10H15
Le cortège s’est mis en route. Sirènes, accordéons, petits
groupes improvisant de la musique, la manifestation se met
en place. ATTAC est là, visible avec ses
drapeaux rouges et blancs. Il y a aussi des drapeaux
tibétains. Un grand gaillard qui porte l’un d’eux nous explique
: « Nous ne sommes pas une association, nous sommes une équipe
de montagnards de la vallée de Chamonix. Comme tous les amoureux
de la montagne, nous sommes solidaires du peuple tibétain ».
Soudain, on s’agite. C’est José
Bové qui passe.
Annemasse - 9H50
« Moi, je suis une altermondialiste, j’ai pas l’impression d’être
une terroriste ». La jeune femme qui parle déroule une
gigantesque chaîne en carton : "Drop
the debt". « Ils ont réussi à faire peur aux habitants avec
leurs infos : j’ai vu des commerçants qui ne s’étaient pas barricadés
derrière des palissades. Je suis allée discuter avec eux, je
leur ai dit : vous êtes géniaux ». La chaîne s’est déroulée
: "Vous n’avez pas payé les intérêts de la dette, vous êtes
le maillon faible…"
Annemasse, centre de convergence 9H10
Nous sommes arrivés sans encombre. Nul barrage policier sur
notre route. Côté villages alternatifs,
on se met en place doucement : les drapeaux apparaissent, on
distribue les premiers tracts. « Tolérance zéro, fascistes !
» : quelques manifestants se mettent en voix… « Ni état ni patron,
autogestion ! » : la fédération anarchiste commence à défiler.
J’ai entre les mains un tract contre le Revenu Minimum d’Activité.
« C’est pas comme les retraites, ça c’est pour maintenant. Ils
essaient de le faire passer en douce », me dit celle qui me
l’a remis. Assis au bord d’un fossé, je prends des notes sur
ce que je vois. Un manifestant du Mouvement de Résistance Populaire
Mondial me tend un autre tract : « Le futur est à nous si nous
osons lutter pour lui ». Nous sommes là pour ça.
Avant le départ - samedi
La manifestation de demain devrait se dérouler sans anicroche.
Tout au moins, l'on peut dire que les organisateurs ont tout
fait pour éviter des échauffourées qui se révéleraient extrêmement
préjudiciables à l'image du mouvement altermondialiste. Jusqu'à
présent, les médias traditionnels ne se plaisent à retenir que
les rares débordements de quelques groupes isolés et se font
bien peu l'écho des débats et conférences qui nourrissent la
vie quotidienne des militants depuis plusieurs jours. A Annemasse,
où la presse locale s'était ingéniée à dépeindre les futurs
manifestants comme des “barbares déchaînés”, la tension est
un peu redescendue mais les boutiques restent barricadées derrière
des palissades en bois... On craint le choc frontal.
Il n'aura certainement pas lieu lors de ce rassemblement transfrontalier
qui se veut essentiellement pacifique et dont les animateurs
ont retenu les leçons de Gênes en juillet 2001. Nous le souhaitons
ardemment. La violence elle-même ne doit pas avoir la moindre
place dans la nouvelle société - plus juste et plus humaine
- que nous voulons bâtir. La violence appartient à l'ancien
monde, celui dont nous espérons précisément la disparition :
violence de l'argent-roi, violence de la loi du plus fort, violence
de la dette des pays pauvres, du manque de solidarité, de la
domination masculine, du sida et de la destruction de l'environnement...
Un seul choc est salutaire, un choc “frontal” pour ainsi dire :
celui qui a lieu dans notre cerveau - et qui peut aller jusqu'à
percuter notre cœur - lorsque nous réalisons que les privilèges
dont nous jouissons nous séparent de nos semblables et nous
frustrent d'un besoin fondamental de notre être : le besoin
de fraternité.
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