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Intégrité territoriale
31 octobre 2000


Tandis que Kofi Annan appelait, hier, la Géorgie et l’Abkhazie à reprendre les négociations en vue d’un règlement de la crise qui les oppose depuis huit ans, une délégation du parlement européen, en visite à Pékin, proposait aux autorités chinoises de nommer le Dalaï Lama gouverneur du Tibet... Pendant ce temps, à Zanzibar, la police tanzanienne réprimait sévèrement les manifestations d’opposants réclamant la tenue de nouvelles élections, à la suite des fraudes massives organisées par le gouvernement. Bref, hier fut un jour comme les autres pour les minorités opprimées de la planète, et il est à craindre qu’aujourd’hui ne lui ressemble fort.

Dresser la liste des peuples de la terre dont les droits sont foulés au pied constitue un véritable défi intellectuel. Si nous réfléchissons un peu, quelques noms nous viendront sans doute rapidement à l’esprit, comme, tout d’abord, les tchétchènes, les tibétains, puis, les kurdes et les aborigènes d’Australie. Mais qui a entendu parler des revendications des tatars de Crimée et des yakoutes, des karenni et des shan de Birmanie ? Et il y en a des dizaines d’autres, de par le monde, qui tentent de faire entendre leurs voix et de sortir de l’image de « séparatistes agressifs » que les nations leur attribuent pour mieux les étouffer. Les abkhazes sont de ceux là : leur république fut placée par Staline sous la tutelle de la Géorgie en 1931 et le nettoyage ethnique vida l’Abkhazie d’une grande partie de ses habitants. Lors de l’éclatement de l’empire soviétique, les abkhazes crurent pouvoir retrouver leur indépendance mais la Géorgie ne l’entendit pas de cette oreille et déclencha la guerre en 1992.

Pour ce qui est du Tibet, la situation est mieux connue parce qu’inchangée depuis des décennies, comme en témoigne la réponse faite par le gouvernement chinois à l’offre européenne : il faudrait d’abord que le Dalaï Lama s’engage à reconnaître l’unité territoriale de la Chine, renonce à l’indépendance et prenne la nationalité chinoise etc. Dans un tout autre contexte, on imagine que les autorités tanzaniennes opposeraient des conditions analogues aux indépendantistes de Zanzibar dont l’île fut rattachée au Tanganyika en 1964 sans consultation populaire. Bref, il est aujourd’hui aisé, pour les états totalitaires, d’utiliser la sacro-sainte notion « d’intégrité du territoire » pour subjuguer leurs minorités, comptant sur le silence économico-stratégique des pays capitalistes. Et c’est ainsi que la condition des populations ressemble au sort des femmes en d’innombrables pays : prises contre leur gré, violentées, elles risquent la mort si elle veulent partir ou tentent de se défendre... Et le divorce ne leur est pas permis.

Alors, afin que demain soit moins triste qu’aujourd’hui pour les peuples opprimés de la terre, il faut que naisse un mouvement analogue à celui qui conduisit à la reconnaissance des droits des femmes dans nos civilisations : un élan en faveur du respect de l’Autre qui incite chacun à prendre conscience des inégalités qui caractérisent la société dans laquelle il vit : avec un peu d’honnêteté, chacun s’apercevra que dans son travail, ou même au sein de son foyer, cette notion « d’intégrité territoriale » -qu’elle soit d’ordre physique, intellectuel, psychique ou social - est la source d’injustices permanentes : de l’intégrité des besoins à l’intégrité des plaisirs, que de conflits possibles ! Oui, si le « moi » individuel n’est pas plus ouvert et plus tolérant, il ne faut rien attendre de bon de « l’ego national » !

Geoffroi Contact


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