| Enfants en danger... |
31 juillet 2000 |
L’hebdomadaire britannique « News of the World » a publié, ce dimanche, une liste d’une cinquantaine de pédophiles comme il l’avait déjà fait la semaine dernière. Son objectif serait ainsi de permettre aux parents qui habiteraient près de la demeure d’un pédophile de protéger leurs enfants. Dès la semaine dernière cependant, les associations de protection de l’enfance ainsi que celles engagées dans la réinsertion de prisonniers ont demandé au journal de cesser cette campagne dont les effets nocifs sont évidents.
Le journal londonien s’est servi de fichiers confidentiels de la police pour établir la liste qu’il met à la disposition de ses lecteurs. Sur cette liste figurent des individus précédemment condamnés pour des actes de pédophilie et placés en liberté surveillée : certains d’entre eux, craignant pour leur sécurité, risquent donc de s’évanouir dans la nature tandis que d’autres, en pleine phase de réinsertion, ne peuvent que ressentir une profonde injustice. Les pédophiles - ces « monstres » que certains lecteurs de journaux à scandale voudraient voir pendus - sont en train de devenir les nouveaux boucs émissaires d’une partie de la population du Royaume-Uni manipulée par une presse sans le moindre scrupule...
C’est ainsi qu’un être humain ayant « payé sa dette à l’égard de la société » - selon la formule consacrée et, néanmoins, ridicule - se retrouve privé de ses droits élémentaires et devient le réceptacle de toutes les haines véhiculées par les frustrations de milliers de personnes. Protéger les enfants, ce n’est pas seulement les éloigner de ceux qui pourraient porter atteinte à leur intégrité physique ou morale, c’est aussi et surtout les élever dans une société véritablement soucieuse du bien d’autrui et de ses droits : une société où la délation serait vraiment considérée comme une abjection et où la compassion et le pardon auraient une signification réelle. Si la pédophilie existe, c’est bien parce qu’il y a manque de respect de l’autre - jusqu'à le considérer comme un simple objet sexuel - de sorte que ceux qui se plaisent à dénoncer bruyamment leurs semblables participent activement à créer le climat négatif dans lequel les actes qu’ils condamnent ont eu lieu. Ainsi, nos enfants sont autant en danger à cause des intentions malsaines de certains individus que par les émotions illégitimes que nous plaquons sur eux, lorsque ce ne sont pas nos frustrations que nous leur faisons porter ou nos manques que nous leur demandons inconsciemment de combler. Mieux vaudrait alors s’abstenir de désigner des monstres...
Geoffroi |