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Notre richesse
Lundi 30 avril 2001


Les corps de six membres de la Croix Rouge ont été retrouvés vendredi, au bord d'une route, dans la province d'Ituri, au nord-est de la République Démocratique du Congo. Le drame n'ayant pas eu de témoins, l'identification des responsables de cette tuerie s'avère, d'ores et déjà, particulièrement difficile : la région a beau être sous le contrôle du Mouvement de Libération Congolais soutenu par l'armée ougandaise, plusieurs factions y conduisent des opérations, telle l'Interhamwe (du Rwanda) ou la milice Maï-Maï congolaise. Les autorités locales évoquent également la rivalité entre les Hema et les Lendu, deux groupes ethniques traditionnellement opposés auxquels l'équipe de la Croix Rouge avait eu affaire : l'impartialité de celle-ci, dit-on, aurait pu déplaire à l'un d'eux. Dans un communiqué émanant du siège du Comité International de la Croix Rouge à Genève, l'organisation a rendu hommage aux six victimes - quatre Congolais, une Suisse et un Colombien - qui ont "consacré leur vie à leur idéal de solidarité..."

Ce n'est pas la première fois que du personnel de la Croix Rouge fait l'objet d'attentats : en 1996, en Tchétchénie, six infirmières d'un hôpital de Grozny, dirigé par l'organisation, ont été exécutées. Plusieurs autres employés et officiels de la Croix Rouge avaient également été tués, au début des années quatre-vingt dix, en Somalie, en Sierra Leone et aux Philippines... L'équipe présente à Bunia, au Congo, était chargée de faire une évaluation des besoins en vivres et médicaments dans la région. Ces dernières années, la Croix Rouge y a porté secours à des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, assistant les personnes fuyant les zones de conflit, soignant les blessés, visitant les prisonniers ou s'efforçant de réunir les familles disloquées etc. Pour le moment, l'organisation a suspendu ses actions dans l'est du pays, plaçant la sécurité de ses membres en tête de ses priorités.

L'assassinat de ces six employés de la Croix Rouge ne peut, bien entendu, qu'éveiller notre compassion pour tous leurs collègues oeuvrant auprès des plus démunis dans des pays dévastés par la guerre et, plus largement, pour tous les "humanitaires" qui risquent leur vie sur le terrain. Certes, leur existence n'a pas plus de prix que celle de n'importe lequel des individus dont ils s'emploient à soulager les souffrances. Cependant, leur exemple peut nous donner matière à une réflexion profitable. Peut-être aurions-nous tendance à attribuer à ces personnes, au vu de leur destin, des qualités exceptionnelles telle la générosité, l'abnégation, voire le goût du sacrifice. Mais ces vertus ont le tort de les placer inutilement loin de nous, alors même que nous ne possédons pas les éléments nous permettant de les évaluer objectivement. Nous avons, en effet, trop tendance à penser que ceux qui consacrent leur vie à l'amélioration du sort de leurs semblables sont dotés de tempéraments particuliers les prédisposant à l'altruisme. En réalité, ils sont tout à fait ordinaires : non pas au sens où ils ne posséderaient aucune qualité spécifique, mais plutôt au sens où chacun d'entre nous en détient le même potentiel. Ainsi, la seule différence qui peut exister, temporairement, entre une personne qui se donne "corps et âme" à autrui et une autre qui tourne autour de son ego, n'est rien d'autre qu'une certaine lucidité, autant par rapport à ses capacités que ses propres besoins. Prenons déjà conscience de notre richesse propre, nous découvrirons ensuite ce qui permet de l'accroître et nous ferons alors de meilleurs choix de vie.

Geoffroi Contact


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