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L'Inconnu...
30 et dimanche 31 décembre 2000


Cela fait un an que Michaël Blanc est emprisonné dans les geôles indonésiennes, un an que ce français originaire de Haute-Savoie fait face à une condamnation à perpétuité pour trafic de drogues. Au départ, l’affaire est plutôt banale : Michaël, qui vend des vêtements à Bali où il s’est installé, revient d’un séjour en Inde. Dans ses bagages, les bouteilles de plongée confiées par un « ami » rencontré peu de temps auparavant, attirent l’attention des douaniers indonésiens : à l’intérieur, près de quatre kilos de haschisch, affirmeront-ils, sans jamais en présenter la preuve... Et c’est le cauchemar qui commence. Michaël, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, est jeté en prison où il partage sa cellule avec 27 autres détenus, dans des conditions exécrables. Puis vient le simulacre de procès où l’on réclame sa tête, une façon pour la justice indonésienne de faire un exemple et de conjurer sa propre corruption en s’abattant sur un étranger. Finalement, Michaël Blanc se voit infligé une peine de prison à vie. Heureusement, un comité de soutien s’est formé, un site Internet a été créé et des milliers de personnes manifestent leur intérêt pour son sort ou apportent une aide matérielle. Autant de raison d’espérer...

Et il en faut de la confiance aux parents de Michaël pour affronter la justice indonésienne et s’organiser pour apporter à leur fils le réconfort dont il a besoin. Son père se charge de la mobilisation internationale tandis que sa mère lui rend visite quasiment tous les jours, là-bas, à Bali. A force de bakchichs, elle parvient à passer quelques heures avec lui et à lui fournir des médicaments et des vivres auxquels s’ajoute la solidarité de ses amis : des « petites choses » qui prennent une valeur inestimable lorsque l’on doit braver l’inconnu. Car c’est bien de cela dont il s’agit pour Michaël Blanc : sur quoi débouchera son procès en appel, dans quelques mois, alors que l’accusation compte à nouveau réclamer la peine de mort ? Le gouvernement français continuera-t-il à se réfugier derrière la souveraineté de l’état indonésien pour faire le minimum ? Faut-il offrir de fortes sommes aux autorités balinaises pour qu’elles acceptent de réduire sa peine ? Autant de questions que se posent sans doute Michaël et ses proches, dans ce pays où la règle est « pas de règle », selon les propres termes de sa mère...

Des français emprisonnés à l’étranger pour des motifs légitimes ou non, il y en a des centaines. Des êtres humains qui pourrissent dans les cachots humides des états tyranniques ou dans les camps de rebelles, il y en a des centaines de milliers. Et, en fin de compte, des frères et des sœurs qui souffrent de violations de leurs droits, il y en a des centaines de millions, voire quelques milliards... Tous plongés dans l’inconnu, à un moment ou à un autre de leur vie. Certes, l’on peut être « riche et bien portant » dans un pays dit « développé » et devenir, du jour au lendemain, la proie de l’adversité. « C’est la vie qui est ainsi faite », se disent les résignés et les fatalistes. Tandis que d’autres, confiants en la vie et en l’homme, cultivent patiemment les vastes et fertiles étendues de la solidarité. Alors que l’humanité d’aujourd’hui entre dans le troisième millénaire, connaît-elle seulement les fruits qu’elle est en train de produire et qu’elle devra, un jour, goûter ? Sait-elle la profondeur des gouffres qui la séparent de la paix et du partage ? Non. Mais quoi qu’il en soit, chacun a pu comprendre, au cours de son existence, que l’inconnu ne détruit que ceux qui l’affrontent seuls. Peu importe, en effet, où nous allons, pourvu que nous y allions avec ceux que nous aimons. Et si ceux-là forment la foule bigarrée de l’humanité, sans oublier personne, alors cet inconnu se nommera « bonheur ».

Geoffroi Contact


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