| Détermination |
30 septembre 2000
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Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a condamné, hier, les massacres de civils perpétrés par les rebelles hutus à l’encontre de la population burundaise et leur a demandé d’appliquer au plus vite les accords signés à Arusha, en Tanzanie, le mois dernier. Le médiateur à l’origine de ce plan de paix - l’ancien président sud-africain Nelson Mandela - n’a pas mâché ses mots à l’égard des rebelles, les accusant de s’en prendre à des civils sans armes et à des handicapés, mettant en grand danger un processus de réconciliation fragile auquel ils avaient été conviés à participer. Evoquant sa propre expérience, Mandela leur a reproché de n’avoir pas cherché à négocier avec leurs ennemis, indifférents qu’ils sont à l’avenir de leur propre pays...
Environ 200 000 personnes, en grande majorité des civils, ont trouvé la mort dans le conflit qui oppose depuis sept ans les rebelles hutus aux forces gouvernementales. Tout a commencé en 1993 après l’assassinat, par des militaires tutsis, du premier président élu démocratiquement au Burundi. Depuis, la minorité tutsie - qui ne représente que 15% de la population contre 85% pour l’ethnie hutue -détient les rênes du pouvoir. L’accord de paix conclu en Tanzanie, qui prévoit notamment un partage des responsabilités politiques pendant deux ans et demi, n’a pas été signé par les principales factions armées hutues, de même qu’il a été refusé par certains mouvements extrémistes tutsis : comme aucun des deux camps ne s’est engagé à respecter un cessez-le-feu, la situation demeure instable et fait craindre une issue dramatique semblable à celle que connut le Rwanda.
Il y a déjà plusieurs années que les termes de « crimes contre l’humanité » et de « génocide » ont été employés pour caractériser les atrocités commises au Burundi par les belligérants, de quelque bord qu’ils soient. On espère aujourd’hui que la communauté internationale, tenue en éveil par la pugnacité de Nelson Mandela, aura à cœur de ne pas reproduire les choix criminels effectués lors du génocide rwandais. Autrement dit, il est urgent qu’elle se prépare à l’envoi d’une force d’intervention en cas d’aggravation de la situation humanitaire, déjà suffisamment désastreuse. Les deux années de tractations qui ont été nécessaires aux dix-neuf partis politiques burundais pour parvenir au médiocre accord d’Arusha doivent nous convaincre de leur peu de compassion pour le martyre enduré par leurs compatriotes. En effet, lorsque des « représentants du peuple » se soucient davantage de leurs mesquins calculs que d’atténuer au plus tôt les souffrances de leurs semblables, un scénario catastrophe est toujours possible : serons-nous cette fois assez déterminés pour l’éviter ?
Geoffroi |