| Immigration, désir de l'autre |
30 juillet 2000 |
Devant ses collègues européens, Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur, a expliqué la position de la France dans le débat qui s’ouvre sur l’immigration. Selon lui, la réponse au problème du manque de main d’œuvre dans certains secteurs consiste d’abord à revoir la formation des travailleurs actuellement au chômage. C’est seulement ensuite que l’Europe pourra se résoudre à ouvrir ses frontières à des flux de migrants à condition d’avoir passé des contrats de retour avec leurs nations d’origine, à savoir l’Afrique et les pays méditerranéens.
Le ministre français n’est pas favorable à la relance de l’immigration du travail qui, selon lui, « ne pallierait ni le déclin ni le vieillissement des populations européennes » et causerait d’importantes difficultés économiques et sociales. A l’inverse, l’Italie et le Portugal - du fait de leurs problèmes démographiques - sont plus enclins à accepter l’idée, préconisée par l’ONU, d’une ouverture à d’importants flux migratoires. De leur côté, des pays comme la Finlande et la Suède rappellent à leurs confrères européens l’importance du droit d’asile, montrant ainsi leur souci des priorités.
En effet, pour éviter de connaître des affrontements analogues à ceux qui ont animé, durant ces vingt dernières années, la vie politique de bien des pays occidentaux, il convient de revenir à une vision plus humaine de l’immigration. La vraie question qui se pose est donc de savoir si elle est forcée ou désirée. S’il s’agit d’une immigration forcée - ultime recours pour des personnes confrontées à la misère - il est certain que les populations des pays d’accueil vivront très mal cette arrivée massive d’étrangers si elles n’y sont pas intelligemment préparées. De plus, les immigrés eux-mêmes ne seront pas dans des conditions idéales d’intégration à une société dont ils attendent tout et ignorent les habitudes...
En d’autres termes, l’immigration bien comprise ne peut se limiter à un échange de type exclusivement économique mais doit englober tout ce qui fait la richesse d’une personne humaine. Les deux parties doivent donc être motivées par un désir mutuel de faire connaissance avec l’autre et être prêtes à donner autant qu’à recevoir. Bref, il s’agit d’une forme d’union dont la réussite est indissociablement liée à l’harmonie qui préside au sein des sociétés respectives. Or, si toutes deux agissent sous la contrainte, qu’elle soit économique ou politique, leur union est irrémédiablement vouée à l’échec.
Il est particulièrement incohérent, de la part des pays occidentaux, de croire que l’on peut acheter la force de travail d’un individu pour un temps donné puis de le reconduire tranquillement dans son pays d’origine : c’est une façon de considérer l’être humain et les échanges dont l’égoïsme ne peut déboucher que sur l’enfermement et le déclin. A force d’être indifférents à nos semblables vivant dans la misère, à force de fermer notre porte à ceux qui subissent les pires outrages, ne nous attendons pas à être respectés, nous qui ne recherchons la compagnie d’autrui que pour satisfaire un besoin temporaire ou nous tirer d’un mauvais pas ! Les phénomènes modernes de l’immigration ne sont pas des mouvements harmonieux générés par des êtres cherchant à évoluer ensemble mais les fruits lamentables de notre irresponsabilité associée à l’incurie de quelques régimes inhumains. Commençons donc par donner à l’autre ce dont il a besoin pour vivre heureux chez lui et accueillons-le fraternellement lorsque des circonstances dramatiques l’obligent à quitter sa terre natale : alors pourrons-nous évoquer l’immigration comme ce qu’elle doit être - un désir de l’autre - et non une duperie.
Geoffroi |