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L'Amour est plus que tout
30 mars 2000


La Banque Mondiale vient de publier un document regroupant les témoignages de 60 000 pauvres interrogés dans 60 pays différents. On y découvre que la pauvreté est un phénomène aux multiples dimensions : à l’extrême difficulté à se nourrir, à se loger, à se soigner, s’ajoute une totale vulnérabilité devant la violence physique et psychologique véhiculée par la société qui se traduit par l’injustice, le manque de liberté, l’exploitation, l’humiliation...

L’intérêt de ce rapport, dont l’élaboration s’est étalée sur une dizaine d’années, vient de ce qu’il donne la parole aux premiers concernés, les pauvres eux-mêmes, considérant qu’ils sont les mieux placés pour dire au monde ce dont ils souffrent. Il est ainsi frappant de constater que d’une façon générale, la situation s’est aggravée pour les plus démunis de la planète qui se sentent mis à l’écart de la croissance économique par manque d’information, de formation et de crédit. De plus, la disparition de la solidarité et l’augmentation de la violence et de la corruption ont fait d’eux des exclus qui ne voient aucun moyen de s’en sortir : ils n’ont pas confiance en l’Etat - même s’ils estiment qu’il pourrait jouer un rôle considérable dans l’amélioration de leur sort - et ne se trouvent pas assez pris en compte dans les décisions des ONG dont ils reconnaissent cependant l’inestimable travail. Autrement dit, ils aspirent à plus de considération et plus de pouvoir de façon à construire par eux-mêmes les structures qui leur permettront de connaître un jour la stabilité de l’emploi, la santé, la disparition des angoisses et des peurs : bref, la possibilité de vivre libres et respectés au sein d’une communauté qui protégerait véritablement ses membres et où régnerait la paix. En somme, un idéal de Fraternité et d’harmonie...

Nous qui avons la « chance » de ne pas appartenir au 56 % de la population mondiale vivant en dessous du seuil de pauvreté, ne souffrons-nous pas pourtant des mêmes maux, à un degré différent ? Qui peut être certain de conserver perpétuellement son emploi ou de jouir d’une parfaite santé tout au long de sa vie ? Et n’avons-nous pas aussi notre lot d’inquiétudes, voire de peurs, devant l’insécurité du monde, la solitude et le peu de pouvoir que la société nous reconnaît ? A notre manière, nous aussi sommes pauvres : cela est moins criant et source de moindres révoltes et, pourtant, c’est la vérité. Nous avons de quoi nous nourrir, nous loger et participer à la vie sociale mais notre pouvoir créateur est bien limité !

Oui, nous vivons tous bien en-deçà du seuil minimum de fraternité et si l’argent ne nous fait pas gravement défaut, notre capital spirituel, lui, est bien maigre. Une vieille femme pauvre, originaire d’Ethiopie, citée dans ce rapport de la Banque Mondiale, déclarait : « sans l’Amour, l’argent n’est rien. L’Amour est plus que tout. » Aujourd’hui plus que jamais, riches et pauvres ont vraiment besoin les uns des autres : seul leur échange authentique et sincère permettra de redonner du sens à ce monde, un peu de cette saveur à laquelle nous n’avons jamais osé goûter.

Geoffroi Contact


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