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Passion et fascination
29 septembre 2000


Nuch est thaïlandaise. Au début des années 90, elle travaillait dans une bijouterie pour 140 $ par mois. Un jour, une connaissance lui dit qu’elle pourrait gagner beaucoup plus si elle émigrait au Japon. Par la suite, un « agent » lui rendit visite, promettant de lui trouver un emploi dans un restaurant à Tokyo où elle gagnerait beaucoup d’argent. L’homme lui proposa de s’occuper de toutes les formalités pour le voyage et de lui acheter des vêtements. Elle lui rembourserait tout cela plus tard. Nuch accepta. C’est seulement lorsqu’elle arriva dans le snack bar où travaillaient d’autres compatriotes que Nuch comprit qu’elle devrait se prostituer pour s’acquitter d’une dette s’élevant à 30 000 $. Perdue dans un pays dont elle ignorait la langue, privée de son passeport et travaillant illégalement, Nuch connut alors le quotidien d’une esclave... D’après un rapport publié récemment par l’ONG américaine Human Rights Watch, ce sont, chaque année, des milliers de jeunes femmes qui tombent dans un piège semblable : un véritable trafic d’êtres humains qui ne semble pas alarmer les gouvernements thaïlandais et japonais.

On imagine facilement le cauchemar que peuvent vivre ces jeunes femmes dont les droits sont méthodiquement bafoués : elles sont menacées, battues, violées, forcées d’accepter des clients tous les jours - parfois à un rythme effréné - privées de liberté... Bref, détruites psychologiquement et physiquement. Le plus incroyable, c’est qu’elles ne disposent d’aucun recours : la police japonaise les considère comme des étrangères en situation illégale et ne s’intéresse pas aux violences qu’elles ont subies. Elles ne peuvent donc espérer ni recevoir des soins ni obtenir une compensation. Au contraire, elles seront expulsées « manu militari » et interdites de séjour sur le sol japonais durant cinq ans... Il arrive même qu’elles ne puissent pas rentrer dans leur foyer lorsqu'elles ne peuvent prouver qu’elles possèdent la citoyenneté thaïlandaise. C’est alors l’errance qui les attend.

Bien évidemment, les autorités des deux pays sont parfaitement au courant de la situation : des déclarations ont été faites, des congrès ont été tenus, des mesures prises et des lois amendées, des campagnes d’information ont même été engagées... Pourtant, rien n’a changé. Pourquoi ? Parce que les réseaux internationaux qui alimentent l’industrie du sexe s’adaptent plus rapidement à un nouveau contexte que les mentalités n’évoluent. C’est ainsi que des dispositions positives ne sont, en fin de compte, jamais appliquées et que l’immense majorité des femmes demeure ignorante de ses droits. Lorsque l’argent entre en jeu, l’être humain est capable de faire preuve d’une rare ingéniosité et, à la fois, d’une désarmante naïveté : une jeune fille qui peine à élever son enfant sera forcément sensible à toute proposition susceptible d’améliorer son avenir, de même qu’un yakuza pris dans l’engrenage de la violence et de la drogue saura toujours être convaincant. Mais lorsqu’il s’agit de venir en aide à autrui, l’énergie fait souvent défaut, spécialement lorsque l’on vit dans un pays gangrené par les syndicats du crime (le Japon) ou peu enclin à promouvoir l’égalité des droits hommes/femmes (la Thaïlande)... Alors ? Il faut retrouver la passion de l’autre, une passion plus stimulante que la fascination exercée par l’argent !

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Protéger les droits humains : Outils et mécanismes juridiques internationaux - Amnesty International : Amnesty International est un mouvement mondial composé de plus d'un million et demi de membres et de sympathisants actifs dans au moins 150 pays et territoires. Ces hommes et ces femmes ont choisi de consacrer une partie de leur temps et de leur énergie afin de promouvoir le respect des droits humains universellement reconnus et inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH) et dans d'autres instruments internationaux et régionaux. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le trafic d'êtres humains - Sabine Dusch : Plus de deux millions d'enfants sont chaque année victimes d'abus sexuels. Les réseaux de prostitution sont une nouvelle forme d'esclavage pour des jeunes femmes. Autres motifs d'alarme, l'implication des mafias dans le trafic d'enfants en Afrique et dans les réseaux de migrants clandestins. Pour la première fois un ouvrage expose toutes les formes prises par le trafic des êtres humains sur la planète, présente les victimes et ces réseaux criminels. Il évoque les législations mises en place pour lutter contre cette forme de terrorisme. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Les Trafics du sexe : Femmes et enfants marchandises - Claudine Legardinier : Un des effets pervers de la mondialisation est aujourd'hui de réduire un nombre croissant de femmes et d'enfants à l'état de marchandises sexuelles. Les criminels qui organisent la traite de ces êtres humains comme les clients qui « consomment » du sexe exotique ignorent désormais les frontières. Remis au goût du jour par le libéralisme, cet « import-export » aux revenus faramineux prospère sur une exploitation toujours protégée par une immense complaisance collective : la prostitution. Il s'agit pourtant d'une question politique essentielle qui met en jeu le respect des droits humains, l'égalité à conquérir entre les hommes et les femmes, le fossé à combler entre les pays riches et les pays pauvres. Cet ouvrage coup de poing, sans voyeurisme ni sensationnel, dresse un constat effarant. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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