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Vieux démons en habit neuf |
29 janvier 2000 |
Hier, à Stockholm, a pris fin la Conférence Internationale sur l’Holocauste à laquelle participaient une cinquantaine de gouvernements et plusieurs centaines d’intellectuels et de survivants des camps de la mort. Des dispositions ont été prises afin de tirer les leçons de la Shoah et de faire en sorte que les sociétés modernes s’engagent plus résolument à combattre le racisme, l’antisémitisme, l’épuration ethnique et autres fléaux qui sont à l’origine des exterminations massives de populations.
Ainsi, le principal souci des participants à ce forum est de laisser un signal fort aux générations futures, une sorte de « plus jamais ça » susceptible de résonner dans les consciences et d’éveiller chacun à ses responsabilités face aux autres : un cri d’alarme d’autant plus poignant que la communauté internationale manifeste la plus lâche indifférence envers le peuple tchétchène et qu’un parti politique d’extrême droite, réputé pour ses thèses xénophobes, accède au pouvoir dans un pays d’Europe...
Autrement dit, s’il est fort louable de combattre les vieux démons que tout le monde connaît, il est peu probable que cela suffise à élever les esprits vers davantage de fraternité. En effet, les vieux démons se sont habillés de neuf et se confondent avec notre décor quotidien au point que lorsqu’il est possible d’identifier leurs noirs desseins, il est trop tard : ils ont déjà frappé. La haine et la violence avancent toujours masquées et prennent un malin plaisir à se parer du lustre de la moralité et de la sagesse. Jamais il ne sera question ouvertement de racisme ni d’épuration : on leur préférera des notions plus sournoises comme la souveraineté nationale, la promotion de l’identité culturelle, l’attachement à ses racines ou le patriotisme... Il existe une foule de termes aptes à dissimuler les pires intentions et que notre conscience doit passer au crible de la fraternité : s’ils ne contiennent pas de souci authentique de l’Autre et de ses droits, ils sont à rejeter avec vigueur.
Tant que la fraternité et le respect des droits humains ne seront pas les critères absolus sur lesquels se fondent les sociétés et les gouvernements, nous continuerons à nous aberrer, prenant des excréments pour des mets de choix.
Geoffroi |