| Le courage viendra plus tard |
Jeudi 28 juin 2001 |
Chaque année, l'organisation humanitaire Human Rights Watch attribue des bourses à des écrivains persécutés dans leur pays d'origine. L'idée en revient aux héritiers de Lillian Hellman et Dashiell Hammett, deux auteurs américains qui furent harcelés pour leurs activités et leurs convictions politiques, dans les années cinquante. Des subventions s'élevant à 175 000 dollars viennent donc d'être octroyées à une vingtaine d'écrivains, tous poursuivis en justice ou menacés de mort pour avoir exprimé leur opinion. Depuis 1990, ce sont plus de 400 romanciers, essayistes, poètes et journalistes du monde entier, privés de ressources financières, qui ont ainsi été aidés par ce programme.
Daniel Bekoutou, journaliste, a dénoncé les exactions commises par le régime d'Hissène Habré, au Tchad. Il a dû se réfugier en France à la suite de menaces. Hasan Mujtaba a écrit de nombreux articles sur la corruption qui sévit au sein de la classe politique pakistanaise, ainsi que sur le commerce de la drogue ou le trafic de femmes : il a trouvé asile aux Etats-Unis. Esmat Qaney, un afghan, a publié des ouvrages remettant en cause les enseignements de l'Islam : les Talibans ont brûlé ses livres à la sortie des mosquées. Aujourd'hui, il se cache. En Roumanie, Maria Petreu édite le magazine "Apostrof" qui combat l'idéologie d'extrême-droite. Elle a déjà fait l'objet d'agressions, elle risque sa vie... Au-delà de ces exemples portés à notre attention par le prix Hellman-Hammett, ce sont des milliers d'hommes et de femmes qui, dans le monde entier, consacrent leur grande énergie et leurs maigres moyens à faire connaître à leurs semblables ce qui leur paraît important, quitte à se faire torturer ou à être jetés en prison.
A l'évidence, la qualité commune qui caractérise ces écrivains
est leur immense courage, face à des dictateurs prêts à tout et
leurs hommes de main sans scrupules. Mais si l'on devait interroger
chacun d'entre eux, nul doute qu'une grande partie déclarerait
que le courage n'est pour rien dans leur démarche et qu'ils ont
agi par besoin, ne sachant faire autrement. Ne croyons pas que
les écrivains "engagés" soient les seuls à être animés par cet
instinct : nous avons tous en nous une force qui nous pousse à
désirer un mieux-être et nous donne la capacité d'oeuvrer en vue
de sa concrétisation. Trop souvent, nous nous restreignons à des
tâches, certes honorables, mais dont l'aspect répétitif, peu à
peu, nous éteint. Or, participer à l'amélioration de l'humanité,
d'une façon ou d'une autre, fait partie de notre nature : ne tarissons
pas cette source d'énergie créatrice en nous satisfaisant de suivre
des chemins tout tracés, faisons partager à nos semblables notre
vision d'un monde meilleur. Le courage, quant à lui, viendra plus
tard.
Geoffroi |