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Trithérapie
Samedi 28 avril 2001


Les cinquante chefs d'état et ministres africains réunis pour le Sommet sur le SIDA, à Abuja au Nigeria, ont signé hier un document où ils s'engagent à consacrer 15 % de leur budget annuel au secteur de la santé. Si elle est suivie d'effets, cette résolution constituera une étape majeure dans la lutte contre la pandémie, puisque les nations africaines allouent actuellement seulement 5 à 7 % de leurs dépenses à l'éradication du SIDA. De plus, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a plaidé passionnément en faveur de la constitution d'un fonds commun d'un montant de dix milliards de dollars, soutenu en cela par l'ancien président Bill Clinton. Une telle somme permettrait, chaque année, aux pays d'Afrique, non seulement de généraliser le traitement des malades, mais aussi de mettre sur pied des plans d'éducation et de prévention, ainsi que des programmes en faveur des orphelins...

Comme c'est souvent le cas lors de ce genre de réunion, le sommet d'Abuja a été l'occasion de grands discours enflammés, dont on ignore s'ils déboucheront sur une véritable amélioration du sort des 24 millions d'habitants de l'Afrique porteurs du VIH. Tout au moins cela aura-t-il permis des échanges de vue à un haut niveau, ainsi que le rappel au monde entier qu'en moins de vingt ans, près de douze millions de personnes sont décédées à cause du SIDA, dont trois millions d'enfants. A présent, alors que les industries pharmaceutiques sont sous la pression de l'opinion publique internationale, qui leur enjoint de baisser radicalement le prix de leurs traitements, c'est au tour des dirigeants africains d'être sur la sellette : en effet, même la gratuité des médicaments ne suffirait pas à endiguer l'épidémie en Afrique, tant les systèmes de santé sont déficients, ne permettant pas l'accès aux soins à tous les malades, et encore moins leur suivi régulier. "Nous devons regarder d'abord en nous-mêmes", déplorait un expert du SIDA auprès du gouvernement du Botswana, "Pourquoi accordons-nous autant d'argent aux dépenses militaires ?"

Oui, pourquoi ? La somme demandée par Kofi Annan pour alimenter le fonds global de lutte contre le SIDA représenterait à peine 1 % du budget consacré à l'armement par tous les états de la planète ! Pourtant, ces quelques milliards de dollars seront bien difficiles à réunir. Et si les Nations Unies parviennent à trouver des donateurs publics et privés, cela sera sans doute au détriment d'autres secteurs où l'argent fait cruellement besoin. Et dans le concert des justifications et des récriminations, chacun prendra bien soin de rejeter la responsabilité sur son voisin : les profits scandaleux des uns servant de prétexte à la corruption des autres ; les conditionnements et la peur engraissant encore un peu plus le fatalisme général... Et pourquoi tout cela ? Parce que nous avons "acquis", depuis bien longtemps, un genre particulier de syndrome qui ronge certains d'entre nous, puis les détruit : un produit de notre ego hypertrophié, un virus qui nous rend déficient sur le plan humain... Mais contre lequel il existe heureusement une trithérapie : conscience, responsabilisation, Amour.

Geoffroi Contact


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