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Un Timor du désert
28 et dimanche 29 octobre 2000


Jeudi dernier, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a reproché aux autorités marocaines leur rigidité concernant l’avenir du Sahara Occidental. En effet, malgré l’accord intervenu avec le Front Polisario en 1988, le Maroc fait tout ce qui est en son pouvoir pour ralentir le processus qui devait permettre, au mois de juillet 2000, la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la région. Tout a commencé en 1975, lorsque l’Espagne se décida à abandonner cette colonie : aussitôt, la Mauritanie - qui s’est retirée peu après - et le Maroc envahirent le Sahara Occidental, forçant un grand nombre de civils à trouver refuge en Algérie, où ils vivent depuis dans des camps de réfugiés. La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) - ainsi nommée par le Front Polisario - est aujourd’hui la dernière région de l’Afrique à n’avoir pu obtenir l’indépendance.

C’est un véritable dialogue de sourds qui caractérise ce conflit issu de la décolonisation. D’un côté, les Sahraouis indiquent, à juste titre, que leur droit à l’autodétermination n’est pas chose négociable et exigent un référendum honnête sur la question ; de l’autre, le gouvernement marocain n’entend permettre l’organisation de ce référendum que s’il « confirme la marocanité du Sahara Occidental »... Les autorités de Rabat ont cependant dû souscrire au plan de paix de la communauté internationale prévoyant la mise en place de la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental (MINURSO), chargée de surveiller le cessez-le-feu entre les deux parties et d’identifier les futurs votants. A l’heure actuelle, c’est sur ce dernier point que bloquent les négociations : remettant en cause le comptage effectué par l’ONU, le Maroc souhaite y ajouter plusieurs dizaines de milliers d’électeurs, dans son espoir de faire basculer la décision.

Bien entendu, le conflit du Sahara Occidental serait réglé depuis longtemps - pour le plus grand bénéfice des populations qui y vivent -s’il ne faisait l’objet d’enjeux politiques et économiques majeurs : tandis que l’Algérie (qui soutient militairement le Polisario) et le Maroc s’y affrontent indirectement en « frères ennemis » de longue date, l’Europe s’efforce de protéger au mieux ses intérêts économiques en adoptant une position compréhensive à l’égard du régime chérifien. Bref, la négation des droits humains qui prévaut en la matière, est l’œuvre, une fois encore, de la collusion entre l’idéologie nationaliste et les puissances de l’argent. Si nous voulons que le Sahara Occidental ne devienne pas un « Timor du désert », la communauté internationale se doit donc d’exhorter fermement le Maroc à respecter ses engagements. Mais cela ne pourra vraiment avoir lieu que si la population marocaine se désolidarise de l’action de son gouvernement, en s’affranchissant de la chape de désinformation qu’il entretient sur ce sujet. Dès lors, ce ne sera plus seulement à la libération du peuple sahraoui que nous assisterons, mais aussi à celle du peuple marocain, sorti des sables d’un nationalisme stérile perpétué par les élites au pouvoir. Nul n’acquiert, en effet, une liberté durable par lui-même : mais c’est en délivrant autrui de la tyrannie que l’on brise ses propres chaînes.

Geoffroi Contact


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