| Universalité et démocratie |
28 juin 2000 |
La conférence internationale intitulée « Vers une communauté des démocraties » s’est terminée hier à Varsovie. Organisée, notamment, par la Pologne, les Etats-Unis, l’Inde, la Corée du Sud, le Chili, le Mali et la République Tchèque, elle réunissait les représentants de plus de 100 nations, ministres, intellectuels et autres défenseurs de l’idéal démocratique. La conférence s’est terminée par l’adoption d’une déclaration commune invitant chaque nation à renforcer les principes de la démocratie et à les mettre en pratique. La France a toutefois jeté un pavé dans la mare en refusant de s’associer à ce document, arguant du fait que la démocratie ne pouvait être considérée comme une « religion », selon les propres termes du ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine.
Que les nations démocratiques aient à cœur de promouvoir leur idéal de liberté, décrivant la volonté du peuple comme fondement de l’autorité du gouvernement, est parfaitement légitime. Cependant, la conférence de Varsovie avait déjà mal débuté en acceptant en son sein des états dont les méthodes ne correspondent en rien à l’idéal démocratique. Des organisations humanitaires comme Human Rights Watch ont fait part aux organisateurs de la rencontre de leur stupéfaction quant à la participation de la Tunisie, du Yémen, de l’Egypte et du Burkina Faso où le déroulement des élections n’a rien de démocratique et où les droits humains sont constamment bafoués... Quant au Qatar, qui fonctionne sous le régime de la monarchie absolue ou la Russie qui inflige la plus injuste des punitions à l’ensemble du peuple tchétchène, on voit mal comment ces états pourraient prétendre au titre de nation démocratique...
La véritable question est donc de savoir si le respect des droits humains constitue le critère fondamental qui permette de définir un pays comme étant une démocratie. La conférence de Varsovie a répondu par l’affirmative à cette interrogation en basant son document final sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Cependant, si l’on examine de près cet aspect essentiel qu’est le respect des droits individuels, les Etats-Unis eux-mêmes - qui appliquent la peine capitale et pratiquent la discrimination au mépris des lois internationales - sont loin de mériter le titre de champion. En revanche, la position de la France, par son refus de considérer les valeurs démocratiques comme universelles, contribue quelque peu à remettre en cause l’universalité des droits humains...
Il convient donc de rappeler le principe fondamental auquel doivent absolument souscrire les nations, dès lors qu’elles prétendent échanger les unes avec les autres, ne serait-ce que sur le plan commercial : ce principe est celui de la liberté individuelle éclairée par la fraternité qui, seule, est apte à fonder l’autorité d’un groupe, d’une société ou d’un gouvernement. L’existence même d’un individu implique le développement d’une liberté et le développement d’une société d’individus nécessite la fraternité pour durer. L’attirance des êtres humains les uns pour les autres démontre, s’il en était besoin, le caractère naturel, et donc universel, de la recherche de la liberté pour soi-même et pour autrui. C’est bien cela, la fraternité : un principe universel qui conduit les êtres humains les uns vers les autres, poussant celui qui a plus à souhaiter partager avec celui qui a moins. Que chaque nation commence d’abord par se conformer rigoureusement à ce principe de vie plutôt que de chercher à promouvoir son système de gouvernement : « agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » est la pierre angulaire de l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Il serait juste que les nations donnent enfin la priorité à cette vérité universelle.
Geoffroi |