| Le consensus civil |
Mercredi 27 juin 2001 |
Les sept membres d'une famille nord-coréenne ont trouvé asile à l'office des Nations Unies à Pékin. En Chine depuis plus de deux ans, ils demandent que le statut de réfugiés leur soit accordé, ce qui plonge le gouvernement chinois dans un sérieux embarras. En effet, ce dernier s'oppose strictement à l'idée de recevoir sur son sol les malheureux qui fuient la famine et la tyrannie d'un des régimes les plus odieux de la planète. Les organisations humanitaires estiment cependant que plusieurs centaines de milliers de Coréens du Nord tentent de survivre en Mongolie et dans l'est de la Chine où, régulièrement, certains se font capturer et sont restitués aux autorités nord-coréennes qui s'empressent de les faire disparaître...
L'année dernière, le président sud-coréen avait pourtant fait naître un espoir de réconciliation avec son ancien ennemi, en mettant en oeuvre sa fameuse "politique de la lumière" : il s'agissait alors de créer un climat de détente entre les deux pays, en fournissant une assistance économique au pouvoir communiste de Pyongyang. Mais l'on attend toujours la visite de Kim Jong-Il à Séoul, en retour de celle de son homologue : le dictateur ne semble pas prêt à entrer dans ce jeu, dont il sait que cela finira, tôt ou tard, par lui coûter le pouvoir. Du coup, il s'entête à faire du chantage au gouvernement des Etats-Unis, menaçant de développer son programme nucléaire si une aide financière ne lui est pas concédée. Et pendant ce temps, la sécheresse associée aux mauvaises récoltes mettent en danger la vie des Coréens du Nord, alors que plus d'un million d'entre eux sont déjà morts, ces dernières années, par suite de famine et de malnutrition.
A l'heure actuelle, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) de l'ONU évalue à plus de 800 000 tonnes les besoins en céréales de la Corée du Nord et vient de lancer à ce sujet un appel international. On ne peut évidemment que souhaiter ardemment la générosité des nations développées à l'égard d'une population otage d'un régime inhumain, depuis plus de cinquante ans. Et l'on doit exiger également des Etats-Unis qu'ils abandonnent les sanctions économiques qu'ils imposent à cet état, même s'ils le jugent dangereux : faire obstacle au développement d'un pays exsangue, n'a jamais entraîné de progrès en matière de droits humains. A l'inverse, au moment où la Chine s'apprête à rentrer dans l'Organisation Mondiale du Commerce, on ne peut qu'être scandalisé de constater que les libertés fondamentales n'auront, à aucun moment, pesé dans la balance... Il manque, en effet, à nos dirigeants, non seulement le souci du bien-être de leurs semblables - banale découverte - mais aussi le discernement que cette préoccupation confère. Autant la souplesse s'impose parfois lorsque la sauvegarde d'une population est en jeu, autant la fermeté doit prévaloir lorsqu'un régime inique bafoue les droits élémentaires de ses concitoyens. La réalité ayant souvent de multiples visages, tout gouvernant désireux d'acquérir ce discernement et, ce faisant, la crédibilité qui lui assurera sa longévité, doit cesser de fonder sa politique sur des intérêts à court terme, mais rechercher le consensus civil : car si personne ne détient la vérité, l'union des bonnes volontés permet, à coup sûr, de s'en rapprocher.
Geoffroi |