| Le goût de la fraternité |
27 et dimanche 28 janvier 2001 |
Les sommités du commerce international et de la politique réunies à Davos, en Suisse, auront sans doute du mal à rejoindre la célèbre station de sport d’hiver : des manifestations sont attendues aujourd’hui de la part des opposants à la mondialisation, malgré l’interdiction décrétée par les autorités suisses. C’est donc dans une ambiance tendue que l’élite mondiale du capitalisme côtoie les dirigeants des pays en développement venus à la pêche aux investisseurs étrangers. Rien ne semble plus comme avant depuis que certains leaders ont reconnu les désastres causés par une globalisation économique sauvage. Le président de la Réserve Fédérale des Etats-Unis lui-même a déclaré que « les sociétés ne peuvent réussir lorsque des secteurs importants de celles-ci estiment leur fonctionnement injuste. » C’est donc à présent le temps de la réflexion et des propositions constructives, comme en témoigne le premier Forum Social Mondial qui vient de débuter à Porto Alegre, au Brésil.
Des milliers de représentants de la société civile internationale se retrouvent, depuis jeudi, à l’Université Catholique de la ville, pour réfléchir aux questions majeures que sont la répartition des richesses, la régulation des échanges, la protection de l’environnement à long terme ou encore les nouvelles formes de démocratie etc. Des personnalités comme Danielle Mitterrand, José Ramos Horta, Ahmed ben Bella ou Joao Pedro Stedile apporteront leur précieux concours à ce laboratoire d’idées, certaines d’entre elles ayant même décliné une invitation à Davos... Les participants au forum auront sous les yeux un sujet de réflexion idéal : Porto Alegre a été choisi pour accueillir le forum à cause de l’expérience originale de démocratie participative qui s’y déroule depuis une dizaine d’années. Le Parti des Travailleurs y a mis en place, entre autres mesures sociales, un système d’assemblées locales permettant aux habitants d’intervenir sur la façon dont la ville gère son budget. Certes, l’équipe politique en place est l’objet de critiques, aussi bien par la gauche que par la droite. Il n’en reste pas moins que Porto Alegre, cité de plus d’un million d’habitants, est la première ville du Brésil pour la qualité de la vie.
Mais, si le courant international en faveur d’une mondialisation à visage humain commence à prendre de l’ampleur, il conserve de nombreux et farouches adversaires, tous convaincus des bienfaits générés par le néolibéralisme. Le président brésilien, Fernando Henrique Cardoso, s’est permis de ridiculiser les participants au Forum Social Mondial, indiquant qu’il était « trop tard pour revenir en arrière ». De son côté, le président de la Chambre de Commerce Internationale, Richard McCormick, affirmait à la BBC que les multinationales constituaient « une puissante force du bien dans ce monde », tandis que les opposants à la globalisation étaient « les ennemis des pauvres. » Il est frappant de constater que les tenants du laissez-faire en matière économique brandissent toujours la même menace sous le nez de leurs contemporains : la régression qui les attend dès lors qu’ils s’aviseraient de mettre en place des systèmes de régulation et d’humanisation des échanges... Si cet argument est quelque peu ridicule, il traduit cependant une crainte réelle de beaucoup d’individus, celle de perdre quelque chose, qu’il s’agisse d’un pouvoir d’achat, d’un confort, d’une liberté etc. C’est pourquoi l’ouverture des consciences individuelles aux réalités de ce monde constitue une priorité : le partage et la solidarité ne sont pas des concepts qui peuvent être imposés si peu que ce soit ; bien au contraire, fondés essentiellement sur le désir et la volonté, ils ont besoin de temps et d’espace pour se développer, ces dimensions qui permettent à l’être humain de se transformer à sa guise. Alors, si l’état pitoyable du monde actuel exige des mesures de justice sociale énergiques, il n’en faut pas moins conserver à l’esprit que, tel le goût, la fraternité se développe patiemment par l’éducation et l’exemple, seules manières de donner envie à nos semblables de délaisser les nourritures grossières qui en affadissent la subtilité.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> La Grande Désillusion - Joseph Eugene Stiglitz, Paul Chemla (Traduction) : Vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz démissionna avec fracas de son poste en 2000. Auréolé d'un Prix Nobel d'économie reçu en 2001, il fait ici le procès des politiques prônées par le Fonds monétaire international. Avec pédagogie et sur un ton incisif, il décrit avec moult anecdotes comment les grands argentiers ont contribué à façonner l'économie mondiale, et dénonce leurs décisions davantage fondées sur les intérêts des pays riches que sur ceux des pays "aidés". S'il ne remet pas en cause pour autant la mondialisation, "potentiellement capable d'enrichir chaque habitant de la planète en particulier les plus pauvres", il réclame une réforme en profondeur du fonctionnement des institutions internationales, pour mettre fin à ce "consensus de Washington" dont l'échec est patent.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Journal d'une combattante : Nouvelles du front de la mondialisation - Naomi Klein, Lori Saint-Martin (Traduction), Paul Gagné (Traduction) : Naomi Klein contribue sans relâche au débat contemporain sur la mondialisation, son impact et son avenir. Ce journal dune combattante réunit deux années de chroniques écrites à l'occasion de manifestations ou de sommets tenus aux quatre coins du monde et parues dans de nombreuses publications. Il rend compte de la nature même de la résistance avec ses manifestations populaires qui ont secoué et aiguillonné des millions de nos contemporains, les allures de carnaval qui ont marqué cette nouvelle forme de subversion jusqu'à l'apparente désorganisation du mouvement - en réalité sa plus grande force. Provocant, intelligent et passionné, ce journal de bord constitue tout à la fois un manuel de survie face à la prédation de l'économie mondiale, un bilan de la mondialisation et de ses conséquences et un témoignage unique sur un moment marquant de notre histoire.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> OMC, le pouvoir invisible - Agnès Bertrand, Laurence Kalafatides : Une source d'informations particulièrement éclairantes sur les enjeux de la crise actuelle et les menaces que l'OMC fait peser sur notre avenir. Dans un style limpide, Agnes Bertrand, philosophe de formation et écologiste engagée, nous fait vivre de l'intérieur le fonctionnement de l'OMC, son évolution récente et son implication sur le quotidien de chacun d'entre nous. Malgre l'opacité de ce qui est pourtant devenu l'institution la plus puissante au monde, l'auteur met clairement en évidence les intérêts qu'elle sert aujourd'hui, son implacable logique et quel est le sens d'une action que les citoyens peuvent mener à son encontre. Un livre a faire partager au plus grand nombre.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Le Bateau ivre de la mondialisation : Escale au sein du village planétaire - Arnaud Zacharie, Éric Toussaint (Sous la direction de) : Les débats autour de la mondialisation sont des plus enflammés. Certains défendent une globalisation néo-libérale excluant les trois quarts de l'Humanité. D'autres prônent le repli sur soi. Le Bateau ivre de la mondialisation propose une alternative à ces deux optiques : celle d'une mondialisation multipolaire incluant l'ensemble des citoyens et des citoyennes du monde dans leur diversité. Elle se construit autour de l'analyse d'une mondialisation prise dans son sens le plus large, c'est-à-dire sous ses aspects historique, géopolitique, culturel, économique et financier. Elle tisse des liens entre des problématiques aussi diverses que les colonisations, la dette du Tiers Monde, la spéculation financière, les OGM ou encore les politiques du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Elle met en réseau de nombreuses mobilisations citoyennes. Enfin, elle rassemble des solutions globales et d'autres adaptées aux richesses naturelles et culturelles de chaque région du monde.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Un autre monde, une seule planète. De Rio à Johannesburg - Sylvie Mayer, Jean-Claude Oliva : En quelques années, le réchauffement climatique et ses conséquences, ou encore la dégradation de la biodiversité, sont devenus des préoccupations majeures de l'opinion publique. Des notions nouvelles comme le développement durable et le principe de précaution ont émergé. Toutes ces questions ont souvent touché pour la première fois le grand public à partir de la Conférence de Rio en 1992. Pourquoi le Sommet de la Terre a-t-il alors retenu autant l'attention ? Quels étaient ces grands objectifs ? Qu'a-t-il apporté de nouveau par rapport à d'autres conférences internationales du même type ? Dix ans après, quel bilan en tirer ? Où en sommes-nous ? Quelles sont les avancées et les points de blocage ? Et surtout, qu'attendre de la Conférence de Johannesburg, Jo'burg 2002 ? Que faire maintenant ? Quelles priorités se donner pour agir ?
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Pour une économie de l’humain : Quand les surabondances font reculer la richesse - Maurice Obadia : Nous vivons dans une société de surabondance, mais que valent toutes ces choses que nous produisons et accumulons ? Cette pléthore de matériel occulte ce qui importe vraiment pour les hommes la relation qui les unit. Maurice Obadia s’attaque à cette économie trop enseignée à l’Université : l’économie matérielle. La vraie économie, celle de la richesse, s’occupe de la production et de l’échange des relations authentiques et non des choses matérielles. Maurice Obadia montre comment l’économie fonctionne réellement, et ce qu’il faut faire pour concourir à son développement positif. Plus qu’originale, sa thèse est révolutionnaire. Elle répond à l’aspiration de tous ceux qui veulent réconcilier leur pratique quotidienne du travail avec leur idéal d’humanité.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici ! |