| Le droit au retour |
27 décembre 2000 |
C’est aujourd’hui que le premier ministre israélien réunit les membres de son gouvernement pour décider de la réponse à donner aux propositions élaborées par l’administration Clinton en vue d’un plan de paix avec les palestiniens. Ehud Barak a déjà laissé entendre qu’il ne voyait pas comment il pourrait s’opposer à ce nouveau projet, dès lors que Yasser Arafat en accepterait les modalités : cela reviendrait à se mettre encore un peu plus à dos la communauté internationale qui reproche à Israël la violence de ses interventions militaires et la faiblesse de son engagement en faveur d’une solution négociée. En revanche, on imagine mal comment les autorités palestiniennes pourraient se résoudre à accepter l’offre ultime de Bill Clinton qui ne prévoit pas le retour des réfugiés chassés de leur terre en 1948.
Concernant les questions majeures que sont le statut de Jérusalem, les frontières du futur état palestinien et l’avenir des colonies juives, des compromis semblent pouvoir être trouvés, malgré l’ampleur des différends. Les dernières propositions américaines envisagent, en effet, d’attribuer aux palestiniens la souveraineté sur le Mont du Temple et les quartiers arabes de Jérusalem, laissant le Mur des Lamentations sous le contrôle des israéliens. Rien ne s’opposerait plus alors à ce que la ville sainte devienne la capitale des deux nations. Par ailleurs, l’état hébreu restituerait la quasi totalité des territoires occupés et céderait d’autres terres jouxtant la bande de Gaza en compensation des colonies qu’il entend conserver. Mais pour ce qui est des millions d’hommes et de femmes, dont certains attendent depuis un demi-siècle de rentrer chez eux, le refus d’Israël est total, y compris parmi de fervents défenseurs de la paix qui estiment que l’acceptation du retour des réfugiés dans un pays de cinq millions d’habitants constituerait un « suicide collectif ». Israël prévoit donc d’accueillir un minimum de palestiniens, au nom de la réunification des familles. Pour les autres, des dédommagements leur seront consentis avec le soutien financier de la communauté internationale. Un arrangement auquel la majorité des réfugiés n’est absolument pas prête à se soumettre.
Du point de vue des droits humains, la question du retour des réfugiés ne peut, évidemment, être aussi simplement bradée. D’après les lois internationales, tout individu doit avoir la possibilité de rentrer « chez lui » et d’y vivre en paix avec les siens. Au cas où sa maison ait été détruite, l’opportunité d’habiter dans le voisinage doit même lui être offerte. Le plan de paix d’aujourd’hui, qui n’envisage pas l’option du retour, est donc frappé d’incohérence et ne saurait atteindre le but « pacifique » qu’il s’est fixé. Ceci étant, le droit au retour - dans les conditions actuelles de haine entre les communautés - ne conduirait pas forcément sur la voie de la paix : il est probable que des ghettos se formeraient dans les villes et villages contraints de recevoir plusieurs milliers de palestiniens, préludes à de futurs conflits... On peut toujours imaginer que des indemnisations importantes soient versées aux réfugiés pour les convaincre de rester dans le nouvel état palestinien ou les pays voisins - Syrie, Liban, Jordanie - où ils se sont reconstruit une vie : mais là encore, la paix véritable ferait défaut. Autrement dit, on est encore loin de l’accord idéal, élaboré dans l’apaisement, et qui prendrait en compte les intérêts vitaux des personnes, tout en les informant et les éduquant aux nécessités de la paix. Reste donc un projet médiocre censé permettre l’arrêt des violences, une sorte de « moindre mal » à destination de communautés meurtries, manipulées par des individus qui ne connaissent que la haine et la paranoïa. Peut-être s’agit-il d’une dernière planche de salut avant la montée en puissance des faucons des deux camps... Mais qui peut demander aux palestiniens, aujourd’hui, de renoncer à leurs droits ?
Geoffroi 
Lectures conseillées :
>> La Guerre israélienne de l'information : Désinformation et fausse symétries dans le conflit israélo-palestinien - Joss Dray, Denis Sieffert : La guerre, avant d'être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l'offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l'armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l'information sous contrôle. Mais on sait moins que l'offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l'Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le " refus " de Yasser Arafat d'accepter la " généreuse " proposition israélienne de restitution de " 97 % " des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l'ensemble de l'opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s'agit d'un pur mensonge, suivi de bien d'autres...
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