| Les prédateurs |
27 novembre 2000 |
La revue médicale britannique The Lancet vient de publier un article traitant des troubles causés par les téléphones mobiles sur la santé des adolescents. Les radiations émises par ces engins peuvent, nous dit le professeur Hyland, « provoquer des maux de tête, des pertes de mémoire et des perturbations du sommeil chez les enfants » qui sont, naturellement, plus vulnérables que les adultes. Déjà, au début du mois, une étude réalisée sous l’égide de la British Consumers’ Association avait indiqué les dangers des kits « mains libres » susceptibles d’augmenter considérablement le taux de radiations nocives. Alors que les fêtes de fin d’année se profilent et que les constructeurs de mobiles et autres opérateurs en téléphonie multiplient les réclames afin d’inciter les parents à offrir à leurs enfants ces symboles de nos sociétés communicantes, voici une nouvelle occasion de s’interroger sur la moralité de nos multinationales, championnes du libéralisme prédateur...
Depuis que le gouvernement américain s’est attaqué au lobby de l’industrie du tabac, les langues des scientifiques ont commencé à se délier, inquiets qu’ils sont de pouvoir être un jour mêlés à un scandale analogue. Il faut dire qu’au fur et à mesure de la multiplication des cancers ou autres maladies générées par les pollutions électromagnétiques - qu’il s’agisse des mobiles, ordinateurs, téléviseurs, fours à micro-ondes ou des antennes relais etc. - la justice risque de se retrouver submergée par des affaires où l’honnêteté des grands groupes sera, une fois encore, sérieusement mise en doute. A l’origine des préoccupations concernant les téléphones mobiles se trouvent un certain nombre d’expériences, effectuées par des scientifiques du monde entier, ayant obtenu des résultats confondants. Des œufs de poule ont, par exemple, été exposés régulièrement à des radiations haute-fréquence : tous les embryons sont alors morts ou sont nés avec des malformations. Une expérience dirigée par le professeur Repacholi, qui visait à démontrer que des souris ayant une tendance à développer un cancer ne seraient pas influencées par les radiations des mobiles, a prouvé exactement l’inverse : leurs tumeurs avaient plus que doublé.
En ce qui concerne l’homme, la science admet à présent que les ondes de haute et basse fréquence peuvent perturber le fonctionnement cérébral de façon durable : le cerveau connaît, en effet, une activité électrique permanente et très sensible aux champs électromagnétiques extérieurs. Par ailleurs, d’autres études ont signalé l’accroissement des tumeurs chez certains utilisateurs au point que la Lloyd a refusé d’assurer des opérateurs en téléphonie britanniques. La recherche du professeur George Carlo est particulièrement édifiante : elle atteste l’augmentation des cancers du cerveau chez les utilisateurs de mobiles ainsi que le doublement du risque de tumeur sur le nerf auditif ; elle établit également une possible modification de l’ADN... Cette étude, réalisée sur cinq ans à la demande des compagnies de téléphonie mobile américaines, n’a pas donné lieu aux mesures de précaution que le public aurait été en droit d’attendre, au grand dam du professeur Carlo qui a fait savoir son inquiétude aux médias. Aujourd’hui, l’attitude des opérateurs et des constructeurs consiste à indiquer qu’ils se soumettent aux réglementations en vigueur et à minimiser ou remettre en cause les recherches scientifiques qu’ils ont parfois eux-mêmes financées. Ainsi, les antennes relais - beaucoup plus dangereuses que les téléphones - continuent de surgir un peu partout, sans que la population qui sera exposée en permanence à leur pollution électromagnétique soit informée de leur grande nocivité. Et la désinformation bat son plein...
Certains éprouveront peut-être un sentiment d’impuissance et de révolte en découvrant à quel point les grands groupes industriels se moquent de la santé de leurs enfants. Et cela d’autant plus que si les progrès sont aussi rapides lorsqu’il s’agit de produire de nouveaux biens de consommation, ils peuvent l’être également s’agissant de mettre au point des technologies respectueuses de l’être humain. Qu’ils se rassurent cependant : ils sont de plus en plus nombreux à s’indigner et leur foule finira par impressionner ces prédateurs dont le seul objectif est de faire de chacun d’entre nous un consommateur toujours plus docile. Il faut simplement qu’une prise de conscience succède à l’indignation première. Elle pourrait se formuler ainsi : est-il prudent de laisser proliférer à notre porte autant de prédateurs dont l’objectif est de se renforcer aux dépens de notre bien-être et de la santé de ceux que nous aimons ? Et la « mise en cage » prochaine de certains d’entre eux réparera-t-elle les torts commis ? Certes non. Alors ne laissons pas nos sociétés accoucher de monstres du fait de leurs pratiques obscènes ! Demandons-nous plutôt ce que nous recherchons lorsque nous consommons avidement et quel est notre but quand nous communiquons ?
Geoffroi |