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La Famille Humaine
27 juin 2000


Le Projet du Génome Humain (HGP) conduit par les Etats-Unis, le Royaume Uni, le Japon, la France, l’Allemagne et la Chine a débouché hier sur le dévoilement de la première carte d’identité génétique de l’être humain. Il s’agit de la cartographie de plusieurs milliards de paires de base d’ADN qui constituent notre patrimoine biologique, préalable à l’identification des gènes et à la découverte de leurs fonctions. Les implications de la cartographie du génome en matière de santé sont telles que Bill Clinton et Tony Blair lançaient récemment un appel à la communauté scientifique, lui demandant de rendre public les informations concernant le décodage du génome.

La publication de cette « carte » - la plus extraordinaire pour l’être humain - est le résultat d’une dizaine d’années de recherche ayant opposé dans une concurrence farouche le secteur public représenté par les instituts de santé américains (NIH) et le secteur privé dont la société Celera Genomics, fondée par le généticien Craig Venter, est le fleuron. Cette dernière a déjà déposé plusieurs milliers de brevets sur des gènes afin d’être la première à recueillir les gigantesques profits que l’industrie pharmaceutique ne manquera pas de dégager en inventant de nouveaux médicaments. Le problème de la légalité de ces brevets se pose donc de façon aiguë ainsi que leur moralité. Conscients du grave danger que constitue l’absence de réglementation concernant les applications que les industriels pourraient faire du génome, Craig Venter lui-même et d’autres scientifiques ont proposé la création d’un parlement mondial chargé d’élaborer le cadre éthique indispensable à l’utilisation du génome...

Dès 1997, les Nations Unies ont adopté à l’unanimité la Déclaration Universelle sur le Génome Humain et les Droits de l’Homme. Elle énonce notamment l’idée que le génome « sous-tend l’unité fondamentale de la famille humaine » et qu’un individu ne peut « être réduit à ses caractéristiques génétiques ». De plus, elle soumet toute intervention sur le génome d’une personne à son consentement préalable et recommande que la recherche scientifique ne puisse jamais prévaloir sur la dignité humaine et les libertés fondamentales. Malheureusement, les atteintes aux droits humains ont déjà commencé avec le dépôt de brevets sur des séquences de gènes « dans leur état naturel », porte ouverte sur les pires abus... Aujourd’hui, il est donc nécessaire qu’un débat public soit lancé à la mesure de l’enjeu que représente cette révolution scientifique. En effet, alors que l’être humain est en train de faire connaissance avec les éléments de base qui le constituent, il est vital qu’il réalise à quel point il est important d’agir en privilégiant toujours l’harmonie de l’ensemble, à l’instar du fonctionnement de nos composants biologiques eux-mêmes. Dès lors, cette prise de conscience du rôle éminent de chaque individu en tant qu’élément fondamental de la famille humaine lui évitera bien des erreurs.

Geoffroi Contact


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