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Noël en Serbie
26 décembre 2000


L’opposition démocratique de Serbie (DOS) a infligé une défaite cinglante au parti socialiste de Slobodan Milosevic, lors des élections législatives de samedi dernier. Elle remporte ainsi plus des deux-tiers des 250 sièges que compte l’assemblée parlementaire serbe, en laissant seulement 37 aux partisans de l’ancien tyran et autant aux ultra-nationalistes. Le futur premier ministre, Zoran Djindjic, a fait savoir que la comparution en justice de Milosevic et de sa clique constituerait l’une des priorités de son gouvernement, de même que le redressement économique du pays ruiné par la corruption. Et déjà, l’Europe se réjouit d’assister à la poursuite du réveil démocratique de la Serbie, trois mois après l’élection de Vojislav Kostunica à la tête de la fédération yougoslave : un vrai cadeau de Noël...

Ce dimanche, Zoran Djindjic - celui que les anciens maîtres de Belgrade considéraient comme un « mercenaire de l’OTAN » - a déclaré que « le résultat des élections ne marquait pas seulement la fin de Milosevic, mais de toutes les dictatures ». Il s’est, par ailleurs, engagé à faire de son gouvernement le premier qui soit vraiment au service des citoyens. D’ores et déjà, le premier ministre est attendu sur des sujets particulièrement sensibles tels l’avenir du Kosovo, les relations avec le Monténégro ou le procès de Milosevic pour génocide devant le Tribunal Pénal International de la Haye. S’agissant de ce dernier, il est quasiment certain de se retrouver, dans les mois qui viennent, devant une cour indépendante chargée de le juger pour corruption et abus de pouvoir. Par la suite, une entente pourrait être trouvée avec La Haye afin que Milosevic réponde de ses crimes de guerre à Belgrade. Concernant l’union chancelante avec le Monténégro, la crise semble devoir également déboucher sur une solution positive pour les deux parties, que le Monténégro choisisse ou non l’indépendance. Enfin, même si le Kosovo demeure une plaie ouverte, autant dans le cœur des serbes que dans celui de la population albanaise, l’accession des démocrates au pouvoir en Serbie - dont certains défenseurs des droits humains - ajoutée à la victoire récente des partisans d’Ibrahim Rugova, permet d’envisager un compromis acceptable.

Certes, ni la vie quotidienne ni le paysage politique n’ont adopté unilatéralement la couleur rose en Serbie. Il reste de sérieux points d’interrogation comme la présence non négligeable d’extrémistes nationalistes au parlement à hauteur de 15 %, l’éclatement toujours possible du camp démocrate composé de 18 partis distincts ou même la tendance à l’opportunisme que certains distinguent dans la personnalité du nouveau premier ministre. Bref, l’homme de pouvoir et l’homme de la rue devront tous deux prendre conscience de leurs responsabilités s’ils veulent profiter longtemps du nouvel espace de liberté qui s’ouvre devant eux. L’aide apportée par l’Europe peut assurément y contribuer ainsi que le débat public qui ne manquera pas d’avoir lieu lorsque les anciens barons du régime devront faire face aux conséquences de leurs exactions. Un avenir tout neuf vient donc de naître en Serbie. Puisse-t-il répandre l’espoir et surmonter la résignation bien au-delà de ses frontières !

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> La question du Kosovo - Ibrahim Rugova, Marie-Françoise Allain, Xavier Galmiche : Les malheurs que vit le Kosovo durant la guerre civile en ex-Yougoslavie. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Une guerre sans vainqueur : Yougoslavie 1991-1999 - Radu Ciobotea : De 1991 à 1999, Radu Ciobotea, correspondant pour le journal roumain l'Evenimentul Zilei, parcourt la Yougoslavie en guerre. Des premiers affrontements en Slovénie, lors de la sécession de la petite République, jusqu'au bombardement de la Serbie par l'OTAN en 1999, l'auteur relate une guerre voulue par des tyranneaux avides, s'enlisant du fait de l'incurie des Occidentaux, et subie par tous les peuples de la Yougoslavie. Les protagonistes ou les victimes - mais ici ce sont les mêmes - s'entretuent sans se voir, parce que le regard de l'autre est le regard d'un cousin, d'un beau-frère, d'un ami. Alors on attend la nuit, comme dans Sarajevo bombardée, et on tire en aveugle sur le camp d'en face, en lui façonnant une identité abstraite pour oublier qu'il est humain : Serbe, catholique, Musulman, Croate, orthodoxe. A travers ses articles, Radu Ciobotea rend compte de l'absurde, parce qu'il fut au plus près de la réalité pendant le naufrage. Et, ce faisant, il nous dit ce que nous ne voulons toujours pas entendre de ce côté-ci de l'Europe : que la guerre, ce n'est jamais réductible au combat du Bien contre le Mal, qu'il existe aussi des démocrates croates, des civils serbes massacrés par les troupes d'lzetbegovic, des Musulmans laïcs, des Serbes pacifistes... et des grands-pères qui ressuscitent leur petit-fils. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Eclats de guerre - Alexandre Boulat, Bernard-Henri Lévy (Préface) : Depuis 1989, Alexandra Boulat couvre les événements qui font l'actualité et une sensibilité qui n'ont cessé de s'affirmer. Mais ce sont ses reportages sur les différents conflits de l'ex-Yougoslavie qui l'ont établie comme une figure primordiale de la photographie internationale. Ce travail a fait l'objet d'une grande exposition à Visa pour l'Image à Perpignan en 1996. La centaine de photos sélectionnées pour ce livre constitue le best-off de dix ans d'un parcours d'exception. Ce livre pourrait aussi s'appeler " une femme dans la guerre ", tant le regard qu'il porte sur les événements qui ont ensanglanté l'Europe à la fin du XXe siècle, est un regard de femme, empli d'étonnement et de compassion. Alexandra Boulat est l'une des très rares personnes à avoir suivi le conflit yougoslave, du tout premier assaut sur la Slovénie à l'entrée des troupes de l'OTAN au Kosovo. Avec un talent qui lui a valu l'admiration de ses pairs et du grand public, elle n'accuse ni ne stigmatise. Ce qu'elle fait est bien plus beau et bien plus important que cela : elle en appelle à nos consciences. En montrant la guerre telle qu'elle est, avec sa violence, son malheur mais aussi, pourquoi le cacher, avec la fascination qu'elle exerce sur nous tous, elle témoigne. Et cette modestie donne une force inouïe à ses images "quotidiennes" au premier abord. Leur indéniable beauté ne naît de surcroît jamais d'une recherche esthétique pure, mais d'un désir profond de rendre un peu de leur dignité à ceux qui souffrent. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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