fraternet.com



Réconciliation ?
26 octobre 2000


En Côte d’Ivoire, le général Gueï a dû céder la place au dirigeant du Front Populaire Ivoirien, Laurent Gbagbo, sous la pression du peuple. En effet, alors que le chef de la junte, conscient de sa défaite, tentait d’annuler les résultats des élections présidentielles, des centaines de milliers d’ivoiriens sont sortis dans les rues pour exprimer leur colère. La détermination de la population, ainsi que le peu de réaction de la police et de l’armée, ont finalement convaincu les proches du chef de l’état de lui abandonner leur soutien : le général Gueï, ne pouvant plus compter que sur la fidélité de sa « Brigade Rouge » - véritable escadron de la mort à son service - serait aujourd’hui réfugié au Bénin.

Arrivé au pouvoir en décembre 1999 à la suite d’un coup d’état, le général Gueï avait tout d’abord promis de mettre fin à la corruption et à la politique discriminatoire de son prédécesseur, Henri Konan Bédié, lui-même largement impopulaire. Il s’était alors engagé à doter son pays d’une authentique démocratie. Rapidement, ses promesses s’avérèrent un pitoyable écran de fumée destiné à masquer l’ambition personnelle d’un militaire humilié sous le précédent régime. Avec la victoire de Laurent Gbagbo, la stabilité en Côte d’Ivoire n’est pas, pour autant, assurée. Les conditions mêmes de l’élection ont été dénoncées par la communauté internationale à cause de l’interdiction faite à plusieurs leaders de l’opposition d’y participer. Le plus fameux d’entre eux, Alassane Ouattara, chef du Rassemblement des Démocrates, fut déclaré abusivement inéligible par la Cour Suprême au nom de l’origine de ses parents... Ce dernier réclame aujourd’hui la tenue de nouvelles élections, ce que refuse le nouveau président de Côte d’Ivoire qui préfère plaider la « réconciliation ».

Bien évidemment, le respect des droits humains exige que Laurent Gbagbo annule le scrutin et forme un gouvernement de transition en attendant une nouvelle consultation populaire, organisée cette fois dans un climat réellement démocratique. Il y va de la crédibilité internationale de la Côte d’Ivoire, dont le bilan, aussi bien dans le domaine économique qu’en matière de libertés individuelles, est désastreux. Malheureusement, Laurent Gbagbo est, tout comme ses prédécesseurs, un partisan de « l’ivoirité » : une idéologie visant à marginaliser les descendants d’immigrants au profit des « purs ivoiriens ». Autrement dit, une honteuse discrimination ethnique susceptible de causer les plus graves tensions. Il n’y a donc plus qu’à souhaiter que la communauté internationale ne reste pas « les bras croisés », comme elle l’a fait depuis un an, mais incite le président ivoirien à opter pour une réconciliation profonde, et non de pure façade. Pour éviter qu’un jour, la Côte d’Ivoire, après s’être comparée à la Yougoslavie libérée de son tyran, ne s’engage dans l’impasse tragique qu’emprunta récemment le Rwanda.

Geoffroi Contact


Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.