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Un Thé au Kenya
26 septembre 2000


Le mois dernier, au Kenya, le père John Kaiser a été assassiné dans sa voiture, à 80 km de la capitale, Nairobi. Il était connu pour son combat incessant en faveur de la justice, n’hésitant pas à condamner la politique du gouvernement en matière de droits humains et à accuser les forces de sécurité de participer à des massacres. Hier, les évêques catholiques ont dirigé une procession à sa mémoire, exigeant qu’une enquête impartiale soit ordonnée et pointant un doigt dénonciateur en direction du régime...

Débarrassé de la tutelle britannique en 1963, le Kenya n’a pas encore connu une véritable démocratie : même si le multipartisme y a été autorisé en 1992, les élections n’ont pas été libres et honnêtes pour autant. A la tête de l’état depuis 1979, le président Daniel Arap Moi en est actuellement à son quatrième mandat. Nul ne s’étonnera donc du bilan désastreux qui caractérise le Kenya en matière de droits de l’homme : la corruption de la justice y est endémique de même que la torture et les exécutions extrajudiciaires ; des milices privées à la solde du parti au pouvoir harcèlent l’opposition lors de manifestations pacifiques etc. Ces dernières années, la communauté internationale s’est inquiétée de la mauvaise gouvernance du Kenya et a demandé à ses dirigeants de procéder à certaines réformes s’ils voulaient continuer de bénéficier de l’aide étrangère. A présent, en revanche, les pays donateurs concentrent leurs critiques sur la corruption et l’état de l’économie, sans vraiment se soucier des libertés individuelles ni de l’avancement de la démocratie.

La question qui se pose, une fois encore, concerne l’aveuglement dans lequel se complaît la communauté internationale : combien de temps lui faudra-t-il pour comprendre que la croissance économique d’un pays est intimement liée à la bonne santé de sa classe politique, laquelle se mesure à l’intégrité de ses membres et au respect qu’ils manifestent à leurs concitoyens ? Sans aucun doute, de longues années seront nécessaires à nos décideurs pour digérer cette réalité : il y a, en effet, dans les sphères du commerce international et de la haute finance, des effluves de pouvoir absolu qui savent se mêler à merveille avec les exhalaisons de la dictature. Et il suffit parfois que ces « gentilshommes » se retrouvent devant une tasse de thé pour que le sentiment d’appartenir à une même élite les enivre. Le thé ? Le Kenya en est grand producteur...

Geoffroi Contact


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