| Oussama Ben Laden |
Mardi 25 septembre 2001 |
Extrait du livre "Le Suicide de l'Humanité" (à
paraître) :
> Oussama Ben Laden (2ème partie
et 3ème partie)
> Voir notre dossier Attentats
USA
« Suicide. Logique suicidaire
d'Oussama Ben Laden, celui que tous les services secrets de la
planète considèrent comme l'instigateur du drame de ce 11 septembre.
L'homme n'est pas né d'hier. Il se veut depuis longtemps un guerrier de l'islam. Véritable chef spirituel, il enseigne à ses disciples que "l’hostilité envers l’Amérique est un devoir religieux". Et sans cesse il promulgue des fatwa depuis son repère en Afghanistan où il exalte la guerre sainte : la Jihad contre les ennemis du monde musulman.
A l'évidence, les attaques lancées contre le World Trade Center et le Pentagone émanent de la nébuleuse fondamentaliste islamique qu’il anime. En d’autres termes, de fanatiques qui trouvent en Oussama Ben Laden leur maître à penser : un véritable docteur de la loi, un théologien qui ne donne d'autre sens à son existence que l’application rigoureuse de ce qu'il croit être la loi divine.
Il y a longtemps à présent que nous avons entendu parler d'Oussama Ben Laden. Déjà, dans les années 80, il organisait brillamment la résistance contre les troupes soviétiques. Il était à l'époque fortement soutenu par les Etats-Unis et, affirment les experts, entraîné par la CIA. Les Etats-Unis se sont, en effet, employés, avec l'aide des autres puissances occidentales, à renforcer l'importance de l'islam fondamentaliste dans leur lutte contre le bloc communiste.
Fort de son succès, Oussama Ben Laden, le milliardaire saoudien chassé de son pays et réfugié au Soudan puis en Afghanistan, n'a qu'une idée en tête : libérer les lieux saints. Il prétend ainsi faire tomber la monarchie saoudienne qu'il considère comme corrompue, inféodée à la puissance américano-juive et, pire que tout, traître envers l’Islam. Il ne cessera de le répéter : rendre la Kaaba aux musulmans est une obligation morale, de même que la libération de la mosquée Al-Aksa à Jérusalem et tous les territoires soumis aux "infidèles". C'est pourquoi il soutient si activement les mouvements armés palestiniens. Mourir en martyr pour avoir le droit de s'asseoir aux côtés d'Allah, tel est le rêve que chérit Oussama Ben Laden dans sa logique de mort. Une logique que nous devons comprendre si nous voulons être en mesure de faire obstacle à ces desseins monstrueux, lui qui s’inclina pour remercier Allah le Tout-Puissant à la nouvelle des attentats du 11 septembre.
Pour Oussama Ben Laden, sa propre vie n’a pas la moindre importance. Seules comptent l’obéissance et la satisfaction de Dieu parce que Lui seul sait ce qui est bon et mauvais, tandis que l’homme ignore tout. Et si la Jihad est un devoir sacré, c’est, prétend-il lors d’une interview à AbcNews, parce que Dieu l’a prescrit dans son Livre Saint : "Combattre vous est ordonné et vous n’aimez pas cela. Mais il se peut que vous n’aimiez pas une chose qui est bonne pour vous et que vous aimiez une chose qui est mauvaise pour vous. Dieu le sait et vous non." Et Ben Laden entend bien se conformer à cette "loi divine", lui qui chassait autrefois les communistes athées et s’activait, dans les années quatre-vingt dix, à la destruction des intérêts américains. Mais les oppresseurs de la nation islamique sont, d’après lui, fort nombreux. Semer la désolation aux Etats-Unis ne suffit pas, pas plus qu’il n’est question de s’en prendre seulement à la monarchie saoudienne ou à l’état hébreu : sa vindicte s’étend également aux régimes des pays musulmans qui se seraient par trop compromis avec Israël et l'Occident.
A travers les attaques lancées contre le World Trade Center et le Pentagone, c’est donc non seulement d’un acte de guerre qu’il s’agit, mais aussi d’un piège : Oussama Ben Laden envisage clairement d’embraser tout le Moyen Orient et au-delà, prêt à saisir la moindre opportunité que son Créateur pourrait lui présenter. Combattre les infidèles, telle est sa mission, et tant pis si cela doit causer la mort de ses frères musulmans. Mais notre homme est particulièrement retors dans sa vision des choses. Aussi se reconnaît-il toujours comme l'instigateur de la lutte contre les oppresseurs de l’Islam, tout en refusant d’admettre qu’il est à l’origine d’un acte de terrorisme précis. Venant de lui, il ne s'agit pas de lâcheté. Non. Sa logique est celle d’un docteur de l’islam fondamentaliste. Oussama Ben Laden, le musulman, ne veut pas être directement la cause du mal qui pourrait être fait à l'ensemble de ses frères. C’est pourquoi il déclare, par exemple, se cacher dans les montagnes afghanes, loin des villages susceptibles d’être bombardés en cas de représailles.
Mais son intention véritable est plus subtile : il souhaite à tout prix éviter que les puissances occidentales s'attaquent seulement à sa personne. Au contraire, il tient profondément à montrer que c’est à l'Islam tout entier que l’Occident déclare la guerre et non à Ben Laden. Peut-être y parviendra-t-il si une coalition américano-européenne engage ses soldats sur le sol afghan et cherche à faire tomber le régime des Talibans ? C’est là exactement ce que désire notre homme. En opérant de la sorte, il conserve en outre un avantage psychologique important puisqu'il est à l'origine des coups mais toujours de façon indirecte. Il est un ennemi mouvant, obscur, partout à la fois. Quelqu'un que tout condamne mais qui s'arrange pour ne pas être jugé.
Oussama Ben Laden ne recherche pas la gloire personnelle. Il est seulement imprégné de sa théologie au point, sans doute, de ne même plus ressentir de haine pour les ennemis de l’islam. Mourir au nom d'Allah, tel est selon lui l’accomplissement ultime et l’enseignement qu’il dispense à ceux qui rêvent de périr dans les flammes avec les victimes de leurs attentats. Il les tient dans la plus haute estime et voient en eux de vrais hommes de foi, dignes d'être accueillis par Dieu lui-même en son paradis.
Tout, dans la logique d’Oussama Ben Laden, tout conduit effectivement à la mort. Semer la mort chez ceux qui n'appartiennent pas à l'islam et punir ceux qui ne se comportent pas en véritables musulmans selon sa propre définition : n’est-ce pas là l'exclusion de tout autre que soi-même ? Ce qui n'est pas uniforme est mauvais. Le différent n’a pas droit à la vie. La multiplicité et l’originalité sont sans la moindre valeur... La vérité réside dans le semblable, l’indistinct, l’Unique : dans ces militants qui, par milliers, hurlent les mêmes slogans, le fusil mitrailleur au poing ou ces cortèges de femmes couvertes du voile grillagé, indifférenciables, invariables.
L'élimination des "autres" constitue donc un devoir, un plaisir,
un art, une fin en soi pour Ben Laden. Bien entendu, notre homme
protesterait à la lecture d’un tel portrait, affirmant simplement
que sa vie appartient à Dieu seul et qu’il ne fait que matérialiser
la volonté divine. Au fond de lui pourtant, quelque chose s'est
brisé qui explique cette impossibilité de tolérer que l'autre
soit différent : le vouloir absolument comme soi-même - ou plutôt
comme Dieu veut qu’il soit - en le tuant si besoin, telle est
la conséquence de cette vision de la religion ou plutôt de ce
qui se veut une absence de vision. C’est ainsi que le croyant
se dirige fiévreusement vers le sacrifice de sa propre vie : par
désintérêt puisqu’il se vit comme séparé de Dieu, voire par dégoût.
» (à suivre)
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ?
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>> Ben Laden : La vérité interdite - Jean-Charles Brisard, Guillaume Dasquié : La monarchie saoudienne s'est longtemps livrée à un double jeu sur l'échiquier international. Dans ses immenses réseaux politiques et financiers ont lieu les rencontres les plus inattendues entre fanatiques de l'islam et banquiers respectables, grands pétroliers américains et lobbyistes pro-taliban, membres du clan Bush et mécènes du terrorisme... Cette enquête révèle la longue histoire de ces liaisons dangereuses qui s'achèvent avec les attentats du 11 septembre 2001.
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>> Les Illusions du 11 septembre : Le Débat stratégique face au terrorisme - Olivier Roy : Les attentats de New York et Washington ont-ils véritablement ouvert un nouvel espace stratégique en même temps qu'ils mettaient fin au monde ancien ? Rien n'est moins sûr. Une analyse plus fine des relations entre les Etats-Unis et le monde islamique montre que beaucoup des évolutions qui ont surgi à la conscience collective ces derniers mois étaient déjà à l'œuvre avant le 11 septembre. L'événement a surtout permis de les reformuler dans un langage inédit - celui de la “guerre contre le terrorisme” et de l' “axe du mal” -, d'accélérer certaines décisions politiques et de pointer plus explicitement les enjeux et la complexité des relations entre Etats-Unis, Islam et Europe au seuil du nouveau siècle.
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>> L'Islam mondialisé - Olivier Roy : Olivier Roy, grand spécialiste de l'Afghanistan ainsi que des conflits arabo-musulmans livre un essai éclairant la véritable position de l'islam aujourd'hui et l'influence trop souvent éludée de l'Occident sur les mouvements néo-fondamentalistes. Il démontre que "la radicalisation islamique vient d'Occident". Magistralement, il dévoile les crises du monde musulman qui, asphyxié de l'intérieur, se recompose de l'extérieur en intégrant des schèmas de pensée occidentaux. Il nous présente un islam en pleine mutation, dont les pratiquants affirment de plus en plus une individualisation de leur rapport à la foi et un refus des hiérarchies traditionnelles.
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