D'après le magazine américain Forbes, Bill Gates demeure l'homme le plus riche du monde avec une fortune personnelle s'élevant à environ 50 milliards de dollars. Le fondateur de Microsoft se retrouve ainsi, pour la quatrième fois, en tête d'un cortège de 538 milliardaires dont plus de la moitié sont des américains. Warren Buffett, le "pape" de l'investissement arrive à la seconde place, suivi par d'autres géants du "software", des médias et de la finance. Mais la liste ne serait pas complète si elle ne contenait son inévitable lot de riches héritières, de magnats de l'industrie pharmaceutique et, bien sûr, un prince saoudien. Tout ce qu'il faut pour faire rêver des millions de "petits et moyens salaires" à une autre vie et les rendre encore plus dépendants d'un système où la compétivité reste le maître mot...
Cette année, Forbes a choisi d'inclure dans son classement les milliardaires inactifs, c'est-à-dire ceux qui vivent de leurs rentes. C'est là un moyen de contenter son public qui tient absolument à connaître l'identité des personnes les plus fortunées de la planète et pouvoir se livrer au jeu des comparaisons. Mais dans l'état actuel du monde, n'y a-t-il pas quelque chose d'indécent à énumérer ainsi les richesses délirantes d'une poignée de privilégiés ? Et même si nous ignorons quelles bonnes oeuvres profitent des largesses de ces nantis, comment ne pas être persuadés que nos sociétés courent à leur perte en célébrant des individus dont la vie est marquée à ce point par l'excès ? Sans vouloir réfréner la liberté des riches, il est tout de même inconcevable que notre civilisation soit si peu douée pour le partage, incompétence déplorable que quelques données suffisent à éclairer : un milliard de dollars, c'est la somme attendue par la Yougoslavie pour relever son économie et cela représente à peine le tiers du patrimoine moyen d'un membre du club des riches établi par Forbes. Cette même somme permettrait de subvenir aux besoins de dizaines de milliers d'Africains, et cela durant toute leur vie. Mais avec un tel pactole, on peut aussi se faire construire mille palaces sur la Côte d'Azur, ce qui donne évidemment à réfléchir...
Décidément, beaucoup trop d'êtres humains restent persuadés que l'argent contribue largement au bonheur et comptent bien consacrer leur existence à la quête angoissante de la réussite, quitte à tout balayer sur leur passage. Bien sûr, aucun d'entre eux n'atteindra jamais le niveau de richesse d'un Bill Gates, mais certains seront tout de même parvenus à gâcher leur vie et celle de leur entourage, du fait de leur addiction à l'argent. Présenter ainsi, au monde entier, les plus grands des toxicomanes comme des modèles à suivre les yeux fermés, voilà qui traduit bien l'aberration de notre civilisation pour laquelle la réussite se réduit à un jeu solitaire où les cartes sont biseautées. Y aura-t-il suffisamment de spectateurs lucides pour exiger de nouvelles règles ?
Geoffroi |