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Reprendre haleine
Mercredi 25 avril 2001


Horst Koehler, le directeur du Fonds Monétaire International (FMI), a annoncé hier une baisse de la croissance mondiale pour les mois à venir, suite au ralentissement de l'activité économique américaine. Ses prévisions sont confirmées par un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement qui chiffre la progression mondiale pour l'année 2001 aux alentours de 3 %, avec seulement 1,5 % de croissance aux Etats-Unis. A terme, cela signifie une détérioration de la situation économique de nombreux pays émergents, notamment en Asie, spécialement ceux qui exportent massivement en direction des Etats-Unis. Bien entendu, une telle conjoncture ne risque pas d'encourager les nations industrialisées à réduire la dette des pays les plus pauvres : une revendication que les promoteurs d'une mondialisation à visage humain ne manqueront pourtant pas de rappeler, le week-end prochain, aux experts du FMI et de la Banque Mondiale réunis à Washington.

Lorsqu'une crise économique se profile à l'horizon, les dirigeants s'empressent d'adopter une politique susceptible de redonner confiance aux investisseurs, par exemple, au moyen d'une baisse substantielle des taux d'intérêts, comme vient de le faire la Réserve Fédérale américaine. Et de même ne négligent-ils pas leurs efforts pour rassurer les consommateurs afin que ceux-ci continuent de faire fonctionner l'économie... Autrement dit, les soins conjoints des différents acteurs de la société permettent, croit-on, d'éviter "le pire", à savoir les licenciements en masse, l'inflation galopante et la misère qui en résultent, de New York à Kuala Lumpur. Ainsi, il apparaît particulièrement avantageux pour tout le monde que l'économie soit relancée au plus vite : les pays riches reprenant joyeusement la route de la richesse et les moins riches retrouvant espoir en de prospères lendemains. Mais pendant ce temps, les plus démunis se sont appauvris encore davantage, puisque les privilégiés avaient un nouveau et solide prétexte pour ne plus les aider...

Nous vivons, en somme, dans un système parfaitement huilé : après plusieurs années de vaches grasses, une année d'austérité permet de se dégager de ses responsabilités à l'égard du reste du monde, pour repartir ensuite, gaillardement, sur les chemins du profit. Vraiment, comment ne pas être effarés par la sophistication du système que nous avons mis en place ? Pour assurer son avenir, il est capable de se réguler si judicieusement qu'il en viendrait presque à nous faire oublier qu'il puise son carburant dans une incroyable injustice. Car qui osera, dans un pays "en crise", encore parler de la réduction de la dette africaine, du danger de soumettre les secteurs de la santé et de l'éducation à la loi abjecte de la rentabilité ou de la nécessaire introduction de la morale dans le commerce international ? Certes, il y aura toujours - heureusement ! - des irréductibles pour dénoncer les iniquités, mais le grand public sera alors bien moins enclin à les écouter : les fourmis que nous sommes délaissent facilement ceux qui, parmi leurs semblables, sont beaucoup moins favorisés, dès lors qu'elles sont préoccupées par la satisfaction de leurs besoins...

Parler de crise économique constitue, évidemment, un abus : une façon de focaliser l'attention des individus sur un "grave" souci, pour mieux les distraire de l'essentiel. En effet, que nous soyons dans une phase de récession économique ou, au contraire, au summum de l'opulence, quelques vérités demeurent qu'il serait folie de se cacher : la première est qu'il existe entre les nations riches et les nations pauvres un écart gigantesque et proprement intolérable, qui n'a jamais cessé de s'aggraver ; la deuxième est que notre monde ne se délivrera pas du terrible fléau des inégalités en alimentant de façon aveugle le système qui les a produites. Il est temps de stopper cette course folle pour faire le point. Il nous faut reprendre haleine, puis réfléchir et dialoguer.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Pour une économie de l’humain : Quand les surabondances font reculer la richesse - Maurice Obadia : Nous vivons dans une société de surabondance, mais que valent toutes ces choses que nous produisons et accumulons ? Cette pléthore de matériel occulte ce qui importe vraiment pour les hommes la relation qui les unit. Maurice Obadia s’attaque à cette économie trop enseignée à l’Université : l’économie matérielle. La vraie économie, celle de la richesse, s’occupe de la production et de l’échange des relations authentiques et non des choses matérielles. Maurice Obadia montre comment l’économie fonctionne réellement, et ce qu’il faut faire pour concourir à son développement positif. Plus qu’originale, sa thèse est révolutionnaire. Elle répond à l’aspiration de tous ceux qui veulent réconcilier leur pratique quotidienne du travail avec leur idéal d’humanité. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'illusion économique - Emmanuel Todd : À la double utopie, économique et monétaire, d'une mondialisation dont les contre-performances sont patentes, et à la démission des classes dirigeantes, Emmanuel Todd oppose un retour à une forme de protectionnisme national dans les relations commerciales extérieures, qui permettrait le renforcement du libéralisme à l'intérieur, la relance de la demande globale, et par-là même un véritable retour à l'idéal démocratique égalitaire, actuellement largement bafoué par les élites dirigeantes. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le profit avant l'homme - Noam Chomsky : Dans cet ouvrage, Noam Chomsky ne se contente pas de dénoncer les injustices économiques qu'entraîne le règne sans partage, à travers le monde, de la doctrine néo-libérale. Il démontre de façon implacable que les dirigeants du monde riche tiennent un double langage, contant les mérites de la liberté des marchés mais prenant toutes sortes de mesures pour y échapper eux-mêmes. Il montre surtout que les politiques économiques libérales ont été mises en oeuvre aux dépens de la démocratie, c'est-à-dire imposées d'en haut, et parfois dans le plus grand secret. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> La Grande Désillusion - Joseph Eugene Stiglitz, Paul Chemla (Traduction) : Vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz démissionna avec fracas de son poste en 2000. Auréolé d'un Prix Nobel d'économie reçu en 2001, il fait ici le procès des politiques prônées par le Fonds monétaire international. Avec pédagogie et sur un ton incisif, il décrit avec moult anecdotes comment les grands argentiers ont contribué à façonner l'économie mondiale, et dénonce leurs décisions davantage fondées sur les intérêts des pays riches que sur ceux des pays "aidés". S'il ne remet pas en cause pour autant la mondialisation, "potentiellement capable d'enrichir chaque habitant de la planète en particulier les plus pauvres", il réclame une réforme en profondeur du fonctionnement des institutions internationales, pour mettre fin à ce "consensus de Washington" dont l'échec est patent. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> En finir avec la criminalité économique et financière - G. Konrad : Financement des activités criminelles en tout genre, recyclage de l'argent sale dans les paradis fiscaux, bancaires et judiciaires, faillites frauduleuses de grands groupes comme Enron : à l'abri et au service de la mondialisation " légale ", l'économie du crime s'est, elle aussi, globalisée. Les règles du droit ont été neutralisées et instrumentalisées pour consolider les rapports de force fondés sur la toute-puissance de l'argent. Face à cette gigantesque entreprise de mise en coupe réglée de la planète par la finance, le combat juridique devient essentiel. C'est pourquoi Attac et le Syndicat de la magistrature proposent de mobiliser le droit pour reconquérir les espaces perdus par la démocratie. Ils réclament une justice enfin efficace contre la criminalité financière et économique internationale. Cette enquête, qui poursuit le travail mené sur les paradis fiscaux, en indique les voies et les moyens. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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