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Euthanasie ?
25 et dimanche 26 novembre 2000


La semaine prochaine, les parlementaires néerlandais devraient approuver une loi en faveur de l’euthanasie, faisant des Pays-Bas la première nation à prendre une telle décision. Cette mesure ne concernera, pour le moment, que les patients condamnés à devoir endurer des souffrances insupportables tout au long de leur existence. Ceux-ci devront en faire la demande volontaire après avoir établi avec leur médecin qu’ils ne disposaient d’aucun autre recours. Chaque année, aux Pays-Bas, plusieurs milliers de personnes sont « aidées à mourir » par le personnel médical : la loi vise donc à réguler cette pratique, considérée jusqu'à présent comme un crime, bien que tolérée. D’ores et déjà, les partisans de l’euthanasie volontaire souhaitent que la nouvelle réglementation soit élargie aux personnes « fatiguées de vivre ».

La question de la dépénalisation de l’euthanasie fait partie de ces débats qui déclenchent souvent des réactions passionnées. Pour espérer y voir clair, il s’avère nécessaire d’en fixer raisonnablement les différents aspects. Entre le crime qui consiste à supprimer la vie de son semblable et l’arrêt du processus de réanimation d’un malade en phase terminale, il y a, bien évidemment, un « monde » : autrement dit, un espace dont la géographie est principalement composée par la volonté du patient et l’intention du médecin ou d’un membre de la famille impliqué dans la décision de fin de vie. Si un malade a clairement exprimé son désir d’être soustrait à l’acharnement thérapeutique, la question de l’euthanasie ne se pose même pas. Mais se pose-t-elle davantage si l’individu n’est pas en mesure d’exprimer un souhait ? Certes ! C’est alors à la société d’apporter une réponse : par l’intermédiaire, tout d’abord, de la famille et des proches du patient, puis, du médecin et du personnel chargé de l’accompagnement du mourant etc. La définition même de l’acharnement thérapeutique s’inscrit alors de façon plus décisive : les soins intensifs prodigués au malade sont-ils à même de prolonger sa vie dignement ? Formulée ainsi, la question a plus de chances d’aboutir à une solution humaine, respectueuse des droits de la personne. Mais, quoi qu’il en soit, la notion de dignité intervenant dans la décision ne sera pas forcément compatible avec la conception qu’en aurait le malade lui-même... Entre les philosophies et croyances religieuses des uns et des autres - ou leur absence - est-il possible de dégager un espace commun où tous puissent se retrouver, pour le plus grand bien du « souffrant » ?

Oui, il semble bien qu’un tel lieu existe. Les personnes qui consacrent leur temps à accompagner les mourants savent bien qu’au-delà des idées et des conditionnements, seule importe la compassion qu’ils prodiguent, laquelle s’enracine dans l’Amour de l’autre et fleurit par la tendresse. La vie apprend à ceux qui se mettent à son écoute qu’il n’existe pas de chemin unique et que ce qui est bon pour l’être humain peut adopter de multiples facettes selon les circonstances. Ainsi, lorsque la technologie n’est pas en mesure de fournir de réponses certaines, c’est la compassion dont ils auront fait preuve qui garantira aux parents d’un malade, autant qu’à ses médecins, qu’ils ont pris une bonne décision. Munis de cette certitude, il nous est plus facile de distinguer les valeurs que la société doit promouvoir. Tout ce qui peut favoriser - qu’il s’agisse de moyens juridiques ou non - l’éclosion de la compassion et de la fraternité, est fondamentalement positif. Ainsi, une loi visant à déterminer les conditions dans lesquelles un médecin pourrait éventuellement répondre aux demandes répétées de délivrance de la part d’un malade souffrant atrocement, se justifie tout à fait. En revanche, tout ce qui pourrait conduire à faire des professions médicales les distributrices de la mort est à proscrire : la société a pour objet de rechercher, par tous les moyens, le mieux-être de ses membres en leur permettant de développer leur capacité à créer, et non en s’inclinant devant leurs pulsions morbides, au nom d’un hypothétique « droit à la mort » qui n’est rien d’autre qu’un appel d’Amour.

Geoffroi Contact


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