| Par-delà les préjugés... |
25 juillet 2000 |
A partir d’aujourd’hui débute à Prague, en République Tchèque, le Congrès Mondial des Tziganes dont l’objectif est de réfléchir sur les moyens d’améliorer les conditions de vie des millions de Roms qui peuplent l’ensemble de l’Europe. Même si l’on peut s’étonner qu’un tel rassemblement ait lieu dans un pays qui s’illustre par la forte exclusion que les Roms y subissent - certains n’hésitent pas à parler de la main mise des autorités tchèques sur l’International Romani Union qui organise le congrès - cela constitue cependant une occasion de se pencher sur le sort tragique de ce peuple perpétuellement dénigré.
Au mois d’avril dernier, Amnesty International publiait un rapport sur les violences dont les Tziganes sont victimes en République Tchèque, évoquant notamment l’approche raciste dont la police y fait preuve. Mais il y aurait aussi beaucoup à dire sur les pratiques ségrégationnistes qui sévissent dans la plupart des pays européens à l'encontre des Roms. Après l’effondrement du communisme en 1989, ils ont, en effet, servi d’exutoire aux peurs et au sentiment d’insécurité, tant sur les plans économique que politique, éprouvés par les sociétés en transformation de l’Europe Centrale et de l’Est : calomniés par les médias, exclus des services de santé et de l’école, maltraités sur leur lieu de travail, les Tziganes connaissent depuis une violence quotidienne lorsqu’il ne s’agit pas d’une discrimination systématique et planifiée. Et c’est sans parler de ceux qui furent persécutés par les serbes au Kosovo, puis considérés comme des collaborateurs par leurs concitoyens albanais et harcelés en conséquence...
Depuis le Moyen-Age, période au cours de laquelle ils pénétrèrent en Europe, les Tziganes ont ainsi enduré toutes sortes de persécutions jusqu'à leur génocide lors de la Seconde Guerre Mondiale. Encore aujourd’hui, ils sont perçus avec une certaine hostilité par un grand nombre de personnes - y compris, bien entendu, en Europe de l’Ouest - qui leur reprochent de refuser de s’insérer dans la société, de profiter indûment des aides sociales et de se placer volontairement hors-la-loi... Autant de stéréotypes négatifs plaqués sur des hommes et des femmes pour dissimuler les violations dont ils font l’objet ou, pire, leur inventer une légitimité. La fraternité s’oppose à cette relecture de l’histoire à l’envers par laquelle les sociétés majoritaires justifient l’étouffement des minorités sur la base des délits commis par quelques-uns en réaction à l’oppression et l’injustice.
Le respect de la diversité implique toujours un effort de compréhension de l’autre qui débouche naturellement sur un intérêt quant à son passé. On ne peut donc oublier que les Roms sont venus de l’Inde où ils appartenaient sans doute à la plus basse couche de la société, « les Intouchables ». On ne peut donc oublier non plus que, déjà, leurs droits fondamentaux étaient bafoués... C’est une des tâches de la fraternité que de s’employer à guérir les plaies laissées par l’histoire : cela commence toujours par restaurer l’autre dans ses droits et lui donner la possibilité de se faire connaître dans sa richesse propre, par-delà les préjugés et les craintes.
Geoffroi |