| Donner le meilleur |
25 mai 2000 |
La Chine n’a jamais été aussi proche de faire son entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Tout récemment, Pascal Lamy, chargé du commerce auprès de l’Union Européenne, négociait avec ses homologues chinois afin d’obtenir les conditions économiques les plus avantageuses possibles pour les pays membres de l’Europe. Parallèlement, de l’autre côté de l’Atlantique, le Congrès des Etats-Unis est engagé dans un débat passionné relatif à l’ouverture du marché chinois aux entreprises américaines. Mais, dans toute cette agitation, qu’en est-il des droits humains ?
Le mois dernier, certains pays d’Europe ainsi que le Japon, le Canada et l’Australie ont refusé d’adopter une résolution de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies condamnant le régime chinois. Quant à l’administration Clinton, elle ne songe qu’à faciliter l’entrée de la Chine à l’OMC et rester ainsi dans les mémoires comme l’instigatrice de cet événement historique. A l’en croire, l’entrée sur le marché chinois des produits et services américains s’accompagnerait obligatoirement de la pénétration des valeurs de liberté et de démocratie chères à l’Occident. De plus, les autorités de Pékin seraient forcées de se soumettre aux lois internationales qui régissent l’économie et le monde du travail...
Mais il suffit d’observer le comportement du gouvernement chinois pour comprendre qu’il n’en sera rien. Au fur et à mesure que la Chine communiste s’ouvre au monde, les violations des droits de ses habitants se font plus nombreuses et couvrent tous les domaines susceptibles de constituer une menace pour le régime : la presse, l’Internet, les associations, les minorités ethniques et religieuses, les mouvements démocratiques et de défense des droits des travailleurs... Bref, tous ceux qui pourraient critiquer si peu que ce soit le pouvoir en place. Rappelons-nous d’ailleurs que la Chine a signé le pacte international sur les droits civils et politiques ainsi que celui traitant des droits économiques, sociaux et culturels, mais qu’elle ne les a pas ratifiés.
Il faut comprendre que la dictature au pouvoir en Chine se trouve dans une posture délicate : s’ouvrir aux capitaux étrangers pour relancer son économie tout en détournant le flux des idéaux démocratiques. Jusqu'à présent, c’est une gymnastique dont elle maîtrise parfaitement les mouvements mais plus elle s’aventurera dans les « figures libres », plus elle devra faire preuve de rigueur dans les « programmes imposés ». La classe politique est forcément consciente qu’elle disparaîtra au moindre faux pas et c’est pourquoi les mesures répressives ne feront qu’augmenter à mesure que les entreprises étrangères s’installeront. Et dès lors que ces dernières, par cupidité, auront encaissé les bénéfices honteux du travail forcé, il en sera fait des valeurs humanistes que l’Occident aurait pu éventuellement représenter aux yeux du peuple chinois.
Les autorités chinoises voudraient nous faire croire qu’il est possible de réduire nos relations avec la Chine à un simple commerce. En réalité, il s’agit d’échanges et de partage et, en ce domaine, nous ne devons pas nous contenter d’être seulement nous-mêmes - avec notre tendance à vouloir profiter de l’autre - mais nous efforcer de donner le meilleur de nous.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Retour au Laogai : La vérité sur les camps de la mort dans la Chine d'aujourd'hui - Harry Wu, George Vecsey, Jacques Martinache (Traduction : Le Laogai : plus de mille camps de " rééducation par le travail " dans lesquels la Chine enferme ses indésirables. Vingt millions d'hommes et de femmes y sont morts \; des milliers d'autres, réduits en esclavage, y meurent encore. Harry Wu a été interné pendant dix-neuf ans dans ces camps de la mort. Libéré en 1979, il a entrepris une véritable croisade pour que le Laogai soit enfin dénoncé au même titre que l'Holocauste ou le goulag soviétique. Au risque d'être arrêté de nouveau, il est retourné en Chine. Quatre voyages clandestins au cours desquels il aaccumulé des documents accablants. Au Laogai, on affame, on torture, on laisse mourir ou on exécute ceux dont le rendement n'est plus suffisant. Car l'économie chinoise repose en partie sur cette précieuse main-d'œuvre. Des hommes exploitables jusqu'au bout, puisque même leur cadavre représente une considérable source de profit : selon Harry Wu, nombre des transplants chinois proviennent de détenus exécutés dont les organes sont parfois prélevés avant la mise à mort. Un trafic atroce, organisé avec la complicité des médecins, des hôpitaux, des receveurs - membres influents du parti, riches émigrés chinois. Harry Wu a réussi à obtenir leurs témoignages, à rapporter des preuves irréfutables de cette barbarie. Ce livre est le récit de son long combat, il dénonce le silence, la complaisance de l'Occident qui ferme les yeux en multipliant les échanges avec la Chine. Il raconte l'horreur.
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>> A la recherche d'une ombre chinoise : Le mouvement pour la démocratie en Chine, 1919-2004 - Jean-Philippe Béja : Dès le début du XXe siècle, un courant démocratique est apparu en Chine. Pourtant, à la manière d’une ombre, il se révèle difficile à cerner : depuis la prise de pouvoir par le Parti communiste en 1949, il n’a jamais pu se structurer en force politique. Au fil des années, diverses catégories sociales l’ont incarné, profitant des luttes au sommet pour le pousser sur le devant de la scène. Victime de vagues de répression récurrentes, il n’a cependant jamais disparu. S’il n’a pas réussi à s’imposer au sommet de l’Etat, il n’a cessé de hanter les dirigeants du Parti. Parfois instrumentalisé, souvent réprimé, il renaît périodiquement de ses cendres. Du mouvement du 4 mai 1919 aux événements de la place Tiananmen en 1989, de la naissance des murs de la démocratie (1978-1979) aux formes renouvelées de la protestation collective aujourd’hui, Jean-Philippe Béja dresse le tableau complexe d’une nébuleuse dissidente qui a fait de la lutte contre l’autoritarisme son combat. Un siècle d’histoire de la Chine vu à travers les formes multiples de la dissidence.
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>> Princes rouges : Les nouveaux puissants de Chine - Agnès Andrésy : Après avoir lutté contre les privilèges sous Mao, les leaders communistes chinois se sont, à leur tour, laissé entraîner sur la pente du népotisme : l'arrivée au pouvoir du clan de Deng Xiaoping en 1978 a vu l'émergence d'une aristocratie rouge qui s'est imposée au plus haut niveau de l'appareil politique, militaire et financier. Fils et filles, neveux et gendres des grandes figures révolutionnaires telles que Mao, Deng ou Zhou Enlai, les " Princes rouges " sont devenus incontournables au sein de la classe dirigeante chinoise. C'est en levant le voile sur leurs réseaux et leurs grands desseins politiques, sur leurs querelles intestines et leurs affaires de corruption que se dessine le nouveau visage d'un Parti Communiste Chinois, qui n'a désormais plus de communiste que le nom. Au-delà des idées générales et des clichés répandus sur la Chine, cet ouvrage analyse soigneusement les ressorts du système politique chinois actuel, et nous en révèle les forces et les faiblesses, ainsi que le secret de sa longévité.
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>> Sois riche et tais-toi ! : Portrait de la Chine d'aujourd'hui - Harry Wu, George Vecsey, Jacques Martinache (Traduction) : Il y a vingt ans, Deng Xiaoping libéralisait l’économie chinoise. Mais si le Parti communiste chinois s’engageait à respecter la liberté d’entreprise, si chacun obtenait le droit de s’enrichir, tous devaient garder le silence : la pensée et les affaires publiques restaient le monopole du Parti. "Sois riche et tais-toi !" : c’est sous cette devise que vit la Chine depuis le début des années 80. Le massacre de la place Tian’an Men, la nuit du 3 au 4 juin 1989, témoigne on ne peut plus clairement des limites de cette nouvelle liberté économique et du prix de toute initiative politique. Aujourd’hui, la société chinoise est au bord de l’explosion. Les transformations indéniables induites par cette libéralisation économique ont créé de fortes inégalités – entre villes et campagnes, entre une minorité richissime et la masse des paysans – et, loin d’y remédier, le parti communiste se préoccupe uniquement de perpétuer son monopole politique. En fin observateur et en grand connaisseur de la culture et de l’histoire chinoises, Éric Meyer présente ici l’état des lieux complet d’une société en proie à de profondes contradictions depuis qu’avec l’argent sont revenus, pêle-mêle, les industries privées, le commerce, la littérature, le sexe, la superstition, les gangs... Loin des discours officiels et des idées toutes faites, il ponctue son enquête de portraits, d’histoires de vie, de scènes caractéristiques, qui font de ce livre un ouvrage nuancé, riche et passionnant. Un essai vivant et sensible comme un récit de voyage. À lire absolument pour comprendre un pays avec lequel l’Occident doit désormais compter.
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>> Ecrits édifiants et curieux sur la Chine du XXIe siècle - Chen Yan, Marie Holzman : La Chine s'enrichit, son image change. Pour autant, cela ne rend pas son appréhension plus facile. Nous voyons émerger une Chine aux multiples visages, souvent contrastés et contradictoires. Sur le plan idéologique, les autorités se déclarent toujours communistes, alors même qu'elles pratiquent, sur le plan économique, un capitalisme sauvage. Sur le plan social, la majorité de la population vit toujours dans la plus grande précarité tandis qu'une classe de nouveaux capitalistes se constitue... En s'appuyant sur sa forte croissance, la Chine s'affirme comme un partenaire incontournable et une puissance mondiale. II y a donc urgence à améliorer en Occident la connaissance de la situation réelle de ce grand pays et à se mettre, enfin, à écouter les Chinois eux-mêmes. Car que sait-on de ce qu'ils pensent vraiment de leur pays et du monde ? II y a vingt-cinq ans, nous pouvions affirmer que la Chine était soit muette, soit trompeuse, puisqu'elle était soumise à un État idéologique totalitaire. Aujourd'hui, nous sommes face à une société en mouvement. L'idéologie communiste s'est écroulée, et une véritable indépendance d'esprit émerge. Des projets de société s'échafaudent, des remises en question fondamentales du système actuel circulent... La Chine de demain s'élabore, dans l'effervescence, souvent dans la douleur. Ce recueil de textes chinois permet de découvrir ce renouveau passionnant du débat intellectuel dans la Chine contemporaine.
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