| Du manque de goût |
Samedi 24 et dimanche 25 février 2001 |
Lors de la réunion préparatoire à la Conférence Mondiale contre le Racisme - qui se tiendra en Afrique du Sud au mois de septembre - le gouvernement indien s’est employé à empêcher toute discussion concernant le système des castes et, plus précisément, le sort des Dalit. Les organisations humanitaires ont aussitôt réagi avec indignation devant l’hypocrisie d’un état qui mériterait peut-être le titre de « plus grande démocratie du monde », si seulement il n’opprimait pas 25 % de sa population... Il existe en Inde près de 250 millions de personnes dont on peut impunément violer les droits : abus sexuels, travail obligatoire, privation de libertés et discriminations en tout genre sont, en effet, le lot quotidien des « intouchables », alors même que la constitution a interdit cette forme odieuse d’apartheid en 1950.
A l’heure actuelle, en Inde, il y a trois femmes Dalit violées chaque jour. Et, de même, deux personnes ayant eu la malchance de naître « hors-caste » sont tuées quotidiennement au nom de conditionnements vieux de plusieurs millénaires et que le pouvoir en place entend préserver. Régulièrement, les médias relatent les massacres de dizaines de Dalit perpétrés par les milices de quelques riches propriétaires. Mais la discrimination dont souffrent ces hommes, ces femmes et ces enfants - parce qu’une large part de la population les considère comme véritablement impurs -imprègne les circonstances les plus banales de leur vie : impossibilité d’entrer dans les temples hindouistes ou d’utiliser le puits communal, obligation de consommer le thé ou le café dans des gobelets particuliers, relégation de leurs enfants au fond de la classe... En somme, une multitude d’humiliations ordinaires préfigurant de plus grands crimes comme la prostitution forcée des fillettes et l’esclavage généralisé des enfants Dalit.
Nul ne s’étonnera que le régime indien multiplie les efforts pour faire obstacle à la libre expression des Dalit : le racisme qui prévaut dans les hautes sphères du pouvoir est patent. En avril 2000, lors de la visite en France du président Narayanan, Le Figaro avait évoqué les origines Dalit de celui-ci, provoquant la colère du gouvernement indien qui s’insurgea contre le « manque de goût » du quotidien français. Oui, il est certain que pour une élite vivant aux dépens d’une classe dite inférieure, la simple évocation d’un possible mélange entre « la crème et la boue » constitue une carence intolérable de savoir-vivre ! Mais que dire alors d’un pouvoir qui revendique des égards pour lui-même alors que son propre comportement injurie la conscience humaine ?
De nos jours, les « intouchables », ce sont bien plus les dirigeants, qui pourfendent les libertés individuelles ou méprisent les droits des minorités dont ils ont la charge, auxquels il est difficile de serrer la main. Encore faut-il parfois la leur tendre de peur qu’ils ne fassent payer le prix de leur vexation aux populations qu’ils oppriment ! Toutefois, la plus grande retenue devrait être la règle avec ces gouvernements iniques : une distance fondée non pas sur le raffinement ou les exigences artificielles de l’urbanité, mais sur le respect scrupuleux des droits des peuples que ces régimes bafouent. Une rigueur exigée par le goût de la fraternité et de la solidarité que tout gouvernement devrait posséder, saveur à côté de laquelle les civilités hypocrites des puissants semblent fades.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Ambedkar. Messie des intouchables, Père de la démocratie - Marie-Claire Lorrain : L'histoire sociale et politique de l'Inde, par ses multiples implications, souvent nous échappe. De la décolonisation, seuls les noms de Gandhi et de Nehru viennent en mémoire. Dr Babasahed Ambedkar, jusqu'ici méconnu du grand public est le chaînon manquant. Personnage charismatique, il apparaît comme une figure importante de l'Inde contemporaine. Issu d'une caste d'intouchables, il nous fait vivre au quotidien, à l'aube du XXème siècle, les interdits et humiliations auxquels ils étaient soumis. Personnalité fascinante, il sera "le Messie des Intouchables". Le "Bharat Ratna", la plus haute distinction civile en Inde n'a pas suffi à sa totale reconnaissance.
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>> Parole de femme intouchable - Baby Kamble, Shantabai Kamble : Deux récits autobiographiques (Mes souvenirs; Notre existence) par deux femmes de la caste des intouchables.
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>> La peur, la haine et la démocratie - Charles Rojzman : Violence, peur ou indifférence égoïste éloignent les uns des autres les individus et les groupes d'une société qui n'a plus de réellement démocratique que les apparences. Comment sortir du discours insignifiant - technocratique ou pseudo-révolutionnaire - qui signe le sentiment d'impuissance et le désespoir cynique ? On ne peut se résigner à laisser se propager les maladies sociales engendrées par la défaillance et l'inadaptation des institutions d'une démocratie faible. S'appuyant sur des années de travail dans les quartiers populaires, Charles Rojzman propose ici les conditions d'élaboration d'une intelligence collective : faire se rencontrer ceux qui s'ignorent ou ne savent plus communiquer autrement que par la violence. Ecouter leur parole et découvrir le changement possible derrière l'expression de la peur et de la haine.
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>> Sans l'autre, t'es rien - Gisèle Halimi
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>> Chanter contre le racisme - Collectif , Claudie Guyenon-Duchêne (Illustrations) : Edité en partenariat avec l'association DFCR (dire et Faire Contre le Racisme). 1 livre + 1 CD. Cartonné, grand format 26 x 29 cm. Illustrations couleur. A partir de 8 ans. Un Album Dada avec les textes de dix-neuf chansons et un CD audio, contre le racisme insidieux du quotidien, le racisme de la couleur de la peau, le racisme de la religion. Les dix-neuf interprètes choisis savent l'impact de leurs mots chantés. Ils disent au public, chacun dans son langage, que l'autre a le même cœur, les mêmes aspirations. Ils suggèrent la tolérance, l'acceptation de l'autre. Ils dénoncent le racisme. Ils fustigent l'enfermement, le repli sur soi, les fascismes politiques ou religieux. Cet album s'inscrit dans le cadre de l'année internationale de lutte contre le racisme inaugurée le 21 mars 2002.
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