fraternet.com



Contraction et convergence
24 novembre 2000


Alors que la Conférence sur le Climat, qui se tient actuellement à La Haye, touche à sa fin, l’accord indispensable attendu avec impatience par la communauté internationale paraît inaccessible. A l’heure actuelle, les Etats-Unis et leurs alliés cherchent par tous les moyens à éviter une réduction de leurs droits d’émission de gaz dits « à effet de serre », essentiellement le dioxyde de carbone. Pourtant, des scientifiques aux assureurs, en passant par les militants des organisations écologistes, tout le monde est informé des graves dangers encourus par la planète entière du fait du réchauffement de l’atmosphère. Si la plupart d’entre nous ont peu de chances de vivre assez vieux pour connaître une restabilisation du climat, nos enfants et petits-enfants peuvent encore y prétendre, à condition d’adopter des mesures draconiennes dès maintenant. Au vu des tendances actuelles, certaines études prévoient un doublement du taux de carbone dans l’atmosphère d’ici 2070, ce qui entraînerait une élévation du niveau des océans durant les mille années à venir...

Bien sûr, il est toujours possible de hausser les épaules face à des prédictions jugées par trop « catastrophistes ». Mais même les politiciens américains ou les industriels du pétrole ont abandonné ce type de stratégie : les cataclysmes sont déjà là et leurs liens avec le réchauffement du climat dû aux activités humaines sont établis. Dans l’Arctique, une surface de banquise de la taille des Pays-Bas disparaît chaque année, selon Greenpeace. Et faut-il rappeler les inondations qui ont affecté 56 pays et les sécheresses qui ont frappé 45 autres nations durant la seule année 1998 ? Tout cela a un coût : des millions de vies perdues, des dizaines de millions de personnes déplacées, des centaines de milliards de dollars gaspillés à cause de la philosophie du « laissez faire » qui sévit dans le monde du « business ». Aujourd’hui, les gouvernements des pays riches impliqués dans les discussions de La Haye ne songent qu’à tricher de façon à répondre aux attentes des lobbies qui les soutiennent : simuler une réduction de leurs émissions tout en continuant à polluer davantage, tel est leur unique souci tandis que les morts s’accumulent dans les pays pauvres.

Le Global Commons Institute (GCI - Institut des Biens Communs Mondiaux) basé à Londres, a dévoilé au grand jour, il y a quelques années, la logique inhumaine utilisée par quelques économistes au service des intérêts de certaines nations développées. En matière de changement de climat, leur raisonnement consistait à mettre en balance les coûts induits par les mesures prises pour diminuer les émissions de gaz et ceux causés par les dommages dus au climat, y compris les pertes en vie humaine. Dès lors que ces derniers seraient inférieurs aux premiers, quel intérêt y aurait-il alors à envisager une réduction de la pollution ? Toute la subtilité de leur analyse reposait, bien entendu, sur le calcul du coût de la vie d’un individu, lequel était associé aux revenus de celui-ci. On en arrivait donc à un système où la vie d’un occidental valait au moins celles de dix chinois ou de quinze bangladeshis. Une vision économique que certains qualifièrent, à juste titre, de génocidaire. Les choses ont-elles changé aujourd’hui ? Non, les pays les plus industrialisés ont l’intention de persévérer - aussi longtemps que la société civile les y autorisera - dans leur entreprise de dégradation de notre environnement : tel est le message de La Haye.

Pour éviter la ruine annoncée de notre monde, des solutions existent. L’une d’elle, intitulée « contraction et convergence » émane précisément du GCI et commence à faire son chemin parmi les experts autant que les personnes ordinaires soucieuses d’équité. Le principe en est simple. Il s’agit de fixer, pour le monde entier, un taux d’émission de carbone à ne pas dépasser d’ici une cinquantaine d’années - taux calculé dans le but de parvenir à une pollution inférieure à celle que nous connaissons actuellement - et de le diviser en tranches annuelles. C’est la contraction. Ensuite, il convient de répartir ce « budget d’émissions » sur chaque être humain, une vie humaine valant n’importe quelle autre vie humaine. C’est la convergence, car pour y parvenir, il sera nécessaire que les sur-consommateurs se restreignent tandis que les sous-consommateurs devront obligatoirement obtenir des compensations. Un tel dispositif aurait également pour mérite d’ouvrir la voie à une conception plus fraternelle de l’économie où chaque individu serait tenu en haute considération non plus au titre de ses revenus, mais simplement du fait de son existence et des droits inhérents à celle-ci. Si l’être humain parvient à se rendre compte concrètement de la valeur immense d’une vie humaine, peut-être aura-t-il davantage envie de la respecter. Ce serait alors un nouveau départ...

Geoffroi Contact


Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.