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Le Cri de la Paix
24 octobre 2000


Le Secrétaire général des Nations Unies a appelé hier à une réforme fondamentale des opérations de maintien de la paix effectuées par l’ONU. Se basant sur une étude réalisée par des experts internationaux, Kofi Annan a engagé les gouvernements du monde entier à apporter leur soutien total à cette initiative qui vise à modifier aussi bien les structures et la gestion des services chargés de la paix, que la doctrine qui sous-tend les engagements de l’ONU sur le terrain. Le groupe d’étude chargé de ce projet a été créé en mars 2000 à la suite de rapports exposant, notamment, les graves manquements de l’organisation lors du génocide rwandais de 1994. Aujourd’hui, alors que l’ONU est impliquée dans une quinzaine de missions de paix regroupant environ cinquante mille hommes, il est urgent que les états lui fournissent les ressources dont elle a besoin pour « répondre aux espérances qu’elle a fait naître ».

Depuis sa création, en effet, l’ONU souffre d’un problème financier chronique, lui-même causé par l’absence de détermination politique de ses membres. Actuellement, les contributions non acquittées par les états au titre du maintien de la paix s’élèvent à 2,5 milliards de dollars... Autrement dit, il semble évident que les nations considèrent les opérations de paix conduites par l’ONU comme une activité secondaire, et non comme la fonction cruciale qu’elle est réellement. Si l’on s’attarde, par exemple, sur les missions vitales en cours au Kosovo, en Sierra Leone, au Timor Oriental ou en République Démocratique du Congo, on s’aperçoit que le personnel impliqué est en nombre tragiquement insuffisant : de telles carences ne peuvent permettre à ces pays de s’engager radicalement sur la voie de la stabilité. A la lecture de ce rapport et des changements qu’il préconise, il apparaît donc que les gouvernements devront attribuer à l’organisation un budget bien supérieur à ce qu’il est à l’heure actuelle. La paix ne tiendrait-elle alors qu’à une simple question d’argent ? Non, bien entendu ! C’est avant tout la conception que les gouvernants ont de la paix et des méthodes propres à la répandre qui doit être remise en question.

Un moyen existe qui satisferait certainement les nations parce qu’il leur ferait faire des économies considérables : il s’agit de la prévention des conflits. Certes, le rapport des experts présenté par Kofi Annan évoque cet aspect, mais il le réduit à des initiatives diplomatiques discrètes destinées à apaiser les tensions. De plus, déclenchées trop tôt, de telles démarches « pourraient se heurter au refus des gouvernements », nous dit-il. Ainsi, alors que la violence se donne en spectacle en toutes circonstances, la paix devrait se contenter de raser silencieusement les murs des ambassades et des ministères... Bref, il est clair que l’ONU n’a pas encore pris conscience de ses responsabilités en matière de développement de la culture de la paix sur le plan international. Le fait que, dans nos démocraties, il revienne naturellement à la société civile - donc à chaque individu en propre - de concevoir un monde plus humain, ne dispense pas, bien au contraire, les instances mondiales de participer, à leur manière, à cet effort. Mieux, c’est même la raison d’être de l’ONU car œuvrer en faveur de la paix, c’est d’abord répandre un esprit de paix. L’organisation dispose des moyens suffisants pour faire naître une prise de conscience dans l’opinion publique et procéder, en quelque sorte, au rassemblement des bonnes volontés. Ce serait même, pour elle, un excellent moyen de pression sur les gouvernements trop lents à mettre en pratique ses recommandations ou à payer leur quote-part... Mais si l’on se suffit « d’initiatives discrètes » et si l’on redoute le mécontentement des chefs d’état, que peut-on attendre comme résultats solides de cette réforme de l’ONU ? Quasiment rien ! Non, le problème est faussé dès le départ parce que ceux qui décident de la paix ne sont pas ceux qui souffrent de son absence. Aussi pensent-ils obtenir ce joyau sans effort, en utilisant les outils habituels de la politique et de l’économie. Mais la quête de la paix est, bien davantage, un arrachement : elle est une énergie qu’il faut réveiller en soi, si l’on veut qu’elle circule dans les veines des corps d’état. Elle est un cri qu’il faut pousser chaque jour face à la violence, que l’on soit un dirigeant en complet-veston ou un réfugié en guenilles.

Geoffroi Contact


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