| Notre absence |
Lundi 23 avril 2001 |
Vendredi dernier, la Commission des Nations Unies pour les droits humains a adopté une résolution condamnant la Russie au titre des exactions commises par ses forces en Tchétchénie et lui demandant de procéder au plus vite aux investigations nécessaires. Les vingt-deux nations ayant approuvé cette décision se sont également inquiétées des nombreuses disparitions et des exécutions sommaires perpétrées par les militaires russes, sans pour autant exiger l'instauration d'une commission d'enquête internationale, ainsi que le réclament les organisations humanitaires. Comme d'habitude, des pays comme la Chine, l'Inde, le Liberia, la Libye ou le Vietnam ont voté contre la résolution, estimant que le conflit tchétchène relève des affaires internes de leur allié traditionnel...
A présent, il faudrait que l'Europe et les Etats-Unis aient le courage de passer à l'étape suivante en exerçant une forte pression sur les autorités de Moscou, mais cela n'est nullement dans leurs intentions : seul compte pour eux de tenir la dragée haute au gouvernement russe en lui rappelant qu'il agit toujours sous le regard de la communauté internationale. Le Kremlin n'en semble aucunement troublé et entend bien maintenir le peuple tchétchène sous son joug en utilisant les moyens les plus ignobles et durant toute une décennie s'il le faut : son seul souci est de faire obstacle à ce qu'il considère comme la menace d'une république islamique à sa frontière et, en quelque sorte, de gommer la honte de son échec en Afghanistan. Pour cela, il n'hésite pas à passer la Tchétchénie au laminoir : 400 000 personnes déplacées ou réfugiées, 40 000 morts depuis 1999 et des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants traînés dans les camps de filtration. Autrement dit, une opération inscrite dans le temps qui, de la "sale guerre" qu'elle était, s'est muée rapidement en une entreprise de décomposition de la communauté tchétchène.
Nul ne peut évidemment dire ce qu'il adviendra du peuple tchétchène si le reste du monde continue de pratiquer l'indifférence ou de se contenter de mesures "cosmétiques" à son sujet. L'on peut craindre toutefois qu'avec le temps, il ne finisse par être "talibanisé" à sa manière... En effet, une population violée ne demeure pas éternellement dans le silence et la soumission. Vient inévitablement le jour de la révolte. Alors, si elle a été soutenue dans ses souffrances par ses voisins, cette rébellion pourra déboucher sur une véritable libération. Mais si la communauté internationale n'a pas manifesté assez de compassion pour son sort misérable, elle sera tentée de se réfugier dans le dogmatisme et l'autoexclusion, faiblesses dont profiteront quelques idéologues avides de pouvoir sur les esprits... Et l'on pourra toujours reprocher leur fanatisme aux "Talibans" de demain, mais même s'ils sont maîtres de leur choix futur, notre absence, quand ils avaient le plus besoin de nous, aura contribué à les pousser vers les ténèbres.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Tchétchénie - Collectif : "La Tchétchénie entre dans sa huitième année de guerre. Une guerre loin des regards des médias, des témoignages d'observateurs occidentaux, des organisations humanitaires. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dernière présence occidentale sur place, pourtant bien inoffensive, n'a pas vu son contrat renouvelé en décembre 2002. C'est une guerre qui ne dit pas son nom. Il n'y aurait pas de guerre en Tchétchénie, il n'y aurait qu'une lutte contre le terrorisme international. Mais depuis quand un peuple tout entier peut-il être décrété terroriste ? Aujourd'hui sous nos yeux, au pays légendaire de l'Arche de Noé, un peuple à la culture millénaire est en train d'être décimé. Faudra-t-il reconstituer l'arche mythique en embarquant les derniers Tchétchènes pour les sauver du déluge des exactions de la soldatesque et des mercenaires russes ? L'objectif de cet ouvrage est d'apporter les regards croisés de chercheurs éloignés géographiquement et culturellement, mais dont les analyses sont proches ou se recoupent. Le lecteur fera le lien entre une approche philosophique, historique, anthropologique et socio-politique."
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>> Fédération de Russie : Un pays sans véritable justice - Amnesty International : Dans toute la Fédération de Russie, de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire sont commises par des responsables de l'application des lois et des membres des forces de sécurité. Hommes, femmes et enfants placés en détention sont presque systématiquement torturés ou victimes de mauvais traitements. Dans les centres de détention provisoire, surpeuplés et insalubres, les conditions de vie sont assimilables à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Selon de nombreuses informations dignes de foi, la Tchétchénie est le théâtre d'agressions contre les civils, de viols, de "disparitions" et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces russes. Amnesty International dénonce l'impunité qui règne dans la Fédération de Russie et qui ne fait que perpétuer les atteintes aux droits humains. Ce rapport attire également l'attention sur les obstacles qui empêchent les victimes - femmes, enfants et membres de minorités ethniques ou nationales en particulier - d'obtenir réparation. La publication de ce rapport coïncide avec le lancement de Justice pour tous !, campagne mondiale d'Amnesty International en faveur des droits humains dans la Fédération de Russie.
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>> La Mystérieuse Ascension de Vladimir Poutine - Pierre Lorrain : En août 1999, l'Occident découvre Vladimir Poutine. Ancien agent du KGB, l'homme est encore un parfait inconnu. Quelques mois plus tard, il devient président de la Russie. Pierre Lorrain, auteur de plusieurs livres sur la Russie, retrace le parcours rempli de zones d'ombres de Vladimir Poutine, et expose l'évolution de la vie politique russe, notamment les dernières années de la présidence de Boris Eltsine. On y découvre une ambiance fin de règne, faite d'intrigues rocambolesques et de corruption à grande échelle, où les plus criminels ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Tout le mérite de ce livre est en effet d'ébranler quelques dogmes médiatiques, qu'ils concernent les attentats meurtiers de Moscou en 1999, la guerre en Tchétchénie ou les fameux oligarques du Kremlin. Pierre Lorrain dénonce le sensationnalisme et la part de fantasmes qui ont trop souvent tendance à irriguer l'information sur la Russie, où les rumeurs circulent plus vite que la vodka et où la fiabilité des témoignages est souvent douteuse. Ce qui ne l'empêche pas de narrer les plus savoureuses de ces anecdotes, comme cette légende qui fait de Poutine un descendant de Raspoutine...
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>> La société russe en quête d'ordre en consensus avec Poutine ? - Faverel-Garrigues : On a coutume d’évaluer autrui d’après nos propres critères. Ainsi en va-t-il de la Russie dont on ne cesse de juger les performances en terme de « progrès démocratiques » ou de « transition démocratique ». C’est oublier les passés spécifiques et les tropismes particuliers d’un peuple et de ses gouvernants. C’est ce que montrent dans cet ouvrage informé deux chercheurs au Centre d’études et de recherches internationales : si la réélection de Vladimir Poutine en 2004 ne fait presque aucun doute, il ne faut pas en conclure trop rapidement à une pratique pipée des échéances électorales. Bien davantage, on constate sous l’ère Poutine une convergence inédite des aspirations de la population et des leaders politiques : une volonté d’ordre, un désir de stabilité. La question qui demeure : à qui cet ordre va-t-il servir ? Aux oligarques ou aux laissés pour compte ?
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