fraternet.com



Comptes de Noël
23 décembre 2000


Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné de l’ancien président chargé des relations entre les pays d’Afrique et l’Elysée de 1986 à 1992, a été placé hier en détention provisoire. La justice s’interroge en effet sur son éventuelle implication dans un commerce d’armes illicite mettant en jeu la société Brenco et le gouvernement angolais : un million et demi de dollars lui auraient été versés par le vendeur d’armes, Pierre Falcone, sur un compte en Suisse. L’écrivain et homme d’affaires Paul-Loup Sulitzer a, lui aussi, été entendu par les juges et placé sous contrôle judiciaire pour avoir reçu un peu plus d’un million de francs de la même société, en paiement de ses « conseils ». Mais Jean-Christophe Mitterrand et Paul-Loup Sulitzer ne sont pas les seules personnalités mises en cause dans le trafic d’armes à destination de l’Angola. Les juges en charge du dossier s’intéressent également à d’autres hommes politiques comme, par exemple, l’ancien ministre de l’intérieur Charles Pasqua. Quel a exactement été leur rôle au sein de la nébuleuse reliant les ventes d’armes illégales au régime du président Dos Santos et l'industrie angolaise du pétrole, la justice entend bien le découvrir et régler ainsi quelques comptes avec le tabou qui recouvre les activités de certaines multinationales dans les pays en développement...

Et précisément, parlons-en du développement de l’Angola ! L’économie en est ruinée, la corruption y est endémique et les droits humains cruellement piétinés, autant par les troupes du gouvernement que par les rebelles de l’Unita qui se combattent depuis vingt ans. Deux millions et demi de personnes ont été forcées de quitter leur foyer à cause de la guerre ; viols et tortures sont couramment pratiqués ainsi que les exécutions de civils et, depuis cette année, le nombre des mutilations s’est aggravé. Malgré ce contexte, le gouvernement continu d’acheter des armes - comme il l’a toujours fait - avec l’argent du pétrole qu’il détourne honteusement à son profit. Depuis 1997, les industries israéliennes lui ont ainsi vendu pour près de 90 millions de dollars d’armement. De son côté, l’Unita bénéficie du soutien du Togo et du Burkina Faso et achète ses armes en Bulgarie grâce aux revenus de ses mines de diamants. Dans un document publié en décembre 1999, l’organisation humanitaire britannique Global Witness révèle que plus de 80 % de la population vit dans la pauvreté avec moins d’un dollar par jour. D’après ce rapport, une famille angolaise comportant en moyenne huit individus, il lui faudrait gagner 240 $ par mois pour vivre « à peu près décemment ». Or, si l’on considère, par exemple, le salaire mensuel d’un enseignant du secondaire, lequel s’élève à 5 $ et est rarement versé, on envisage un peu mieux l’étendue de la misère du peuple angolais...

Bref, lorsque l’on fait les comptes, le résultat est donc toujours le même : une élite de politiciens et de généraux corrompus, enrichis par des décennies de guerre civile qui furent pour eux autant d’années de vaches grasses ; la crème du trafic d’armes international avec son faste et ses commissionnaires cyniques ; ces mastodontes de l’économie que sont les compagnies pétrolières qui engrangent des bénéfices faramineux en participant consciemment au déclin d’une nation ; et, pour finir, des millions de crève-la-faim comme figurants de cette banale tragédie. Vraiment pas de quoi en faire un conte de Noël ! Une petite lueur d’espoir pointe cependant à l’horizon : depuis le mois de février 2000, des discussions ont eu lieu entre les organisations humanitaires, les industriels du pétrole, les syndicats et les administrations américaines et britanniques. Les compagnies pétrolières et minières de ces pays - comme Bp-Amoco, Chevron, Shell ou Texaco - accepteraient de se conformer à un code de conduite en matière de respect des droits humains. Certes, ainsi que le déclarait le directeur de l’ONG Human Rights Watch, « ce n’est qu’un début », mais qui témoigne tout de même d’une certaine progression de la conscience dans la société civile. Et l’on veut croire que cette évolution se révélera d’une autre étoffe que les contes...

Geoffroi Contact


Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.