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Intimidation et calomnies...
23 juillet 2000


Début juillet, le Dr. Saad Eddin Ibrahim, directeur du Centre Ibn Khaldoun pour le Développement et professeur à l’Université Américaine du Caire a été placé en détention par les autorités égyptiennes sous l’accusation de porter atteinte à l’image de l’Egypte. Son arrestation ainsi que celles de certains de ses collaborateurs - dont le scénariste Ali Salem -s’inscrit dans la campagne incessante d’intimidation et de harcèlement que mène le gouvernement à l’encontre des intellectuels soucieux de démocratie et des défenseurs des droits de l’homme.

Déjà, en 1998, Hafez Abu Saada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne pour les Droits de l’Homme (EOHR), avait été mis en prison pour les mêmes raisons, en violation totale de la liberté d’expression et de l’obligation d’informer rapidement les détenus des charges retenues contre eux. La plupart du temps, en effet, les accusations portées contre les intellectuels et les écrivains qui luttent pour la transparence et la démocratie sont toujours des plus nébuleuses, traduisant le fantasme autocratique d’un régime qui ne supporte pas la contradiction. Dans le cas du Dr. Ibrahim, il lui est reproché d’avoir accusé le gouvernement de tricherie lors des précédentes élections, alors même que la Cour Suprême égyptienne vient de confirmer l’illégitimité de l’actuelle assemblée parlementaire.

Et, comme toujours, l’interpellation d’un intellectuel est précédée par de violentes attaques dans la presse où des journalistes proches du pouvoir se vautrent dans la calomnie. C’est ainsi que procèdent les régimes tyranniques qui veulent préserver une certaine image démocratique au plan international : ils emploient quelques « gratteurs de papier » à détruire la réputation des défenseurs des libertés pour mieux les rejeter dans l’ombre, à défaut de les maintenir éternellement sous les verrous. Après une telle campagne de diffamation, qui serait, en effet, assez téméraire pour se compromettre avec un individu qui fit les gros titres des pages « criminalité » des quotidiens ? Celui-là même qui s’apprêtait à suivre un chemin analogue dans la quête de la liberté et l’information du citoyen tremble déjà à l’idée de ce qui l’attend, lui et ses proches...

Si ce genre d’opération d’élimination morale et intellectuelle des individus est possible, c’est parce qu’il existe des êtres qui utilisent leur plume pour médire sur leurs semblables et qui, sans le savoir, s’autodétruisent : « Ecrire, énonçait Gilles Deleuze, c’est devenir et, certainement, c’est devenir autre chose qu’écrivain ». Oui, comme toute activité de création, la communication par l’écriture nous construit et nous transforme au risque de nous perdre ou bien de faire de nous des défenseurs des libertés, pour peu que nous puisions une encre fraternelle.

Geoffroi Contact


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