Ainsi que l'a laissé entendre Colin Powell, les troupes américaines doivent absolument obtenir quelques succès remarquables en Afghanistan dans les trois semaines qui viennent. Après ce délai, non seulement l'hiver rendra difficile les opérations militaires terrestres, mais surtout, ce sera alors le début du Ramadan : une période sacrée pour l'ensemble des Musulmans que le sifflement des bombes ne saurait impunément perturber. S'il n'en tenait pas compte, le gouvernement américain risquerait de se mettre encore davantage à dos les populations musulmanes, apportant de l'eau au moulin des fondamentalistes, dont le nombre ne cesse de croître ces temps derniers. En effet, Dieu sait combien ils prospèrent, du Pakistan à l'Egypte en passant par l'Iran, le Liban ou l'Algérie etc. Au point que l'on ne peut éviter aujourd'hui de soulever l'interrogation cruciale suivante : pourquoi y a-t-il tant de mouvements fanatiques adeptes de la terreur au sein de l'Islam ?
C'est à peu près la question que se posait hier Ziauddin Sardar, un intellectuel musulman, dans les colonnes du journal britannique « The Observer ». Et, certes, cet écrivain est bien placé pour y apporter une réponse avisée. Celle-ci comporte selon lui deux aspects : en premier lieu, il faut bien reconnaître que le caractère despotique de l'ensemble des régimes musulmans a toujours fait obstacle à la libre expression, ne laissant guère d'autres choix que le silence ou la violence... En second lieu, il semble à Ziauddin Sardar que les mouvements islamiques soient devenus progressivement « l'image même de ce qu'ils combattaient » à cause des démagogues qu'ils avaient à leur tête. Au lieu de prôner le débat et de chercher à adapter l'Islam à la modernité, ils choisirent de s'enfermer dans l'obscurantisme et « la négation du reste du monde ». On peut ajouter aux explications qui précèdent le fait que l'injustice et la misère ont largement favorisé l'émergence de cet extrémisme. Il est, en effet, beaucoup plus facile de préconiser le respect d'autrui et de vanter les chemins qui conduisent à la paix intérieure lorsque l'on a le ventre plein... De sorte que l'exaspération des uns associée à la volonté de puissance des autres engendrent systématiquement la terreur, et cela d'autant plus aisément qu'un élément extérieur - l'Occident - manipule le tout à son profit, exploitant les humbles et maintenant les arrogants à la tête des nations.
Pour autant, s'il est urgent pour les sociétés occidentales de se reconstruire de l'intérieur, cela est tout aussi vital pour le monde musulman, sans quoi il ne tardera pas à perdre les valeurs d'Amour et de Fraternité qui forment ses fondations et pour lesquelles tant de mystiques ont sacrifié leur vie. On ne peut donc qu'inviter les uns et les autres, qu'ils soient Musulmans, Juifs ou Chrétiens etc. à se pencher très sérieusement sur leurs croyances... Une invitation qui vaut aussi pour les athées et les agnostiques car tout être humain - même s'il nie l'existence de Dieu ou professe son ignorance à ce sujet - croit en quelque chose ou espère quelque chose de la vie. Son bonheur et celui de ceux qu'il aime, par exemple... A tous, nous voudrions proposer une ultime « fatwa », un décret - sinon divin, du moins très humain - sur lequel l'humanité entière pourrait s'accorder : la décision de ne plus tuer mais de rejeter définitivement la violence et la guerre pour les remplacer par le dialogue. En ces temps troublés, chaque religion, chaque gouvernement devrait dès à présent s'y conformer et le faire savoir par toute la terre. De même, il serait bon que chacun d'entre nous, plutôt que de s'en remettre à des autorités « supérieures », interroge ses croyances personnelles à ce sujet. Si notre religion, notre philosophie ou nos conditionnements nous empêchent d'adhérer pleinement à cette résolution, prenons alors conscience que nous mettons l'humanité en grand danger.
Geoffroi 
Lectures conseillées :
>> La Maladie de l'Islam - Abdelwahab Meddeb : Si, selon Voltaire, l'intolérance fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l'Allemagne qu'ausculta Thomas Mann, l'intégrisme est, comme le démontre ce livre, la maladie de l'islam. Dans la tradition, l'accès à la lettre - Coran et tradition prophétique - était bien gardé: il fallait obéir à des conditions particulières pour l'interpréter et la faire parler. Mais l'accès sauvage à cette lettre n'a pu être empêché, et il est arrivé maintes fois que l'histoire ait à enregistrer les désastres qu'il a provoqués.
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>> Face à l'islam : Entretien avec Philippe Petit - Philippe Petit, Abdelwahab Meddeb : L'auteur entend combattre l'intégrisme sur un double front. Celui de la culture et de la politique. Sans les confondre. Et en faisant jouer habilement les liens méconnus entre l'Orient et l'Occident. Défenseur des valeurs républicaines et laïques il se prononce courageusement pour une dépolitisation de l'islam, il condamne ceux qui considèrent la laïcité comme une simple étape de la tradition française. Medded se démarque des multiculturalistes qui font de l'islam une religion à part, mariant plus étroitement la sphère privée et la sphère publique.
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>> L'Islamisme contre l'islam - Muhammad Saïd Al-Ashmawy, Richard Jacquemond (Préface) : Ce bref essai propose une critique radicale de l'idéologie des mouvements intégristes islamiques contemporains. S'appuyant sur de nombreux rappels historiques et sur une connaissance intime de l'œuvre du Prophète, son auteur bouleverse les idées reçues qui tendent à présenter l'islam comme une religion intrinsèquement totalitaire et intolérante. se fait l'avocat d'un «authentique fondamentalisme» qui se veut à la fois rationaliste, dans sa réflexion juridique et politique, et spiritualiste, dans sa dimension morale et religieuse. Et il montre qu'il est possible de conjuguer islam et démocratie, sharî'a et pluralisme.
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