fraternet.com



Maturité fraternelle
22 avril 2000


La Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies a adopté jeudi, à l’unanimité, une résolution condamnant le régime des talibans en Afghanistan. Ces derniers, exclusivement soucieux d’appliquer avec la plus grande rigueur leur interprétation du Coran, sont parvenus à isoler leur pays à l’extrême, ce faisant même des ennemis de leurs voisins pakistanais ou iraniens. Le régime des « étudiants en théologie » de Kaboul se trouve ainsi responsable de toutes sortes d’atteintes aux droits humains, en violation complète des conventions internationales dont l’Afghanistan est signataire.

Dans ce genre de situation, ce sont bien entendu les femmes qui subissent les plus grandes restrictions de leurs droits, comme l’indique le rapport du Rapporteur Spécial des Nations Unies, Madame Radhika Coomaraswamy, après un séjour en Afghanistan en septembre 1999. On notera tout d’abord que leur intégrité physique est perpétuellement en danger : si, par exemple, une femme rit dans la rue, laisse voir ses chevilles ou n’est pas accompagnée par un parent de sexe masculin, elle peut être immédiatement battue par les membres de la police religieuse, voire violée. Et si une femme a le malheur d’être condamnée pour adultère, elle sera fouettée en public. Par ailleurs, l’accès à l’éducation n’est pas permis aux jeunes filles. Seules les fillettes âgées de six à dix ans peuvent éventuellement recevoir des rudiments d’éducation basés sur le Coran. De même, en ce qui concerne le droit à la santé, les femmes subissent des discriminations sans borne : le taux de mortalité maternelle est, par exemple, l’un des plus élevés du monde. Enfin, il faudrait aussi évoquer l’interdiction quasi totale d’exercer une activité professionnelle et l’obligation de rester confinées à la maison, pour dépeindre plus exactement le sort que les talibans réservent aux femmes.

Nul ne s’étonnera donc si les femmes afghanes sont majoritairement dépressives - plus de 90% à Kaboul - et si un très grand nombre d’entre elles souffrent de maladies mentales. Leur sort dramatique ne les empêche pourtant pas de lutter et de dénoncer les talibans et leurs pratiques comme n’ayant rien à voir avec le véritable Islam. Ce faisant, elles risquent d’encourir les foudres des sbires du Ministère de la Propagation de la Vertu et de la Suppression du Vice, instance en grande partie responsable de leur misère.

Dans un tel contexte, la faiblesse ne saurait être de mise : alors que c’est l’ensemble d’une population qui se voit ainsi « prise en otage sur son propre sol », selon les mots mêmes d’un représentant des Nations Unies, la communauté internationale - pays musulmans en tête - doit agir avec la plus grande fermeté en refusant de reconnaître le régime sanguinaire des talibans et en cessant, notamment, de l’approvisionner en armes. Sans soutien, un tel gouvernement ne pourra pas longtemps se maintenir au pouvoir alors même qu’il est détesté par une très grande partie de la population. Ainsi, c’est au nombre de mois qui lui restent encore à diriger l’Afghanistan, que l’on pourra estimer le degré de « maturité fraternelle » de la communauté internationale. Soyons donc vigilants !

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Femmes afghanes - Nilab Mobarez, Olivier Weber : Les images de ce livre sont exceptionnelles et historiques. Ramenées clandestinement d'Afghanistan par les plus grands photoreporters, elles témoignent de la condition réservée aux femmes par le régime taliban. Au-delà des humiliations quotidiennes, dont le tchadri est le symbole, ces photographies témoignent d'une cruauté hors du commun. Elles rendent compte aussi de la lutte des femmes pour conserver une dignité : images d'espoir des écoles clandestines où les voiles se lèvent et où les sourires réapparaissent timidement. A travers les itinéraires croisés des grandes figures féminines de la résistance locale, le texte de Nilab Mobarez (chirurgienne afghane et humanitaire) et d'Olivier Weber (grand reporter au Point et écrivain) met en perspective le destin de ces femmes. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

> Visage volé - Latifa : Le 27 septembre 1996, jour de l'entrée des taliban dans Kaboul, Latifa avait seize ans et des rêves plein la tête. Elle avait hâte de grandir pour devenir journaliste. Malgré la guerre qui sévissait en Afghanistan depuis dix-sept années, elle était plutôt insouciante et heureuse de vivre. A partir de cette date, les écoles ont été fermées et, comme toutes les femmes, Latifa a été humiliée, insultée, obligée de vivre en recluse et de porter le tchadri. Enfermée par un pouvoir monstrueux, elle a vu son existence confisquée. Latifa a fui son pays incognito avec une partie de sa famille. Ce livre est le récit de sa vie sous les taliban, de ses espoirs brisés mais aussi de son combat pour que les femmes afghanes retrouvent leur liberté et leur dignité. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>>> L'Islam mondialisé - Olivier Roy : Olivier Roy, grand spécialiste de l'Afghanistan ainsi que des conflits arabo-musulmans livre un essai éclairant la véritable position de l'islam aujourd'hui et l'influence trop souvent éludée de l'Occident sur les mouvements néo-fondamentalistes. Il démontre que "la radicalisation islamique vient d'Occident". Magistralement, il dévoile les crises du monde musulman qui, asphyxié de l'intérieur, se recompose de l'extérieur en intégrant des schèmas de pensée occidentaux. Il nous présente un islam en pleine mutation, dont les pratiquants affirment de plus en plus une individualisation de leur rapport à la foi et un refus des hiérarchies traditionnelles. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.