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Les facteurs clés de l'existence
Lundi 21 mai 2001


La Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés (PMA) a pris fin hier, à Bruxelles, après une semaine de débats. Dans la déclaration finale, les participants ont reconnu que les objectifs définis lors du précédent sommet, il y a dix ans, n'avaient pas été atteints et que les 49 nations les plus pauvres de la planète continuaient de connaître des conditions de vie désastreuses : guerre, épidémies, endettement et isolement... Afin d'y remédier, un plan d'action a été mis au point visant à promouvoir la croissance des PMA, leur développement durable ainsi que leur intégration au sein de l'économie mondiale. Toutefois, aux dires des participants eux-mêmes, ce programme n'a de chance d'aboutir sur des résultats positifs d'ici 2010 que si les leçons sont tirées des expériences et des échecs du passé.

Jusqu'à présent, les mesures prises par les PMA pour sortir de la misère ont eu des effets décourageants : l'ouverture des frontières économiques, la privatisation des entreprises publiques et autres réformes de type libéral n'ont pas donné les résultats escomptés et les pays pauvres ont continué d'être marginalisés. Le déclin des aides extérieures, le poids de la dette et la vulnérabilité propre à chacune de ces nations - qu'elle soit d'ordre géographique, humain, économique ou politique - ont eu raison des efforts et, surtout, des bonnes intentions de la communauté internationale. Mais à présent, celle-ci entend bien assumer ses responsabilités à l'égard des 600 millions d'hommes, de femmes et d'enfants vivant dans ces pays et parie, pour cela, sur l'accroissement du commerce et des investissements. Faciliter l'accès des PMA à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), favoriser leur pénétration sur les marchés des pays développés et mobiliser des ressources financières extérieures sont quelques-uns des dispositifs cruciaux qui devraient permettre aux PMA de s'engager sur la voie d'une croissance rapide et durable...

Ainsi, à travers la déclaration des gouvernements réunis à Bruxelles, nous découvrons une véritable profession de foi de l'élite dirigeante de l'humanité d'aujourd'hui qui rend un culte, avec plus ou moins de ferveur, à une famille hétéroclite de divinités : à la première place de ce panthéon figurent évidemment le tout-puissant commerce international et sa cour, puis, beaucoup plus loin, viennent la démocratie, les droits humains, la santé, l'éducation etc. En revanche, dans ce cortège de dieux et de déesses, parfois antagonistes, nulle trace de la solidarité, de l'amitié ni de la fraternité. Pourtant, aussi ésotérique que cela puisse paraître à de distingués économistes, c'est bien l'absence de ces "êtres divins" qui fit échouer les précédents plans de redressement des pays pauvres. Quel organisme financier voudrait, en effet, investir en Afghanistan, en Birmanie ou au Liberia, si cela n'est pas rentable, d'une façon ou d'une autre ? Quel pays accepterait d'apporter son assistance ou de faire partager son savoir-faire sans espérer en obtenir une compensation, au moins à long terme ? A l'inverse, quel intérêt y a-t-il pour un pauvre à intégrer la grande compétition internationale où il se sentira perpétuellement la lanterne rouge ? Et nous-mêmes, en quoi sommes-nous concernés directement par ces programmes d'aide à des populations dont nous ne connaissons que très peu de choses ?

C'est bien là que réside l'échec de ces plans décidés dans les "hautes sphères" : leur inhumanité qui persiste malgré la "bonne volonté" de ceux qui les conçoivent. On ne saurait, en effet, extraire de la pauvreté 600 millions d'êtres humains sans faire participer des dizaines de millions d'hommes et de femmes mieux pourvus ! Ainsi, l'intégration de l'opinion publique doit être le fer de lance d'une action de cette ampleur : il faut déclencher un débat au niveau international, par le biais de tous les médias et l'engagement de tous les acteurs de la société... C'est la solidarité, l'amitié et la fraternité entre les individus qu'il faut susciter, puis organiser afin qu'elles se développent et s'auto-alimentent. Mais jusqu'à maintenant, il n'a été question que de dispositifs mettant en jeu les institutions internationales et les gouvernements, les politiques et les marchands. Pourtant, riches ou pauvres, nous ne voulons pas d'une existence se résumant à la satisfaction de nos besoins primaires : quel que soit notre niveau d'éducation, nous sommes capables d'aimer et d'être aimés ; malades ou bien portants, nous avons besoin que l'on s'intéresse à nous et sommes capables de nous soucier d'autrui ; "pleins aux as" ou "sans-le-sou", nous avons besoin de donner et de recevoir. Quand donc ces facteurs clés de l'existence seront-ils pris en compte sérieusement dans les perspectives de l'économie mondiale ?

Geoffroi Contact


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