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Arrogance
Mercredi 21 février 2001


Vendredi dernier, les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont déclenché une attaque aérienne contre des installations militaires irakiennes situées à proximité de Bagdad, la capitale. But de l’opération : annihiler les systèmes de défense antiaérienne de l’Irak pour permettre aux avions de l’alliance d’assurer leur mission de surveillance du territoire sans être inquiétés. Autrement dit, ainsi que l’a déclaré George Bush lui-même, « une simple mission de routine » visant à rendre « le monde aussi paisible que possible. » Tel ne fut évidemment pas le résultat. La démonstration de force des Etats-Unis et de leur plus fidèle alliée fut largement condamnée, tant dans les capitales européennes que dans le monde arabe, où elle déclencha une véritable furie. Quant à la Chine et la Russie, elles dénoncèrent aussitôt avec une même vigueur cette mesure prise sans l’accord du Conseil de Sécurité des Nations Unies...

A l’évidence, l’administration Bush ne s’attendait pas à ce que son opération militaire recueille l’enthousiasme de la communauté internationale. En effet, si Saddam Hussein est perçu, quasiment dans le monde entier, comme un épouvantable tyran, persécuteur de sa population, aucune démocratie ne peut admettre l’idée qu’un gouvernement, fut-il celui de la première puissance mondiale, agisse sans consulter ses partenaires et viole la charte des Nations Unies. En outre, une telle intervention ne peut avoir que des répercussions hautement négatives sur la paix dans cette région du monde : cela ne peut qu’exacerber la haine des palestiniens à l’encontre de l’occident qui trouve en Saddam Hussein un excellent allié et voit l’Amérique et Israël comme leurs pires ennemis. Si l’on ajoute à cela la sympathie qui se répand au sein de la communauté internationale à l’égard du peuple irakien, décimé par l’embargo qui pèse sur lui depuis une décennie, on se demande ce qui a bien pu pousser le nouveau président américain à autoriser ces frappes, causant la mort de deux civils et blessant une vingtaine d’autres personnes.

La réponse n’est pas à chercher bien loin : l’arrogance est, en politique, un moyen efficace de suppléer au manque de légitimité. En affichant une telle détermination, George Bush espère se forger rapidement une certaine stature sur la scène internationale, en se situant dans la lignée de son père, lui-même au pouvoir lorsque commença la Guerre du Golfe et entouré des mêmes personnages qui composent l’équipe de son fils aujourd’hui. De même pense-t-il peut-être gagner ainsi la confiance d’une partie du peuple américain... Mais « arrogance » rime toujours avec « faiblesse » : autant Bush doit-il contenter les généraux soucieux de démontrer la puissance et la permanence de leur armée, autant il est contraint de se plier aux exigences des industriels du pétrole qui l’ont porté au pouvoir et sont intéressés par les immenses réserves du sous-sol irakien. C’est pourquoi les frappes de la semaine dernière devraient être suivies par un réajustement de l’embargo : ces fameuses « smart sanctions » visant à autoriser le commerce avec l’Irak dans certains secteurs, tout en conservant le contrôle sur les ventes d’armes...

Certes, George Bush n’est pas le seul à user de simulacres et de faux-semblants pour accroître l’étendue de son pouvoir. Les grands de ce monde en ont toujours fait autant et il n’est nul besoin de lorgner vers la Russie ou la Chine pour s’en convaincre : nos démocrates savent aussi être arrogants quand il s’agit d’asseoir leur autorité. Mais quelle accumulation de haine contre des peuples entiers à cause de la vanité des puissants !

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Mourir pour McDo en Irak : Colonisation américaine, résistance irakienne - Naomi Klein, Jean Bricmont, Tariq Ali, Geoffrey Geuens, Collectif : Il y a quelques semaines, le personnel du Pentagone a visionné “La Bataille d'Alger”, un classique anticolonialiste. Aveu idéologique que la campagne irakienne est du même ordre que la guerre d'Algérie ou que celle du Vietnam. Au même moment, on apprenait, lors d'un congrès d'investisseurs, que McDo pourrait commencer à vendre des Big Mac et des frites en Irak dans les prochains mois. Si cette nouvelle vous enchante, ne lisez pas ce livre. Face à cette recolonisation, le mouvement pacifiste doit se poser la question de la résistance à la Pax Americana. Que voir dans cette guerre d'un type nouveau et dans les récents actes de résistance contre l'occupant ? Et surtout, que faire ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

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