| Fossilisation |
21 décembre 2000 |
Jiang Zemin est actuellement en visite à Macao, l’ancienne colonie portugaise réintégrée dans le giron de la Chine depuis tout juste un an. Tandis que le président chinois demandait hier aux responsables politiques du territoire de s’opposer à toutes formes d’activités mettant en péril le gouvernement central, la police locale a opéré des arrestations parmi les membres du Falun Gong, mouvement spirituel dont l’existence est pourtant légale à Macao. Depuis plus d’un an, en effet, les autorités de Pékin se sont engagées dans une vaste campagne d’anéantissement de tout ce qui pourrait remettre en cause l’emprise que le parti exerce sur les consciences individuelles. C’est ainsi que les adeptes du Falun Gong sont persécutés sans pitié et que des centaines d’églises et de temples sont démolis à coups de marteaux-piqueurs et de bulldozers, juste avant les festivités de Noël...
Il y a quelques jours, une foule importante assistait, à Pékin, aux funérailles de Zhao Xin, professeur à l’université de l’industrie et du commerce, morte à 32 ans par suite des tortures infligées par la police chinoise. Elle avait été arrêtée alors qu’elle pratiquait ses exercices de gymnastique dans un parc de la capitale, en compagnie d’autres pratiquants du Falun Gong. Le cas de Zhao est loin d’être isolé : Amnesty International a recensé, tout récemment, les décès de 77 membres du Falun Gong survenus par suite de traitements inhumains lors de leur détention. Ce sont, au total, des dizaines de milliers d’individus qui ont été jetés en prison ou déportés dans des camps, après avoir été jugés sommairement, voire pas du tout. Dans le même esprit, les responsables du parti s’emploient, depuis quelques mois, à raser les édifices religieux non officiels, qu’il s’agisse d’églises catholiques, de temples protestants, bouddhistes ou taoïstes. Ce sont plus de 1500 bâtiments qui ont ainsi été détruits ou que le gouvernement s’est approprié pour en faire des écoles ou des locaux pour les cadres du parti communiste. Dans le même temps, le régime n’hésite pas à prétendre que la liberté de religion est totale en Chine et relance le dialogue sur les droits de l’homme avec les Etats-Unis, comme si de rien n’était.
Le gouvernement chinois a bien tort de se livrer à ce jeu dangereux qui, fatalement, se retournera contre lui. En prétendant faire obstacle à la renaissance spirituelle qui a lieu dans tout le pays, à mesure que l’idéologie communiste expose les preuves de sa vacuité, les autorités ne font que la renforcer : car c’est l’essence même de l’élan spirituel que de s’opposer à la contrainte et de se consolider dans l’adversité. Certes, le pouvoir peut accentuer sa répression et ses méthodes de persécutions à l’encontre de ce qu’il considère comme « du poison » et « des superstitions féodales », il parviendra tout au plus à en éradiquer certains aspects extérieurs, tandis que la quintessence demeurera inchangée et plus prompte encore à se manifester sous d’autres formes. Le Falun Gong constitue d’ailleurs le type même de spiritualité propre à s’épanouir dans un contexte d’oppression permanente : le mouvement ne comporte ni leaders ni clergé, pas plus qu’il n’y a de culte ou de rituels, seulement quelques exercices de transformation personnelle basés sur la maîtrise de soi et la concentration. N’importe qui peut les pratiquer sans appartenir à quelque secte ou religion que ce soit, de même que l’on peut cesser de les pratiquer à tout moment. Ni carte du parti ni fichier de membres : bref, rien de commun avec les structures tyranniques affectionnées par l’état chinois.
En s’attaquant férocement à des millions d’individus ordinaires et parfaitement inclassables - un grand nombre d’entre eux appartient même au parti communiste - le pouvoir chinois tente absurdement de combattre un désir naturel de l’être humain qui pousse ce dernier à se transformer, à développer ce qu’il y a de meilleur en lui. Et ce faisant, il induit naturellement son processus personnel de fossilisation : refuser d’évoluer, c’est se réfugier définitivement dans la préhistoire...
Geoffroi |