| Le voile du silence |
21 et dimanche 22 octobre 2000 |
Le Programme des Nations Unies Pour le Développement (PNUD) a récemment désigné les lauréats de la « Course contre la Pauvreté », un événement annuel ayant pour but de diriger l’attention de la communauté internationale sur les 2,8 milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de deux dollars par jour. Cette année, ce sont quatre personnes originaires de Polynésie française, du Malawi, de Pologne et du Nicaragua qui se voient ainsi récompensées pour leur engagement quotidien dans la lutte contre le SIDA. La pandémie constitue, en effet, un danger considérable pour le développement économique : frappant la jeunesse de plein fouet dans de nombreux pays, le SIDA menace des secteurs entiers des sociétés humaines bien plus que tout autre maladie.
Le Malawi est l’un des états les plus misérables du monde, avec près des deux-tiers de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté : d’ici à 2010, 25 % des actifs urbains vont probablement y mourir du fait du SIDA. Catherine Phiri fait partie de ces femmes du Malawi qui ont eu le courage de rendre publique leur séropositivité : après avoir dû quitter son travail, elle a fondé SASO (Salima AIDS Support Organization) afin de donner un visage humain et une voix aux personnes porteuses du virus et briser ainsi le voile du silence. C’est dans le même esprit que Rita Arauz a créé, au Nicaragua, la première ONG destinée à combattre le SIDA, la Fondation Nimehuatzin. Psychologue de formation et activiste des droits humains, elle n’a pas tardé à prendre conscience que pour rendre la société moins vulnérable à l’épidémie, il était indispensable d’en éradiquer les germes sociaux que sont la discrimination et les inégalités. Une conclusion certainement partagée par les autres lauréats, Maire Bopp Dupont, distinguée pour son travail de sensibilisation des communautés des îles du Pacifique, et le père Arkadiusz Nowak, premier représentant de l’Eglise catholique polonaise à avoir défendu publiquement les droits des toxicomanes séropositifs.
En d’autres termes, lutter contre la discrimination qui affecte les personnes atteintes par le virus est au moins aussi important que de mettre au point le traitement permettant de faire disparaître ce fléau de la surface de la terre. Le SIDA est, en effet, un révélateur exemplaire des lacunes immenses de la communauté humaine en matière de respect de la dignité de ses membres, d’autant plus pénétrant qu’il touche l’ensemble des nations, riches ou pauvres : l’impitoyable logique du profit, l’inhumanité des politiques, la rigidité des conditionnements sociaux, la cruauté des préjugés religieux ou, tout simplement, la haine de l’Autre sont quelques-unes des monstruosités qu’il éclaire de sa lumière froide. Et puis il y a le silence : ce silence qui entoure si souvent les victimes du SIDA, tissant autour d’eux l’inusable filet de l’exclusion. Un silence propice au développement du sentiment d’infériorité et du dégoût de soi que seuls parviennent à percer l’Amour et la compassion.
Geoffroi |