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Une rare sottise
21 septembre 2000


Le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) vient de rendre public son rapport pour l’année 2000. On y découvre avec stupeur à quel point la discrimination sexuelle fait partie des habitudes et des traditions, faisant de la vie de centaines de millions de femmes un véritable calvaire. Difficultés d’accès aux soins et à l’éducation, grossesses non désirées, violences conjugales, mutilations génitales, vulnérabilité au SIDA, viols, meurtres (etc.) font partie du quotidien des femmes, y compris dans les pays développés. Et si ces violations permanentes de leurs droits étaient, dans un passé récent, très largement ignorées, leur visibilité devient chaque jour plus évidente à mesure que l’ensemble de la population prend conscience du coût humain et économique que ces discriminations représentent.

Pour se plonger brièvement dans la réalité dramatique du sort des femmes de la planète, une immersion dans la brutalité des statistiques est indispensable : chaque année, 80 millions de grossesses sont involontaires et 20 millions d’avortements sont pratiqués dans des conditions dangereuses ; chaque année encore, il y a plus de 330 millions de nouveaux cas de MST chez les femmes (cinq fois plus que chez les hommes) ; quatre millions de femmes et de fillettes sont vendues à leurs futurs époux ou à des marchands d’esclaves... Par ailleurs, si les crimes d’honneur font 5 000 victimes tous les ans, essentiellement en Asie occidentale et en Afrique du nord, il ne faut pas oublier que 29% des canadiennes et 22% des américaines connaissent des violences conjugales, ce qui les rend particulièrement sensibles à la dépression et les pousse à la prostitution, à l’usage de drogues et au suicide.

Si tragiques qu’ils soient, ces chiffres n’auraient que peu d’effets sur nos consciences si les auteurs de ce rapport 2000 du FNUAP n’avaient eu l’intelligence d’en étudier concrètement l’impact économique et humain. Par exemple, la discrimination des femmes est une cause directe du manque de croissance : leur participation à l’activité économique étant souvent dédaignée ou sous-évaluée, le soutien financier qui permettrait une productivité nationale bien supérieure leur fait défaut (et dans certains pays, cela conduit à un manque à gagner considérable). De même, dans le domaine de la santé, la difficulté d’accès aux soins pour les femmes provoque la réduction des revenus, accroissant la pauvreté et les tensions sociales. On sait aujourd’hui que l’amélioration de la santé et de l’alimentation des individus participe pour 30% à la croissance économique d’une nation. Enfin, concernant la mortalité chez les femmes, les études montrent que ses effets sont particulièrement graves sur le noyau familial, entraînant un taux de décès supérieur chez les enfants, une moindre scolarisation etc.

Il y aurait beaucoup à dire sur les conséquences effarantes sur les sociétés des différentes formes de discriminations que subissent les femmes. Et l’on pourrait encore citer le chiffre de 900 millions de dollars que la violence sexiste coûte chaque année au Canada... Mais comment chiffrer l’impact psychologique et moral de cette inégalité ? Comment évaluer la perte en terme de développement -économique, politique, artistique, humain, spirituel... - causée par la dévalorisation des femmes, source de tant de traumatismes, de détresse, de manque de confiance en soi, d’insuffisance d’Amour pour soi jusqu’au rejet ? Bien évidemment, ce prix reste à jamais incalculable : nous pouvons seulement être certains que les communautés humaines, en violant les droits des femmes, abdiquent irrémédiablement leur propre épanouissement et saccagent un bonheur possible.

Il faut se rendre à l’évidence : le simple fait de prendre conscience du mal que l’on fait à son semblable, parce qu’il est différent, ne constitue pas une motivation suffisante pour susciter une transformation radicale. C’est seulement lorsque l’on se sent soi-même gravement touché et profondément bousculé que l’on envisage de modifier son comportement. C’est pourquoi il est indispensable de réaliser que les atteintes portées contre les femmes sont autant de préjudices concrets au bien-être de tous, hommes y compris bien entendu, et cela à tous les niveaux de la société comme à chaque instant du quotidien des individus : en somme, une véritable punition que l’humanité s’inflige non seulement par son grand retard en matière de fraternité/sororité, mais aussi, tout simplement, du fait d’une rare sottise...

Geoffroi Contact


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