| Tolérance zéro |
21 juin 2000 |
Le gouvernement de la Sierra Leone vient d’écrire au secrétaire général des Nations Unies pour lui demander la création d’un tribunal international afin de juger le chef des rebelles du Front Révolutionnaire Uni, Foday Sankoh, actuellement détenu dans les geôles sierra-léonaises. Bien que ce dernier bénéficie d’une amnistie depuis l’accord de paix de Lomé conclu en 1999, celle-ci ne s’applique pas pour les crimes commis par la suite : Foday Sankoh est, en effet, accusé de tentative de coup d’état, de trafic de diamants, mais aussi de crimes contre l’humanité.
La création d’un tribunal spécial, analogue à celui qui opère actuellement au Rwanda, placerait l’ONU dans une situation délicate : les rebelles détiennent actuellement une vingtaine de casques bleus de l’UNAMSIL et menacent plusieurs centaines d’autres. De plus, le président du Liberia, Charles Taylor, qui soutient les rebelles depuis la première heure, a clairement exprimé son opposition à une telle initiative. Les Nations Unies se retrouvent donc, une fois encore, devant leurs responsabilités face à des hommes, des femmes et des enfants qui continuent, en ce moment même, d’être martyrisés par les rebelles : viols systématiques, enlèvements et mutilations sont leur lot quotidien...
Il est donc extrêmement souhaitable que les Nations Unies saisissent l’occasion que leur donnent les autorités sierra-léonaises pour réparer leurs multiples erreurs - quand il ne s’agit pas de lâchetés - commises dans cette région de l’Afrique. La création d’un tribunal international qui jugerait l’ensemble des crimes perpétrés par toutes les parties en présence, y compris les milices pro-gouvernementales et l’armée régulière, est une étape obligée, demandée par les organisations humanitaires au nom de la « tolérance zéro » à l’égard des crimes de guerre : elle seule peut, en effet, rétablir un début de sentiment de sécurité parmi la population. Par ailleurs, l’ONU doit également mettre en place un véritable embargo sur les ventes d’armes et de diamants, incroyable scandale qui ne cesse de profiter aux pays développés.
Aujourd’hui, les Nations Unies ont ainsi l’occasion de donner à l’opinion publique internationale la preuve qu’elles savent faire passer la protection des droits individuels avant les intérêts des états, respectant en cela les principes fondateurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Puissent-elles en prendre conscience rapidement et s’appliquer à elle-même cette « tolérance zéro » en matière d’atteintes à la fraternité, avant d’être totalement désavouées par la société civile.
Geoffroi |